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Une nouvelle marche pour alerter sur le suicide des agriculteurs

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Parti du Touquet (Pas-de-Calais) le 10 février, Patrick Maurin, élu du Lot-et-Garonne, entreprend sa seconde marche pour mettre en lumière un sujet qu'il estime encore tabou. Il espère pouvoir rencontrer le président de la République Emmanuel Macron lors de l’inauguration du Salon de l’agriculture.

Patrick Maurin, un conseiller municipal de la ville de Marmande (47), a entrepris une marche à la rencontre des agriculteurs depuis le Touquet jusqu’à Paris pour l’inauguration du Salon de l’agriculture, afin de mettre en lumière la question du suicide chez les agriculteurs et leur situation économique. « J’espère pouvoir rencontrer le président de la République », a-t-il ainsi précisé au téléphone, indiquant avoir eu plusieurs contacts avec l’Elysée à ce sujet. Il souhaite notamment remettre à Emmanuel Macron « un cahier de doléances des agriculteurs », que ces derniers remplissent au fil des étapes.

« La situation est toujours pareille »

Parti le 10 février, à raison d’une vingtaine de kilomètres par jour, Patrick Maurin se trouve actuellement à proximité d’Abbeville (Somme). « Je rencontre les maires tout au long de ma route. Ils organisent souvent un conseil municipal avec quelques agriculteurs et des députés ou des conseillers départementaux », explique-t-il. Il fait également étape chez des agriculteurs pour la nuit. « La loi Egalim est un début mais on est loin du compte », estime-t-il, jugeant qu’au cours de ses rencontres la question de la rémunération est de loin la première évoquée par les agriculteurs. Patrick Maurin avait déjà réalisé une première marche de 520 km en septembre 2018, avant d’être reçu par le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume. Il avait entrepris cette première action suite notamment au suicide d’un de ses amis agriculteurs il y a une dizaine d’années.

« La situation est toujours pareille. On leur paye le même prix depuis 30 ans mais la différence, c’est qu’entre-temps tous les frais ont augmenté », explique-t-il en prenant pour exemple l’exploitation dans laquelle il vient de s’arrêter, un couple d’éleveurs laitiers exerçant à Domart-en-Ponthieu (Somme). « On leur paye le prix du lait 30 centimes le litre, ce qui est loin du compte pour vivre correctement. Il faudrait 40 ou 45 centimes », ajoute-t-il. Autres sujets qui reviennent régulièrement dans les discussions : le sentiment d’éloignement, les problèmes administratifs liés à la PAC, ou le malaise créé par les critiques sur les pollutions liées à l’agriculture.

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« Il ne faut pas que ce soit tabou »

« Il ne faut plus que ce soit tabou », estime-t-il sur la question du suicide des agriculteurs, critiquant le manque de transparence sur la question, notamment de la part de la Mutualité sociale agricole (MSA). Les derniers chiffres connus, provenant d’une étude de Santé Publique France publiée en 2016, font état de 781 suicides chez les non-salariés agricoles entre 2007 et 2011, soit « 1 tous les deux jours ». Autre donnée existante : les appels à Agriécoute, le dispositif d’écoute et d’accompagnement mis en place par la MSA en 2014 et qu’elle a annoncé avoir renforcé en mars 2018, notamment avec la mise en place d’écoutants psychologues cliniciens. En octobre dernier, celle-ci indiquait avoir reçu 3205 appels de mars à août 2018, à 80 % des agriculteurs « en grandes difficultés », appelant à 64 % pour des « problématiques personnelles » (solitude, vie sentimentale…) et à 36 % pour des « problématiques professionnelles » (difficultés financières, surcharge de travail…). Patrick Maurin, qui à travers sa marche souhaite aussi toucher le grand public, devrait poursuivre son chemin dans les jours qui viennent vers les exploitations céréalières de la région de Beauvais.

« Un cahier de doléances des agriculteurs »