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Grandes cultures - Élevage - Interview de Michel Portier, DG d’Agritel : « La confirmation d’un scénario baissier » Une lueur d’espoir pour les productions animales

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Le diabolique effet de ciseaux qui enserre l’élevage dans des coûts d’aliments du bétail élevés et des prix des productions animales bas va-t-il se desserrer ? Les éleveurs, interrogés restent prudents. Quant aux analystes des marchés des grandes cultures, ils ne prévoient pas de baisse drastique des prix des grandes cultures, chute que d’ailleurs personne ne souhaite au-delà d’un certain cours. Mais le mouvement est lancé : selon Michel Portier, le DG d’Agritel, la société d’analyse et de conseil sur les grandes cultures, les prix actuels jugés très moyens par les producteurs pourraient perdurer. Les éleveurs, eux, restent prudents, constatent une légère détente de leurs charges face à une appréciation des prix de vente. Mais, comme le remarque le président d’un groupe coopératif laitier, « la difficulté numéro 1 consiste à faire passer les hausses de tarif auprès des grandes surfaces.

– Les marchés du grain vivent un scénario baissier pour la récolte 2013. Comment l’expliquer ?
Il faut se souvenir des cours très élevés lors de la précédente campagne. Les marchés agricoles sont pratiquement revenus au sommet en 2012, après les pics de 2007 et 2010. On sort de trois années de prix hauts, provoquant une sorte d’accoutumance. D’où la surprise que peut entraîner leur détente actuelle. Celle-ci intervient avec un an de retard, lié à la sécheresse de l’an dernier aux Etats-Unis. Pour rappel, les bilans mondiaux étaient bien partis pour se détendre en 2012. Mais la production américaine de maïs est passée de 350 Mt attendues à 275 Mt réalisées, une chute équivalente aux volumes échangés annuellement dans le monde. Côté Union européenne, une récolte médiocre et des exportations soutenues ont épuisé les stocks de report 2012/13 en blé. L’actuelle campagne voit la confirmation d’un scénario baissier, reposant sur des surfaces record et de bons rendements.
 
– Jusqu’où peut aller la chute des prix ?
Le marché n’a pas énormément diminué. En blé, il est descendu à 180 euros la tonne, pour ensuite remonter à 190 euros. Un niveau bien supérieur aux 115 euros/t cinq ans plus tôt. De lourds bilans caractérisent la campagne 2013/2014. Mais le potentiel de baisse est peut-être déjà intégré. En blé, la production est quasiment connue, reste à moissonner en Sibérie, dans le nord des Etats-Unis, au Canada. Agritel table sur un maintien des prix actuels dans une fourchette de 180 à 200 euros/t à moyen terme. Vu les faibles stocks de report, le risque d’effondrement des prix reste faible. En oléagineux, le scénario baissier est mis à mal par la sécheresse actuelle aux Etats-Unis. Des questions demeurent pour le maïs. S’il y a confirmation d’une bonne récolte, les prix peuvent encore chuter.
 
– Le marché du maïs apparaît donc comme le plus baissier…
Les prochaines semaines apporteront des réponses. On va probablement sentir une pression de récolte sur les prix. Un record de production est attendu aux Etats-Unis, avec 349 Mt. L’Ukraine avance le chiffre de 25 Mt, pour un record exportable de 17 Mt. Résultat, le marché sera bientôt inondé de maïs. D’autant plus que l’Union européenne fera également mieux que l’an dernier. Traditionnellement exportatrice, la France sera prise entre deux feux, avec d’abondantes disponibilités outre-Atlantique et une forte concurrence du bassin de la mer Noire.
 
– Quels facteurs peuvent venir contrarier ce scénario baissier ?
Les fondamentaux du marché laissent peu de place au doute pour le maïs. Il y a certes une tension sur les prix liée à la sécheresse dans la « Corn Belt » américaine. Cela joue davantage sur les cultures de soja, entrées dans leur phase critique de remplissage des gousses. Le temps chaud et sec aux Etats-Unis focalise l’attention des marchés et suscite l’inquiétude des opérateurs. C’est le « weather market ». Les graines de colza évoluent en hausse sur le marché à terme européen, tirées principalement par un soja américain mis à mal par les conditions climatiques. Une même influence joue sur les prix des céréales.

– Des facteurs exogènes peuvent-ils se manifester ?
Les marchés ne sont jamais à l’abri de facteurs géopolitiques. Tous les yeux sont tournés vers la Syrie, même si les craintes d’une intervention occidentale s’apaisent. Cela peut avoir un impact à la hausse sur le prix du pétrole, avec un risque de propagation aux commodités agricoles. 40 % du maïs américain sert à produire de l’éthanol, une filière qui existe aussi dans l’UE. Autre carburant concerné, le biodiesel, dont la fabrication mobilise deux tiers de l’huile de colza en France. Il y a aussi l’impact de la parité euro/dollar. Une remise en cause de la politique menée par la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed) signifie un raffermissement du dollar. Or, une baisse de l’euro de 1,35 à 1,25 dollar équivaut à 25 euros/t de mieux sur le blé français.

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