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Filière porcine Une mention d’origine résoudra-t-elle la crise porcine ?

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Si la Fédération nationale porcine lutte pour faire reconnaître une mention d’origine sur l’emballage des produits issus du porc, quel impact cela pourra-t-il avoir sur la crise actuelle vécue par les éleveurs ? Retour aux sources économiques de la crise.

A la question de savoir si la mention d’origine, que réclame la Fédération nationale porcine (FNP), résoudra la crise économique dans laquelle sont actuellement les éleveurs de porc, Jean-Michel Serres, président de la FNP, répond : « C’est une condition nécessaire mais pas suffisante. » Si toute la grande distribution française arrivait à un consensus pour appliquer cette mention d’origine sur ses produits en frais et charcuterie, le prix du porc français ne remonterait que de quelques centimes. Mais, comme l’exprime Jean-Michel Serres, c’est toujours cela de pris « dans un contexte où il manque 0,2€/kg carcasse pour couvrir les coûts de production des éleveurs ». La flambée des cours des céréales de cet été a fait grimper le prix de l’aliment du porc à 250€/t en moyenne aujourd’hui. « Pour produire 1 kg de viande, il faut 4 kg d’aliment. Cet aliment revient donc à 1€/kg carcasse environ et le porc est à un cours de 1€25 pour simplement couvrir les frais de productions de l’animal. » Dans cette analyse, l’éleveur ne tire aucun salaire et l’entreprise aucun bénéfice pour réinvestir. « Ce manque à gagner représente 15% du chiffre d’affaires annuel de la production porcine (3 milliards/an) », complète-t-il.

Une difficulté à répercuter à l’aval les coûts de production
Pour faire face à une première hausse des cours de l’aliment en 2007, à des mises aux normes demandées par la Communauté européenne et à une réduction de la consommation de viande, les éleveurs ont emprunté. Aujourd’hui, nombre d’entre eux se retrouvent donc avec une faible trésorerie et ne peuvent faire face à un prix du porc en chute saisonnière avec un prix de l’aliment à la croissance exponentielle. Et, comme le fait remarquer Jean-Michel Serres, à l’issue d’un colloque européen sur la filière porcine le 3 décembre 2009, « la difficulté à répercuter les coûts de production » est une problématique commune à tous les pays, notamment la France. En parallèle, l’Observatoire des prix et des marges vient d’actualiser ses données et montre clairement que la répartition de la marge entre le producteur de porc et le consommateur n’est pas très équilibrée. Ainsi, en moyenne depuis 1 an, sur 10 € dépensés par le consommateur pour acheter de la côte ou du rôti de porc frais : 3,55 € reviennent à l’éleveur, 1,09 € reviennent à l’abatteur-découpeur, 3,51 € reviennent au détaillant, 1,33 € correspondent à des pertes de matière subies par le détaillant lorsqu’il débite la longe en côtes et rôtis et 0,52 € reviennent à l’Etat sous forme de TVA. Pour le jambon comme pour la longe, la grande distribution récupère plus de 40% du prix payé par le consommateur quand l’éleveur en récupère 16,8% pour le jambon et 31,9% pour la longe. Ces chiffres confortent la demande des syndicats d’une meilleure répartition de la marge au sein de la filière. Pierre Brosseau, responsable de la commission nationale porcine de la Confédération paysanne, demande même « à ce que l’Etat prenne ses responsabilités et légifère » derrière un tel constat.

Un tiers des éleveurs endettés à 100%
Pour Pierre Brosseau, l’origine de la crise provient d’un contexte de surproduction, ce que réfute Jean-Michel Serres. « L’Union européenne a plutôt bien exporté grâce à la parité euro/dollar » même si cette parité s’est inversée aujourd’hui. Reste aussi les problèmes de distorsions de concurrence avec l’Allemagne… L’Institut du porc a le dernier mot dans son baromètre de novembre : « Depuis 2008, la crise économique a fragilisé les exploitations et jeté un doute sur l’avenir du métier d’éleveur. Des tendances vont s’accentuer : concentrations régionales, structurelles, fabrication de l’aliment à la ferme… Certains élevages auront du mal à passer le cap des prochaines échéances, notamment le passage aux truies gestantes en groupes », mise aux normes bien-être animal à effectuer avant 2012. François Valy, responsable de la section porcine de la FRSEA de Bretagne, parle d’un tiers des exploitations bretonnes menacées de dépôts de bilan d’ici l’été 2011. Jean-Michel Serres confirme : « Si la production ne baisse pas, c’est au détriment de l’endettement. À la fin du printemps prochain, un tiers des exploitations auront un taux d’endettement de 100% ». La Coordination rurale dans un communiqué du 25 novembre donne les mêmes chiffres : les éleveurs « n’ont plus la capacité d’investir, ni même de maintenir leurs outils en état de fonctionnement : 60% d’entre eux sont en grandes difficultés, un tiers sont endettés à plus de 100% et ne pourront pas s’en remettre. »

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