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Production laitière Une prospective pour retrouve un « désir d'avenir » commun dans la filière

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Le Conseil spécialisé lait de FranceAgrimer a présenté, le 30 juin, les résultats d'une étude prospective à l'horizon 2030 de la filière lait de vache. Quatre scénarios sont sortis du lot, source de réflexions et de débats, selon l'ancien président du Conseil, Dominique Chargé.

Dominique Chargé, ancien président du Conseil spécialisé lait de FranceAgriMer - probablement reconduit dans ses fonctions pour le prochain mandat - et également président de la Fédération national des coopératives laitières (FNCL), s'est montré plutôt satisfait des réactions suscitées au sein de la filière par les résultats du travail de prospective à l'horizon 2030 de FranceAgriMer au sujet de la filière lait de vache en France. Lors d'une conférence de presse, le 1er juillet, il est revenu sur ce travail commandé il y a deux ans, sans « grand enthousiasme » par les acteurs de la filière. « Il nous fallait nous affranchir de la dictature du court terme, nous dépolluer, nous déparasiter de ce que nous avions connu ces trente dernières années [avec le système des quotas, ndlr]. Les gens sont rentrés dans le jeu », continue-t-il. Ainsi quatre scénarios sont ressortis de cette étude sur : 1-lait hight tech et démondialisation, 2-la spirale concurrentielle, 3-une filière laitière conquérante et régulée et 4-le défi de la régression, disponible sur le site internet de FranceAgriMer.

Plus de 500 hypothèses de départ

Baisse de la consommation, pression des lobbies anti-viande et anti-lait, crise économique et financière, apparition de nouvelles épizooties, dérégulation totale des marchés, maîtrises des volumes par les organisations de producteurs et les coopératives, etc, les scénarios abordent une multitude de « champs des possibles » à partir de 82 hypothèses, jugée les plus déterminantes pour l'avenir de la filière (500 hypothèses au total). Patrick Aigrain, chef du service « évaluation, prospective & analyses transversales » à FranceAgriMer, rappelle que le but d'une prospective est justement de raconter « des histoires ». A la filière ensuite de décider ce vers quoi elle veut tendre, en jouant ou non sur certains leviers. Un consensus semble apparaître quand au scénario 2 : crise économique et financière, engrenage à la baisse des prix avec destruction de la valeur ajoutée, baisse des prix à la production, émergence de transformateurs-distributeurs, concentration des industriels au niveau mondial avec création d'un oligopole... Patrick Aigrain, précise que justement l'intérêt d'une prospective, « c'est que si l'on pense s'être engagé dans un scénario, il est encore possible d'inverser la suite ou… d'y rester ! ».

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Trois grands types d'exploitation à l'avenir

Côté élevage, il confirme que pour tous ces scénarios trois grands types d'exploitations se différencient : une exploitation très intensive en capital type 1 000 vaches, une exploitation agro-écologique, intensive en travail, à capitaux familiaux, avec grandes surfaces herbagères ainsi qu'une exploitation multi-spécialisée, plus résiliente avec deux ou trois ateliers. Si cette prospective reste très franco-française et axée uniquement sur une filière, elle devrait cependant rester « de la matière en fusion à disposition » des membres des prochains Conseils spécialisés lait, selon Dominique Chargé. « Nous viendrons puiser régulièrement dedans », continue-t-il. A défaut de trouver un consensus sur une stratégie commune au sein de la filière - stratégie qui selon certains opérateurs fait cruellement défaut - cette prospective aura le mérite de faire échanger les acteurs entre eux et de « décloisonner les esprits », comme le qualifie Dominique Chargé. Reste que les problématiques du court-terme risquent fort de reprendre rapidement le dessus vu le contexte dans lequel évolue l'élevage français aujourd'hui. 

La Conf' propose un cinquième scénario

A la suite de la présentation par FranceAgriMer des quatre scénarios prospectifs, à l'horizon 2030, concernant la filière lait de vache, le 30 juin, la Confédération paysanne a présenté de son côté un cinquième scénario, disponible sur son site internet. Partant de la même matrice d'hypothèses de travail que celle utilisée pour établir les quatre autres scénarios, la Conf' propose une « histoire » avec l'abandon des accords de libre-échange, le développement des systèmes herbagers, la régulation du marché, la diversité des exploitations, la création d'emploi sur tout le territoire, etc. Patrick Aigrain, chef du service « évaluation, prospective & analyses transversales » à FranceAgriMer, a reconnu la valeur de ce scénario. « La prospective est une machine à raconter des histoires », explique-t-il, avec tout de même un peu de méthode !