La FNSEA et les JA ont organisé une mobilisation nationale, le 24 juin, contre l'excès de normes illustré par la proposition de restreindre l'épandage de phytosanitaires près des écoles. 15 000 agriculteurs y ont participé selon la FNSEA. Un mouvement organisé à quelques jours de la discussion du projet de loi d'avenir agricole en seconde lecture à l'Assemblée nationale. Les ministres ont tenu à rassurer les agriculteurs, affirmant qu'ils n'avaient jamais envisagé d'interdiction.
EN pleine Coupe du monde, c'est un « carton jaune » que la FNSEA et les JA ont voulu adresser au gouvernement français, en se mobilisant pour « défendre la production agricole française », contre l'excès de normes et contre l'accord de libre-échange Europe-Etats-Unis, mardi 24 juin. 15 000 agriculteurs ont participé à la mobilisation dans 84 départements, chiffre Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA.
Dans la nuit de lundi 23 à mardi 24 juin, entre 400 et 800 agriculteurs se sont réunis au marché d'intérêt national de Rungis. Au marché de gros de Marseille, une centaine de producteurs ont investi les entrepôts d'importateurs de fruits et légumes. A l'aube, 250 agriculteurs se sont retrouvés sur la place de la Concorde, en plein centre de Paris, où ils ont mis le feu à un tas de palettes et de paille, rapidement éteint par les pompiers. « C'est une bonne mobilisation, ça montre que l'ensemble du territoire est concerné », commente Dominique Barrau.
Le syndicalisme majoritaire manifeste contre « le mille-feuilles administratif et réglementaire qui continue de s'épaissir », en même temps qu' « on négocie ailleurs un libre-échange de produits qui ne respectent aucune de ces règlementations : ni environnementales, ni sanitaires, ni sociales ». « Nous sommes une espèce en voie de disparition, mais on nous classe parmi les nuisibles », regrette Florent Dornier, secrétaire général des Jeunes agriculteurs.
Restrictions d'épandage
« Quatre mois se sont écoulés depuis les Etats généraux de l'Agriculture du 21 février dernier et les agriculteurs voient la pression s'accentuer, les résultats positifs de ces Etats généraux étant éclipsés par de nouvelles contraintes », selon un communiqué de la FNSEA et des JA du 22 juin.
La mesure qui a fait déborder le vase pour le syndicalisme majoritaire est la proposition du gouvernement d'introduire dans la loi d'avenir agricole des mesures de restriction des épandages de produits phytosanitaires à proximité des écoles.
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Depuis l'annonce de la mobilisation, le gouvernement a précisé son idée, et un amendement de Stéphane Le Foll a été adopté le 25 juin en commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale: le ministre veut mettre en place des « mesures de protection destinées à l'utilisation des produits phytopharmaceutiques à proximité de certains lieux sensibles : les écoles, les crèches et les bâtiments de soins comme les hôpitaux ou les maisons de retraites », qui « sont variées : haies, buses anti-dérives, dates et horaires d'utilisation des produits, etc ». C'est seulement « en l'absence de mesure de protection adaptée, qu'une distance minimale d'utilisation sera à respecter » (voir pages suivantes).
« Oui à l'agroécologie, non à l'agro-idéologie »,
Dominique Barrau a accueilli positivement les précisions du gouvernement concernant l'épandage de phytosanitaires à proximité des écoles, qui parle de mesures techniques plutôt que de distance. Il demande à Stéphane le Foll de « tenir jusqu'à l'adoption de la loi d'avenir agricole », rappelant que la FNSEA « refuse toute notion de distance » mais qu'elle est « favorable aux mesures qui accompagnent la responsabilité des agriculteurs ». « Oui à l'agroécologie, non à l'agro-idéologie », résume-t-il.
Des amendements à la loi d'avenir agricole ont été présentés, du 24 au 26 juin, à la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, avant l'examen en seconde lecture dans l'hémicycle les 7 et 8 juillet.
Lundi 5 mai, 23 élèves d'une école primaire de Villeneuve, en Gironde sont pris de picotements aux yeux et de maux de gorge. Le traitement par un viticulteur de sa vigne avec des produits, autorisés et bio, contre le mildiou, est rapidement mis en cause. Après enquête, la préfecture de Gironde explique le 15 mai que « l'épandage des produits à proximité de l'école s'est déroulé dans des conditions inappropriées sans qu'aient été prises toutes les précautions pour le voisinage ». Le vent étant très fort, le viticulteur n'aurait jamais dû pratiquer son traitement. Quelques jours plus tard, le 20 mai, Ségolène Royal annonce vouloir interdire l'épandage de pesticides à proximité des écoles.
Une rumeur se diffuse dans la profession agricole : le gouvernement voudrait interdire l'usage des pesticides à proximité des habitations. Une mobilisation s'organise, poussée par la base et les céréaliers du syndicalisme majoritaire. Finalement, les ministres expliquent vouloir prendre des mesures de restriction, mais pas d'interdiction de distance.