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Politiques de soutien Une production qui ne peut se passer d’aides spécifiques

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A l’occasion du colloque : « Quelles stratégies pour le développement de l’agriculture biologique et de ses filières ?», le 2 mars sur le Salon de l’agriculture, des responsables professionnels d’Allemagne, d’Autriche, de Hongrie et d’Italie ont présenté les initiatives prises dans leur pays en faveur de l’agriculture biologique. Depuis quelques années se sont mises en place des politiques plus ou moins volontaristes qui se sont accompagnées d’un développement proportionnel de l’agriculture biologique. Les intervenants ont marqué leur crainte de voir reculer les aides en raison de la baisse du budget pour le développement rural et d’être menacé par les cultures d’OGM.

En 2004, l’Allemagne comptait 811 000 ha (+350 000 ha au cours des dix dernières années), 16 800 exploitations et 150 000 emplois (la moitié créée en dix ans), pour un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros (2,4% du marché alimentaire). Après un taux de croissance de 20% pendant la crise de la vache folle suivi d’un palier, une reprise de la demande a surpris en pleine crise économique (2e semestre 2004). A partir de 2002, le gouvernement a mis en œuvre un programme fédéral en faveur de l’agriculture biologique de 70 millions d’euros pour deux ans, élaboré avec tous les acteurs de la profession et dont le but principal était un développement équilibré de la chaîne de production, du producteur au consommateur. Le programme comportait quatre volets : production, transformation, distribution et consommation, recherche et transfert de technologie. Il veillait à décider de mesures durables. 15 millions d’euros en 2002 et 8 millions d’euros en 2003 ont permis d’informer les consommateurs. Un logo privé, adopté pour l’ensemble de la profession, a favorisé la reconnaissance des produits et les ventes. Après ces années d’expansion, l’agriculture biologique allemande craint pour l’avenir une baisse des aides liée à une réduction du montant du plan de développement durable, des changements défavorables liés au projet de réglement européen et la menace des contaminations OGM.

Des aides sans durée de limite, une forte communication

En Autriche, le secteur comptait 19 824 producteurs (10,5 % des agriculteurs) contre 1 500 en 1990, 347 000 ha (13,5 % de la SAU) en 2004. Après une pointe de développement en 1998 (il y eu 20 300 producteurs bio cette année-là) suivie d’un tassement, l’agriculture biologique est en reprise depuis 2001. Des aides directes sont versées aux producteurs dans le cadre d’un programme agri-environnemental, depuis la conversion, sans limite de durée. La quasi-totalité des exploitations émargent au programme agri-environnemental, le montant des aides directes versé en 2003 s’est élevé en moyenne à 7 958 euros par exploitation bio contre 4 123 euros pour les exploitations conventionnelles. L’Autriche mène également une politique de marketing en prélevant des taxes parafiscales sur les productions : ces taxes ont financé 35 % des 5 millions d’euros consacrés à la communication entre 2003 et 2006 (50 % venaient de l’UE et 15 % du ministère de l’Agriculture). Aussi, un tiers des consommateurs achète régulièrement des produits bio. Certains landers ont rendu obligatoire le recours aux produits biologiques en restauration collective. Ainsi la ville de Vienne, dans le cadre de son plan de protection du climat, a imposé une part de 30 % de produits biologiques en restauration collective à l’horizon 2005. Ce taux a été atteint dans les hôpitaux, les crèches, les cantines scolaires et s’en est approché dans les maisons de retraite.

Un objectif de 300 000 ha, des productions exportées à 90%

La Hongrie a converti 2 % de la SAU soit 113 009 ha (150 000 ha environ en 2005), 1583 exploitations en 2004. De 80 % à 90 % de la production sont exportés (le système de contrôle est reconnu en Europe). Les premières aides n’ont été accordées qu’en 2000. Entre 2002 et 2004, un programme de mesures agri-environnementales de 4 M euros a été consacré au bio. A cette période le gouvernement a pris conscience de l’importance d’aider le secteur de la transformation pour éviter d’exporter des produits bruts. Après 2004, les producteurs ont souvent préféré adhérer au programme européen dont les aides sont plus élevées. Le gouvernement de 2004 à 2006 a consacré 10 M euros à l’agriculture biologique et s’est fixé un objectif ambitieux de 300 000 ha en bio. Les producteurs sont dans l’attente du nouveau programme. La consommation reste faible du fait notamment d’une absence de communication. La présence des OGM pose des problèmes aux agriculteurs bio, notamment en maïs.

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Produits bio dans les cantines publiques

Après avoir connu une forte croissance entre 1990 et 2001, l’agriculture biologique italienne est en recul mais compte encore plus d’un million d’ha certifiés et 41 000 exploitations dont la taille moyenne est de 22 hectares (la taille d’une exploitation conventionnelle est de 5 ha). La production est cantonné à 60 % dans le Sud et les îles (661 984 ha). Les productions les plus importantes en terme de surface sont les fourrages (29 %), le pâturage (25 %) et les céréales (20 %). La production est atomisée et l’offre est peu regroupée. Le marché à la consommation atteint 1,45 milliard d’euros.

Sur le plan politique, l’agriculture biologique figure parmi les priorités avec les signes de qualité et les produits typiques. En 2005, 5 millions d’euros ont été consacrés à la production bio. Ces aides sont indispensables à l’équilibre des exploitations.

Pour favoriser le développement du bio, le gouvernement italien a imposé en 2001 l’utilisation de produits biologiques dans les cantines des institutions publiques mais quelques régions seulement (celles du Nord) ont accepté de relever le défi. Au total, 920 000 repas biologiques sont préparés chaque jour en Italie. Les Italiens redoutent également les contaminations par les OGM, la loi sur la coexistence présentée par le ministère de l’Agriculture n’est pas encore en application du fait des fortes oppositions des régions.