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Marchés des céréales Une offre en céréales mondiales qui ne suit pas la demande

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Lors d’une conférence intitulée « La géopolitique du blé : visions croisées de l’Atlantique à la Méditerranée » organisée le 30 juin par InVivo à Paris, Dan Basse, président d’AgRessource et expert américain des marchés agricoles, a livré son analyse sur les fondamentaux céréaliers au matin du 30 juin. Soulignant que l’actuelle volatilité ne permettait guère de faire mieux. Selon lui, l’offre mondiale en céréales et oléagineux peine à suivre la hausse de la demande liée à la démographie, aux changements de comportements alimentaires, ainsi qu’aux politiques de soutien aux biocarburants.

«Nous avons vécu une année mouvementée avec des variations de 15 à 20€ par tonne de blé sur certains jours, ce qui devient difficile à gérer » a déclaré Didier Nedelec, directeur d'InVivo marchés des grains. C'est afin d'y voir un peu plus clair que Dan Basse, président d'AgRessource, a été invité à intervenir, lors d'une conférence organisée par Invivo à Paris le 30 juin, pour donner sa vision du marché mondial des céréales. Selon lui, la volatilité des cours agricoles, et leurs hausses relatives, n'est pas le seul fait du climat. En effet, l'augmentation de la consommation de calories par habitant dans le monde, notamment en Asie, et les politiques de soutien aux biocarburants sont, selon Dan Basse, les facteurs les plus importants de progression des prix.

La demande mondiale continue à progresser malgré les prix hauts

« En 2011, la production mondiale de céréales devrait progresser de 61Mt pour atteindre 1 793Mt, mais cette hausse ne suit pas celle de la demande », a déclaré Dan Basse. D'ailleurs, l'expert a souligné que le rapport mondial stock/utilisation en céréales atteignait les 18%, déclarant: « On n’a pas encore touché le fond, mais l'on s'en rapproche ». De plus, il a indiqué que si l'on enlevait les stocks chinois, pays qui ne devrait pas exporter de sitôt, ce chiffre tombait à 12%. Selon Dan Basse, « pour nourrir le monde, il faut augmenter les rendements ». Cependant, il a assuré que les OGM n'avaient pas tenu leurs promesses en la matière. Chiffres à l'appui, Dan Basse a démontré que les gains en productivité des OGM se situaient dans la même hausse linéaire annuelle de rendement que les semences conventionnelles. Si, dans certains cas, les OGM permettent une meilleure régularité des rendements, aujourd'hui la création de résistances aux herbicides par les mauvaises herbes pose question. Mais, selon Dan Basse, si l'on veut continuer à soutenir la production d'éthanol à base de maïs, ces hausses de rendements sont nécessaires. Si le progrès génétique ne permet pas ces hausses, alors il faut augmenter les surfaces, a affirmé le spécialiste. Selon lui, « 8,3Mha de surfaces supplémentaires en maïs, soja et blé confondus seraient nécessaires pour stabiliser les stocks mondiaux ».

Atteinte du « mur des planteurs » chez les exportateurs

« La plupart des grands pays exportateurs et producteurs ont atteint le mur des planteurs, c'est-à-dire qu'ils exploitent au maximum leurs terres cultivables », a indiqué Dan Basse. Selon lui, les hectares supplémentaires viendront des pays limitrophes à la mer Noire et de l'Amérique latine. « Cependant, des lois, adoptées ou en cours d'adoption, protégeant les terres de ces zones des investissements étrangers massifs pourraient limiter leur exploitation », a souligné le président d'AgRessource. « Actuellement, les investissements dans l'agriculture au niveau mondial ont tendance à baisser », a-t-il déclaré. Pourtant, on observe une forte hausse de la demande en blé et en maïs dans le sud-est asiatique, et pour le maïs à destination de l'éthanol aux Etats-Unis. Plus globalement une hausse mondiale de la demande en viande est aussi soulignée par Dan Basse. Pour lui, « les prix de la viande doivent rester élevés pour éviter les liquidations massives des cheptels sur le marché ». « En Chine le prix du porc a ainsi atteint un record à 1,6$ la livre », a-t-il indiqué. Enfin, une baisse des stocks mondiaux en céréales depuis trois ans laisse les marchés sous tension. Pour contrer cette tendance, Dan Basse a expliqué qu'il n'était plus possible de continuer à mener des politiques en faveur de l'éthanol et des biocarburants « qui amènent les dirigeants qui les soutiennent droit dans le mur ». De plus, il a insisté sur la nécessité de laisser les signaux de marché atteindre les agriculteurs afin qu'ils puissent s'adapter à la demande.

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