« La folie de tout cela est que nous produisons beaucoup plus de sucre que nous pouvons en consommer en Europe et cela coûte très cher », dénonce l’Organisation non gouvernementale britannique Oxfam, dans un rapport publié le 14 avril. Rapport dont s’est félicité le représentant de l’un des secteurs industriels les plus consommateurs de sucre, à Bruxelles, Caobisco. Ce lobby travaille pour les industries du chocolat, des biscuits et des bonbons.
Oxfam accuse les producteurs de sucre de l’Union européenne de s’enrichir plus que nécessaire tout en déstabilisant les cours sur les marchés mondiaux. Quelque cinq millions de tonnes de sucre seraient ainsi exportées par les producteurs européens – français, allemands et britanniques surtout – dans des conditions de « concurrence déloyale », avec « l’aide de l’argent des contribuables et des consommateurs européens ».
L’organisation non gouvernementale est particulièrement préoccupée par les conséquences de cette situation pour les pays en voie de développement qui pâtissent des surplus européens, notamment le Brésil qui perdrait chaque année 415 millions d’euros. Oxfam appelle donc l’Europe à améliorer l’accès de ces pays au marché européen, réduire son propre niveau de production et arrêter de déverser ses surplus dans les pays en voie de développement.
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Des problèmes complexes
La Commission européenne rejoint la position de l’ONG en jugeant nécessaire une réforme du marché du sucre. Mais « les slogans (…) ne suffisent pas pour résoudre les problèmes qui sont malheureusement plus complexes », a souligné le porte parole du commissaire européen en charge de l’Agriculture, Franz Fischler. « Une libéralisation totale du marché du sucre n’aiderait pas nécessairement tous les pays en développement et surtout les plus faibles, car ils ne sont pas compétitifs face aux très grands exportateurs comme le Brésil», a-t-il expliqué ajoutant que « l’UE et la Commission ne peuvent accepter que l’on critique seulement les Européens alors que tout le monde sait qu’il n’y a aucun pays producteur dans le monde qui soit en mesure de vendre le sucre à un prix compétitif sans des mesures de soutien ».
Un marché anti-compétitif
Pour leur part, les industries du chocolat, des biscuits et de la confiserie se servent de l’occasion que leur offre Oxfam pour « condamner » le régime du sucre européen qui crée un marché anti-compétitif contrôlé par des cartels et génère un prix du sucre dans la communauté plus que trois fois supérieur au cours mondial. Cela rend impossible la suppression des restitutions à l’exportation dont bénéficient les industries utilisatrices de sucre, argue Caobisco.