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 Orientations de Inra et du Cirad Une recherche trop proche de l’actualité

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D’un organisme de recherche à l’autre, les problèmes peuvent être légèrement différents. Si l’Inra est un EPST (Etablissement public scientifique et technique), le Cirad est, quant à lui, un Epic (Etablissement public à caractère industriel et commercial). Une autre grande différence entre ces deux organismes : l’un travaille uniquement en métropole et l’autre dans les territoires outre-mer et dans les pays en développement. Des chercheurs de l’Inra craignent que les orientations de la direction conduisent à une recherche trop collée à l’actualité. Les chercheurs du Cirad ressentent, quant à eux, un écart énorme entre le discours politique d’aide aux pays du Sud, qui devrait être géré sur le long terme et la situation concrète, qui se traduit par tout l’opposé.

 Jean-Louis Durand, chercheur à l’institut des sciences fourragères à Lusignan, fait une constat amère : «P lus on parle de veille technologique, moins on en fait». Certains chercheurs ont le sentiment qu’à l’Inra, on s’oriente trop vers des grands thèmes de recherche à la mode (par exemple alimentation, environnement, sécurité alimentaire) et que la recherche fondamentale sur un grand nombre d’autres sujets «agronomiques» sont totalement abandonnés. Par exemple, récemment, la direction de l’Inra a transféré tous les pathologistes de l’unité «santé animale» vers de département «microbiologie et chaîne alimentaire». Et alors ? Quelle peut en être la conséquence ? La crainte est que les seules maladies animales étudiées soient celles qui ont un impact sur les produits alimentaires.

Autre exemple : à l’Inra, on a abandonné quasiment toutes les recherches sur les protéagineux autres que le pois. « Il ne manquait que peu d’années de recherche pour connaître un progrès génétique important, qui aurait permis aux éleveurs d’utiliser ce fourrage», explique Jean-Louis Durand. « On nous dit qu’un semencier va prendre le relais, mais il ne pourra pas financer de la recherche fondamentale», regrette-t-il. Jusqu’à ces dernières années, si l’Inra avait besoin de relancer un sujet de recherche, elle pouvait se retourner vers les chercheurs les plus anciens qui avaient travaillé sur le sujet. Mais il y a de plus en plus de départs à la retraite et le savoir-faire part avec eux.

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Autre crainte : désormais, les orientations scientifiques de tous les départements de recherche (12 au total) seront révisés tous les quatre ans, ce qui fait craindre une discontinuité de la recherche.

Difficultés pour accueillir les chercheurs étrangers

Au Cirad, les chercheurs se trouvent dans des situations différentes : ils ont souvent le sentiment d’être tiraillé entre leurs partenaires chercheurs du Sud qui attendent beaucoup d’eux, et leur direction qui leur refuse parfois des billets d’avion pour participer à des colloques internationaux. « Nous avons dû imposer des réductions sur le budget déplacements, missions et réception», avoue Didier Coulomb, secrétaire général du Cirad. Jean-Pierre Bouillet, directeur d’une équipe de 15 personnes qui travaille sur la forêt et les écosystèmes tropicaux, souffre du manque de moyens pour accueillir convenablement des jeunes chercheurs des pays du Sud. Son équipe est pourtant doublée avec les doctorants et les chercheurs étrangers. « Il nous semble fondamental d’appuyer les pays du Sud pour accompagner la production agricole durable, soutenue dans le temps et respectueuse de l’environnement», explique-t-il. Quand on entend les discours politiques, on pourrait s’attendre à cela, « mais on observe un décalage énorme entre les déclarations positives, voire lénifiantes, des hommes politiques et la réalité du terrain», poursuit-il. Les budgets de la coopération au ministères des Affaires étrangères baissent eux aussi.