Les deux tiers des installations agricoles sont des installations non aidées. Sur les 16 000 à 17 000 installations annuelles, on compte 10 000 à 11 000 installations non aidées. « Ces agriculteurs sont loin de l’image de marginaux qui leur est souvent attribuée », souligne une étude du Cnasea de décembre 2006, publiée aujourd’hui. En effet, « les “non-aidés” sont pour la plupart issus de familles agricoles et pratiquent la même agriculture que leurs homologues bénéficiaires des aides de l’État ».
Alors que le nombre d’installations agricoles en France est « relativement stable » depuis le début des années 2000, la part des installations non aidées a connu « une augmentation continue depuis le milieu des années 1990 », souligne l’étude de François Lefebvre, du Cnasea. Cette étude porte sur 8 200 installations non aidées par an, hors transferts entre époux. Les installations non aidées représentent environ 2 installations sur trois. Mais, « ces installations ne sont pas suffisantes pour compenser les cessations d’activité », souligne l’étude. « On compte 10 000 chefs d’exploitation en moins chaque année ».
Des installations non homogènes
Ces installations non aidées ne sont pas homogènes : 39,7 % des installations non aidées sont effectuées avant l’âge de 40 ans et 60,3 % après 40 ans.
Contrairement aux « idées reçues », les « non-aidés » sont originaires de la zone où ils s’installent : 82 % sont du département ou d’un département limitrophe. Seul 1 « non-aidé » sur 5 (18 % exactement) est un « migrant » venant d’une autre région ou d’un autre pays. 90 % des « non aidés » ont des origines agricoles. Les « non-agricoles » se retrouvent essentiellement dans la catégorie des migrants. Les zones périurbaines, le sud de la France et plus particulièrement le pourtour méditerranéen et la façade atlantique sont les régions où on constate les taux d’installations non aidées les plus élevés.
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Des lacunes de formation
Force est de constater que la formation agricole n’est pas le fort des « non-aidés », souligne l’étude. Les « locaux » se distinguent par un niveau de formation relativement bas (49 % ont suivi une formation agricole). Les « migrants » tirent davantage leur épingle de jeu : 67 % ont une formation agricole qui, pour près de la moitié d’entre eux est une formation adulte. Les femmes à 60 % n’ont ni formation agricole, ni formation générale. Évidemment, les « non-aidés » s’installant après 40 ans ont eu des expériences professionnelles longues ou même très longues (d’une durée de 15 à 25 ans). 60 % des « non-aidés » ont eu au moins une expérience agricole (emplois de type aide familiale ou conjoint d’exploitant). La place des femmes est à noter. Les femmes représentent de 40 à 45 % des installations de « non-aidés », soit deux fois plus que la moyenne nationale pour les installations aidées (21 %). Quant à l’installation « hors cadre familial », elle représente 30 % des installations de non-aidés de moins de 40 ans et à l’inverse seulement 14 % chez les plus de 40 ans.
Des « non-aidés » peu pluriactifs
Les trois quarts des « non-aidés » se sont installés à titre exclusif. Autrement dit : 1 non-aidé sur 4 est pluriactif. 8 installations sur 10 sont des reprises d’exploitation déjà existantes. À l’inverse, 2 installations sur 10 sont des créations d’exploitation. Ce pourcentage grimpe à 60 % pour les « non-aidés » qui n’ont pas d’origine agricole. Même si les installations individuelles restent majoritaires chez les non-aidés, leur part est passée en 10 ans d’une moyenne de 70/75 % en 1996 à 60/65 % aujourd’hui. Soit une baisse de 10 %. Le financement, question clé de l’installation, montre que le coût moyen d’une installation non aidée s’élève à 100 000 euros, soit un tiers de moins par rapport aux 150 000 euros de budget moyen d’une installation aidée. Mais ces chiffres cachent de « grosses disparités », souligne l’étude. Ainsi, 35 % des installations n’ont nécessité aucun investissement. Lorsqu’il y a financement, les apports personnels contribuent en moyenne à 45 % des besoins, les prêts bancaires à 35 % et les aides des collectivités territoriales à 10 %.
Un taux d’arrêt d’activité « satisfaisant »
80 % des « non-aidés » ont des productions qui sont majoritaires dans leur zone. « Là encore, la réalité tord le cou aux idées reçues », précise François Lefebvre. On constate néanmoins quelques différences… Le maraîchage, la viticulture et d’une manière générale les productions atypiques sont « sur-représentés ». Inversement, les productions à quotas sont sous-représentées. Au chapitre de la commercialisation des productions : 6 « non-aidés » sur 10 vendent tout ou partie de leurs productions à des coopératives. Enfin, le taux d’arrêt d’activité est « satisfaisant ». Au bout de 10 ans, le taux d’arrêt d’activité se situe à environ 15 %. Si on compare ce taux aux 4 % d’arrêt chez les agriculteurs aidés, « on peut dire que les non-aidés abandonnent près de 4 fois plus que les aidés ». Mais, si on compare avec les artisans/commerçants dont la moitié tirent définitivement le rideau dans les 5 premières années d’activité, alors « 85 % de réussite des chefs d’exploitation non-aidés sont exceptionnels », souligne François Lefebvre. « Et c’est bien cette lecture qui est la bonne », conclut-il.