Des associations ont publié le 29 novembre une étude selon laquelle les pesticides auraient généré en France 211 M€ de bénéfices pour les fabricants en France en 2017, contre 372 M€ de coûts directs pour l’État. Un déséquilibre qui se vérifierait plus largement à l’échelle européenne.
Plusieurs chercheurs et organisations s’étaient déjà penchés sur le sujet : les conséquences des pesticides sur la santé et l’environnement sont-elles plus ou moins importantes que les bénéfices économiques qui en sont tirés ? Avec cette nouvelle étude, le bureau d’études Basic a tenté de simplifier le problème. « Nous avons utilisé une approche comptable, en comparant uniquement les profits et dépenses directs », souligne Christophe Alliot, cofondateur du Basic.
Commandé par le CCFD-Terres solidaire et l’association Pollinis, la conclusion du rapport est clairement en défaveur des pesticides. Alors qu’ils auraient généré 211 M€ de bénéfices pour les fabricants en France en 2017, l’État aurait dépensé près 372 M€ pour traiter leurs effets sur la santé et l’environnement. Une facture qui comprend les dépenses liées aux maladies professionnelles des agriculteurs, mais également la dépollution de l’eau, ou encore l’enveloppe du plan Ecophyto, après déduction des redevances pour pollution diffuses.
Détail important, les auteurs ont bien envisagé les hausses de rendement obtenues grâce aux pesticides, mais ils n’ont finalement retenu aucun gain pour la profession. « Les différentes évaluations de l’Inrae ainsi que le Rica montrent que, en moyenne, le revenu restant aux agriculteurs s’établit au niveau du Smic. Nous n’avons donc pas considéré qu’il y avait un profit en masse », détaille Christophe Alliot. Aucun bénéfice n’a non plus été comptabilisé côté consommateur. Pour les auteurs, les profits de l’alimentation moins chère se neutraliseraient par rapport aux problèmes de santé attribuables à la « malbouffe ».
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400 M€ de réduction fiscale
Le Basic a également mené la même étude à l’échelle européenne, avec des conclusions similaires. Pour l’ensemble des États membres, les 900 M€ de bénéfices tirés des bénéfices demeurent largement inférieurs aux 2,3 Mrd€ de coûts. Comme le souligne le Basic, ce financement public européen comprend près de 400 millions d’euros de réductions fiscales accordés par des Etats comme la Belgique, l’Espagne, la Roumanie ou encore la Slovénie qui prévoient des TVA réduites de 50 % pour les achats de produits. Pis, « deux pays accordent des réductions de plus de 70 % : la Pologne et le Portugal », note Christophe Alliot.
« Alors que les fabricants doivent répondre à l’internalisation des coûts environnementaux et sanitaires des pesticides, nous montrons qu’ils ne pourront pas les prendre intégralement en charge », poursuit Christophe Alliot. Plus tranchant, Nicolas Laarman, directeur de Pollinis, estime que « cette étude montre que les arguments économiques en faveur des pesticides ne tiennent pas ».