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Politique Une loi pour moderniser l’agriculture

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Nicolas Sarkozy a pris l’habitude des annonces surprises. On se souvient de la suppression de la publicité pour France Télévision. L’agriculture, qui n’est pourtant pas le sujet préféré du chef de l’État, n’a pas fait exception ce 19 février. Il a annoncé lors d’une intervention sur « l’agriculture du futur », à Daumeray dans le Maine-et-Loire, la programmation d’une loi sur la modernisation de l’agriculture et de l’agroalimentaire pour préparer la Pac de 2013. Les professionnels agricoles, habituellement dans la confidence, ont été les premiers surpris. « On découvre une loi », a commenté Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA à la suite de l’intervention du chef de l’État. Ce nouveau projet de loi devra être déposé avant la fin de l’année 2009, a souligné Nicolas Sarkozy sans autre précision.

Une formation agricole accélérée et en plein air. Voilà l’exercice que Nicolas Sarkozy, le président de la République, a réalisé en Maine-et-Loire, le 19 février au lieu-dit La Boissée, à 40 km d’Angers. Pour l’occasion, la ferme Farre de Dominique Davy était sous son plus beau jour. Tracteurs rutilants, cour de ferme briquée, discours rodé et toute la petite famille Davy au complet. Rien n’avait été laissé au hasard pour une visite d’une trentaine de minutes dont l’objectif affiché pour le président était « d’échanger » avec les agriculteurs présents. Quelques syndicalistes locaux, dont Christiane Lambert, comptaient parmi les heureux élus. Mais c’est le chef d’exploitation qui a servi de guide au chef de l’État. D’échange, il s’est plutôt agi d’écoute de la part de Nicolas Sarkozy, dont le temps était compté. Il est vrai que son agenda était particulièrement chargé, entre le sommet social et la crise en Guadeloupe.

Faire du terrain

Pourtant, il a fait le choix de venir à la rencontre du monde agricole sur le terrain : « Ce n’est pas parce que les agriculteurs vivent durement du fruit de leur travail qu’il faut les oublier », a-t-il lancé lors de son intervention qui a suivi son court passage dans une ferme.

Plus de 1000 personnes se sont pressées sur invitation dans la salle des sports de Daumeray, à quelques mètres de l’exploitation agricole de Dominique Davy. Dans le parterre, peu de représentants agricoles nationaux avaient fait le déplacement. Ni Jean-Michel Lemétayer, le patron de la FNSEA qui présidait le conseil d’administration du syndicat, ni William Villeneuve, le président des JA, n’avaient pu se libérer. Il est vrai que l’initiative agricole de Sarkozy, à quelques jours du Salon de l’agriculture et près d’un an après son dernier discours sur le sujet à Nantes n’était pas certaine.

Une loi de plus

Sur le fond, le discours de Nicolas Sarkozy se pose en droite ligne de sa dernière intervention au congrès de la FNSEA en avril dernier. « Je vous propose de poursuivre la construction du projet que nous avons engagé il y a bientôt deux ans », a-t-il expliqué.

Mais, l’annonce surprise de ce discours a été la programmation d’une loi sur la modernisation de l’agriculture et de l’agroalimentaire pour préparer la Pac de 2013. Les professionnels agricoles, habituellement informés de ce genre d’initiative, ont été les premiers surpris. « On découvre une loi », a commenté Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA, qui représentait Jean-Michel Lemétayer à Daumeray. « Au lieu de légiférer sans cesse (la dernière loi d’orientation date de 2006 : ndlr), appliquons déjà les lois votées en toute transparence, a-t-il conclu, prudent. Après il y a le souci du concret ».

Ce nouveau projet de loi devra être déposé avant la fin de l’année 2009 a souligné Nicolas Sarkozy sans autre précision. Autre nouveauté : « La création d’un groupe d’experts sur la volatilité des marchés des matières premières agricoles » s’inspirant du modèle du groupe d’expert sur l’évolution du climat.

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Éloge du travail

Dans un registre plus habituel, Nicolas Sarkozy a joué sur la corde sensible devant un auditoire conquis. Il a à de nombreuses reprises vanté les mérites de l’agriculteur « entrepreneur » et « chef d’entreprise » « qui ne compte pas ses heures ». Plaidant pour une agriculture de « production », il a indiqué que « ravaler les agriculteurs au rang de jardinier de l’espace n’avait jamais été sa conception de l’agriculture ».

L’actualité sociale reprenant ses droits, il a ajouté que « la France sortira de la crise par le travail ». Et ce qu’il avait dit lors du sommet social sur « le partage de la valeur » dans l’économie, il l’applique aussi au secteur agricole appelant à ce que « chacun joue le jeu de la concurrence ». Mieux, « la toute-puissance du marché est une idée folle, a-t-il lancé. La crise financière que nous connaissons en est le témoignage le plus criant ». À plus long terme, il a demandé à Michel Barnier et à Christine Lagarde « d’engager dès 2010 une expérimentation élargie des assurances contre les aléas économiques en agriculture ».

Pouvoir vert et protectionnisme

Autre récurrence dans le discours de chef de l’État : le fameux « pouvoir vert » que constitue le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire qui subit « un dumping social fiscal et monétaire dont l’ampleur croit chaque jour ». Rejetant le qualificatif de « protectionniste » qu’on veut lui « coller », il a néanmoins à nouveau plaidé pour « une préférence communautaire renouvelée reposant sur la promotion des normes sanitaires et environnementales aussi bien au sein de l’Union européenne qu’à l’OMC ». Toujours volontariste, Nicolas Sarkozy souhaite que la France prenne « l’initiative » sans avoir à « s’excuser d’une stratégie qui sert l’économie européenne et les consommateurs européens ».

À l’initiative du Grenelle de l’environnement, Nicolas Sarkozy défend « un nouveau modèle d’agriculture durable » sans froisser la susceptibilité des agriculteurs au sujet du respect de l’environnement. A ce titre, il a lancé le plan Objectif terres : 2020 dont Michel Barnier a la charge. Il rassure en insistant une nouvelle fois sur la nécessaire cohérence des politiques au niveau de l’Europe. « Il n’est pas question que les agriculteurs français souffrent de distorsion de concurrence », a t-il promis.

La politique reprend ses droits

Les échéances politiques européennes se sont aussi invitées lors du déplacement du président. La campagne pour les Européennes est dans toutes les têtes. Luc Guyau, le président de l’APCA avait fait le déplacement en Maine-et-Loire. Histoire d’en profiter pour glisser à l’oreille du chef de l’État qu’il « était toujours prêt à aller aux Européennes sur la liste UMP du grand Ouest ! ». Il vise la troisème place de la liste. Et la jeune tête de liste Christophe Béchu, actuel président du conseil général de Maine-et-Loire, faisait aussi partie des convives. Sans oublier le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, qui est aussi l’animateur de la campagne aux Européennes pour l’UMP. « J’ai envie d’incarner l’Europe », a d’ailleurs confié le président de la République, ironisant sur l’ancienne manie d’envoyer aux Européennes « les politiques déçus du suffrage universel ». À savoir, ceux qui restaient sur la touche. Cette intervention a aussi permis à Nicolas Sarkozy, dans une passe difficile, de contrer les critiques de l’opposition qui le trouve « omni absent » sur la crise de la Guadeloupe tout en l’accusant d’être un « omniprésident ». « Je ne change pas d’avis entre avant les élections et après », a-t-il lancé au sujet du minimum vieillesse. Les contre-attaques politiques ont été fréquentes tout au long de son quatrième discours agricole depuis son élection. Comme quoi l’agriculture qui n’est pas son sujet de prédilection peut aussi servir « l’homme de Neuilly ».