Abonné

« La forteresse agricole » Une histoire critique de la FNSEA sur plus de 800 pages

- - 3 min

. C'est sous ce titre martial que le journaliste Gilles Luneau publie dans quelques jours un imposant ouvrage consacré à l'histoire de la FNSEA. Décrivant les luttes syndicales et les jeux de pouvoir qui firent de la FNSEA le syndicat agricole le plus puissant de France, Gilles Luneau dresse le portrait critique d'une organisation qui, selon lui, reste « ». 

Connu dans le milieu agricole pour une série de livres écrits en collaboration avec José Bové et François Dufour, Gilles Luneau reprend la plume pour s'attaquer à une institution du monde agricole : la FNSEA. Sur près de 850 pages, le lecteur replonge aux racines historiques du syndicalisme agricole français et suit chronologiquement la montée en puissance du syndicat fondé en 1946. Extrêmement fouillé, riche de multiples anecdotes et d'entretiens réalisés avec les acteurs historiques de ces 50 dernières années, l'ouvrage de Gilles Luneau jette un regard très critique sur la politique du syndicat (cogestion, entrisme politique, violence des manifestations, etc. dont une constante majeure a été de vouloir réaliser « l’unité paysanne », c'est-à-dire de parler seule au nom de la profession.

Luc Guyau en ligne de mire

Au-delà du simple travail d’historien, Gilles Luneau n’hésite pas à livrer ses propres sentiments sur l’évolution du syndicat agricole. Une prise de position revendiquée et assumée par l’auteur, et que souligne le sous-titre de l’ouvrage : une histoire de la FNSEA. A ce jeu, les hommes ne sont pas épargnés, notamment Luc Guyau. Gilles Luneau écrit : «  Sous la férule de Luc Guyau, la FNSEA va perdre toute initative ». «  René Blondelle et Joseph Courau (respectivement présidents de la FNSEA entre1949-1954, et 1956-1963, NDLR) avaient été les hommes de la reconquête à droite ; Gérard de Caffarelli (président de 1963 à 1971) s'attachait à préserver une représentation des différents courants de pensée ; Michel Debatisse (1971-1979) fonçait, porteur d'un projet stratégique ; François Guillaume (1979-1986) s'était érigé en barrage contre le socialisme ; Luc Guyau va simplement occuper la place (et) geler la pensée syndicale», estime le journaliste. L’ouvrage reste discret sur Jean-Michel Lemétayer, successeur de Luc Guyau et président du syndicat depuis 2001. «  Humainement tout le monde y a gagné : l'homme est direct, ouvert au dialogue. Mais qu'a fait la FNSEA ? Elle a continué d'approuver la Pac qui mène l'Europe à sa perte », lance Gilles Luneau. Par ailleurs, la reélection de Jacques Chirac a été le signe du «  retour des mauvaises habitudes : prendre appui sur le pouvoir politique écarte la salutaire remise en cause par le pluralisme syndical », écrit-il. Seuls les Jeunes agriculteurs - et particulièrement Jean-Luc Duval leur président de 2000 à 2002 - trouvent une certaine grâce aux yeux de Gilles Luneau. Motif : avoir signé une plate-forme appelant à la révision de la Pac aux cotés d'une cinquantaine d'organisations dont la Confédération paysanne, des associations de consommateurs et d'écologistes.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

La forteresse agricole (Bayard), 856 pages, 28 euros