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Loi de consommation Une loi pour obliger les renégociations entre fournisseurs et distributeurs

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Le projet de loi Consommation a été présenté par Pierre Moscovici, ministre de l’Economie et des Finances, et Benoît Hamon, ministre délégué chargé de l’Economie sociale et solidaire et de la consommation, à Paris le 2 mai. Deux virages majeurs sont engagés : l’obligation des renégociations entre distribution et entreprises, le renforcement des moyens de la DGCCRF (Direction de la Concurrence).

«L’essentiel de la loi de consommation tourne autour d’un rééquilibrage des relations entre les consommateurs et les entreprises d’une part, les entreprises et la distribution d’autre part », a déclaré Pierre Moscovici, à l’ouverture d’une conférence de présentation du projet de loi de consommation, le 2 mai à Paris. Selon le ministre, le déséquilibre des relations est une véritable « poche d’inefficacité économique ». Ainsi, la loi impose enfin à la distribution de prévoir une clause de renégociation obligatoire des prix dans les contrats pour faire face à la volatilité des prix des matières premières. Les produits alimentaires concernés sont la viande, le poisson, les produits laitiers et les œufs. Cette renégociation sera imposée si le prix de ces produits est « significativement affecté par les variations du cours de certaines matières premières ». Dans les contrats, ces renégociations seront obligatoirement mentionnées. Comment la volatilité des cours sera-t-elle prise en compte ? Le projet de loi précise que « les entreprises concernées seront libres de définir les modalités de cette renégociation : indices publics de référence, ampleur et durée de la variation, impact sur le prix ». En cas de renégociations, celles-ci ne pourront pas dépasser deux mois et un compte-rendu devra être établi. En cas de non-respect de la loi, les parties risquent une amende administrative de 75 000 euros pour une personne physique à 375 000 euros pour une personne morale. Pour Coop de France, le texte traduit de « nettes avancées » notamment sur la clause de renégociation en cas de fluctuation du prix des matières premières.

Lutter contre les fraudes

Pour veiller à la bonne application de la loi, les moyens d’action de la DGCCRF seront renforcés et modernisés. Les deux ministres ont insisté : « Il ne faut plus que les PME (petites et moyennes entreprises) craignent d’être déréférencées ou supprimées des linéaires de la distribution ». Car, selon le constat des agents de la DGCCRF, le contrôle de 400 établissements en 2012 a révélé que « si les industriels n’acceptent pas les exigences des distributeurs, ils prennent le risque de voir leurs commandes annulées ou de ne plus voir leurs produits commercialisés par l’enseigne». Pour mettre fin à ces pratiques abusives, Benoît Hamon a indiqué que de nouvelles sanctions administratives « en adéquation avec les infractions constatées » seront créées. Une mesure qui n’est pas sans rappeler l’affaire de la viande de cheval. « Avant, dans certains cas, les amendes encourues étaient inférieures aux préjudices commis », soutient le ministre de la Consommation. C’est inacceptable. Par ailleurs, une nouvelle réforme administrative au profit de la DGCCRF permettra de régler les délais de paiement non respectés. « Si les délais de paiement légaux étaient respectés, les PME et les ETI (entreprise de taille intermédiaire) pourraient récupérer 10 milliards d’euros », assure Pierre Moscovici. La création de sanctions administratives permettra « d’éviter des procédures judiciaires longues et parfois inadaptées ». Déposé au conseil des ministres le 2 mai, le texte de projet de loi de Consommation, porté par Benoît Hamon, sera examiné par le Parlement au mois de juin. Coop de France, représenté par son président Philippe Mangin, se dit d’ores et déjà mobilisé pour que le projet aboutisse à l’issu des discussions parlementaires. Alain Bazot, président de l’UFC-Que choisir, reste prudent : « Il peut encore y avoir des amendements qui peuvent dénaturer le projet au cours de son chemin parlementaire ».

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