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Prix du lait Une issue positive à la médiation

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Près d’un mois et demi après les préconisations du médiateur des relations commerciales pour une augmentation du prix du lait payé au producteur, les choses semblent se mettre en place. Si cette hausse est un bol d’air pour les trésoreries des éleveurs de vaches, elle n’est qu’une solution ponctuelle dans un climat commercial tendu.

Il aura fallu lui laisser du temps, mais l’issue de la médiation destinée à augmenter le prix du lait payé au producteur de 25 euros les mille litres, pour couvrir l’augmentation des charges, semble se dessiner positivement.
« Ce qui est pris est pris. Il faut regarder les choses en face, un bon paquet de producteurs ont été payé 25 euros de plus que ce qu’ils l’auraient été sans la médiation », relate, pragmatique, André Bonnard, trésorier de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), en charge des relations avec la distribution.
« Globalement, les distributeurs jouent le jeu, mais essayent de ne faire que la médiation et rien que la médiation », explique-t-il. Ils s’étaient dès le début engagés à payer des hausses techniques aux industriels, mais ces derniers refusaient de les croire sur parole et attendaient de recevoir leur dû. En attendant, certains n’avaient pas appliqué la hausse préconisée par le médiateur.
Aujourd’hui, les choses semblent rentrer dans l’ordre. « 80% des industriels sont d’accord », constate André Bonnard. « Certains ont mis plus ou moins longtemps à réagir, mais se sont rendu compte qu’ils ne pourraient pas faire passer de hausses sans la médiation. Certains ont commencé les hausses au mois d’avril, d’autres en mai, et d’autres enfin en juin. Laïta a été la dernière à accepter, et augmentera à partir du 1er juin puis rattrapera sur l’été ». Selon lui, les entreprises et coopératives qui n’appliquent toujours pas la hausse « ont soit des excuses objectives, comme des problèmes de trésorerie, ou sont sur des marchés compliqués avec des négociations difficiles, comme les marchés internationaux ».

Les coopératives veulent du long terme

Du côté de la Fédération nationale des coopératives laitières, « on ne veut pas remettre en cause la hausse du prix du lait, mais on veut que ce soit durable : on demande que le revenu des producteurs soit assuré sur l’année », explique Christelle Josse, directrice de la FNCL. Selon elle, la médiation comporte des « effets pervers », et les distributeurs essayent de la contourner. Certains n’appliqueront les hausses techniques qu’à partir de juillet, au lieu de juin, explique-t-elle. Et sur le lait de consommation, « la grande distribution avait accepté une hausse plus importante avant la médiation », que les enseignes ne veulent pas ajouter au nouveau tarif.
Selon elle, les coopératives ont joué le jeu pour aider les éleveurs : « Elles ont propos des avances de trésorerie ou des prêts à taux zéro, ce qui permet aux producteurs de ne pas avoir de problèmes de conjoncture ». Mais elle n’en démord pas : « Les engagement des distributeurs ne garantissent rien sur le long terme ».

Tout reste à faire

Un point sur lequel André Bonnard est d’accord : « Tout reste à faire : il faut s’assurer que la médiation ne perturbe pas le suivi du marché, avec des prix qui devraient augmenter bien plus que les 340 euros annoncés par le médiateur. Ce sont des choses qu’on va surveiller », prévient t-il. Il craint que les industriels aient du mal à faire passer de futures augmentations du prix du lait : « La grande distribution va probablement négocier serré sur les augmentations à venir ». Mais ces prochaines hausses lui semblent inévitables vu le manque de lait sur le marché, suite à une forte décapitalisation des éleveurs et de mauvaises conditions climatiques.
La difficulté à appliquer une médiation initiée par les plus hautes autorités de l’Etat témoigne d’un climat commercial pour le moins tendu. Christelle Josse espère que la future loi de consommation parviendra à « objectiver les négociations » et équilibrer les rapports de force.

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