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Viande/Contrôle Une nouvelle polémique sur l’origine des viandes surgit

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Après le scandale de la viande de cheval, une nouvelle affaire éclate au beau milieu du Salon de l’agriculture où chacun des acteurs de la filière s’évertuait à rassurer sur la qualité et la traçabilité de la filière viande en France. Une affaire qui va sans doute en embarrasser plus d’un et jette un nouveau discrédit sur la filière viande auprès du consommateur.

Un éleveur normand, Yves Sauvaget, éleveur laitier bio basé à Saint-Ovin (1), dans la Manche, affirme que trois de ses vaches de réforme issues du troupeau laitier, envoyées à l’abattoir, ont été revendues comme des vaches à viandes. C’est en décidant de retourner voir les carcasses, quelques jours après les avoir données à l’abattoir, qu’il se rend compte que ses bêtes n’ont pas suivi l’itinéraire prévu. Il affirme avoir vendu par l’intermédiaire d’un négociant en bestiaux, aux abattoirs Kerméné appartenant au groupement Leclerc, ces bêtes à destination de la filière biologique. Il affirme que « le lendemain, pour avoir quelques éclaircissements sur les poids enregistrés, qui ne posaient pas de problème, j’ai pu examiner les tickets de pesée fiscaux, spécialement édités dans la filière bio. Sur les trois vaches pourtant laitières, deux d’entre elles ont été classées vaches de race viande. J’ai été payé de ces trois vaches de type laitier, selon un prix qui a eu mon agrément et que je ne conteste pas », explique Yves Sauvaget.

Vive protestation d’Edouard Leclerc

Michel Edouard Leclerc a immédiatement réagi, affirmant sur son blog « avoir mené ma petite enquête aujourd’hui, notamment auprès de notre abattoir de Kermené, afin de me faire expliquer ce qui aurait poussé cet éleveur à balancer une telle grenade. Je suis en mesure de décrypter le processus. S’il y a eu un problème d’étiquetage sur deux de ses carcasses (pour deux vaches, le certificat de vente comporte un mauvais code d’affectation), contrairement à ce que raconte ce monsieur, il n’y a eu ni tromperie, ni escroquerie ». Pour lui, « à aucun moment les vaches laitières de ce monsieur n’ont été revendues au consommateur comme étant de la viande issue de race à viande. D’ailleurs, dans le bio, cette différence entre vache à viande et vache laitière n’existe pas ». Il s’étonne qu’il ait fallu attendre 8 mois pour soulever le problème d’étiquetage. Et de suggérer que cela tient peut-être que la proximité de la date butoir des négociations commerciales entre fournisseurs et enseignes de la distribution. À moins, que ce ne soit la « recherche d’un petit coup de com’ de la part d’un syndicaliste agricole, en pleine crise de la viande de cheval », interroge Michel Edouard Leclerc.

Des pratiques inacceptables pour le ministre

« Ces pratiques ne sont pas acceptables », a réagi de son côté, mardi 26 février, Stéphane Le Foll. « C’est la responsabilité du ministre de l’Agriculture de faire en sorte que les petits profits de certains ne se fassent pas au détriment de tous les autres », a-t-il poursuivi, précisant qu’il interviendrait sur le sujet « dès aujourd’hui » pour « faire passer un message à tous ceux qui ont pu être responsables ». Depuis le Salon de l’agriculture, Stéphane Le Foll a estimé que « plus on sera clairs sur les origines et sur cette traçabilité, moins on offrira de possibilités de tricher. On peut toujours avoir des gens tentés de tricher, de modifier les règles. Mais il n’y a aucune raison de considérer qu’il s’agit d’un problème généralisé, et en même temps il n’y a pas de raison non plus de minimiser ce problème ».

(1) Membre du syndicat Confédération paysanne 

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