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Medfel Une ouverture difficile aux pays sud-méditerranéens

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La question de la taxation des produits importés sur le marché européen était au cœur des discussions du salon d'affaires fruits et légumes, le Medfel, qui s'est déroulé à Perpignan les 13, 14, 15 mai. Le Maroc, très présent sur le salon, se sent directement visé. Quant aux producteurs français, ils se montrent plutôt satisfaits de la mesure.

AVEC un grand stand situé au milieu du Medfel à Perpignan, le Maroc et ses produits étaient à l'honneur. Ce salon d'affaires fruits et légumes, situé aux portes de la Méditerranée, devient un lieu d'échanges privilégié des producteurs européens et des représentants des pays sud-méditerranéen. Pour cette sixième édition, « l'acte délégué » de la réforme de la Pac modifiant le régime de dédouanement des fruits et légumes – notamment marocains – importés sur le marché communautaire, était sur toutes les lèvres. D'un côté, des Marocains mécontents de voir taxés leurs produits exportés en Europe. D'un autre, des producteurs français qui comptent bien maintenir leur position. Les Marocains se disent « inquiets » car leur objectif est de doubler leur production et leurs exportations de fruits et légumes d'ici 2020 via le plan Maroc vert. Par exemple, pour les agrumes, le compte est presque bon : ils produisent déjà 2,2 millions de tonnes contre 1,2 million de tonnes en 2008. À l'exportation, les Marocains visent 1,2 million de tonnes d'agrumes en 2020. Cette année, ils atteindront déjà les 600 000 tonnes d'export.

Des agriculteurs français satisfaits

Quant aux producteurs français, ils affichent leur contentement par rapport à la possible la taxation des produits importés. Pour Jacques Rouchaussé, le président de Légumes de France, « C'est une bonne chose » car, selon lui, cette disposition communautaire est attendue « depuis 25 ans ». « Même si aujourd'hui nous sommes devant un marché mondial, les prix bas ne doivent pas être une référence pour les productions françaises car nous subissons des distorsions de concurrence sur les problèmes phytosanitaires et sur la main-d'œuvre », indique-t-il. Luc Barbier, le président de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) est tout aussi revendicatif : « Enfin, l'Union européenne s'occupe de nous ! Les Espagnols et les Italiens ont pris conscience qu'on était tous dans le même bateau. Si on ne met pas des règles communes aux frontières, nous n'arriverons pas à réguler l'importation. »

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La Méditerranée à l'échelle mondiale

Si les producteurs de chaque côté des rives de la Méditerranée maintiennent leur position, le chercheur Sébastien Abis du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) appelle à l'échange. Pour lui, le discours diplomatique européen n'est pas traduit dans les faits. « On parle de volonté de coopérer, d'échanger, de dialoguer et en même temps une volonté de protéger (…), il faudrait mieux articuler la Pac européenne avec les pays du Sud et accepter d'ouvrir davantage les portes du marché communautaire à des productions du Sud de la Méditerranée », explique-t-il. « On sait bien aujourd'hui que la Méditerranée compte à l'échelle mondiale », continue le chercheur. À titre d'exemple, il prend les agrumes marocains beaucoup plus importés en Russie qu'en Europe. « Les agrumes c'est 50 % de tonnage pour les Russes », confirme Mohamed Benzine de l'établissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (l'équivalent de FranceAgriMer au Maroc).

Les routes maritimes ne sont pas non plus optimisées pour assurer ces échanges. « Le passage des champs à la table est compliqué, il faut pouvoir acheminer ces productions sur les centres de collecte et d'exportation », continue Sébastien Abis. Par exemple, il manque des entrepôts frigorifiques sur le port de Fos-sur-Mer, le port de Sète n'est pas utilisé dans son ensemble et le Maroc n'a pas de grand port pour exporter… Des développements sont donc possibles pour assurer les échanges entre les différentes rives du bassin méditerranéen mais le cadre reste encore à définir.