Une réunion ministérielle de l’OMC pourrait être convoquée dans la semaine du 19 mai pour arrêter les grandes lignes d’un compromis sur l’agriculture et les droits de douane industriels, sortir ainsi le cycle de Doha de l’ornière et permettre de le conclure avant que les élections américaines ne gèlent totalement les négociations.
Crawford Falconer, le président des négociations agricoles de l’OMC, a reconnu, le 9 avril à Genève, que des progrès avaient été faits sur les produits sensibles, la simplification des droits de douane et sur les soutiens internes qui affectent le moins les échanges (la boîte verte).
Les Etats-Unis, l’UE, l’Australie, le Brésil, le Canada et le Japon sont de fait parvenus à un compromis technique sur la méthode calcul de la consommation intérieure devant permettre de déterminer l’augmentation des quotas tarifaires d’importation de produits sensibles. Il s’agit maintenant de le faire accepter par les autres pays membres de l’OMC, a toutefois tempéré M. Falconer.
Ce dernier estime que, avant de pouvoir soumettre un nouveau projet révisé d’accord global susceptible d’être présenté aux ministres, les négociateurs doivent encore rapprocher leurs positions sur les produits tropicaux et les arrangements préférentiels à l’importation pour certains pays en développement. Il espérait pouvoir boucler ces pourparlers techniques le 11 avril pour entamer ensuite la rédaction du texte révisé.
Peter Mandelson : « jouer avec le temps, c’est jouer avec le feu »
En marge d’une visite à Berlin, le 3 avril, Peter Mandelson s’est dit « plus optimiste (qu’il ne l’a) été jusqu’à maintenant » sur la possibilité de parvenir à un compromis lors d’une réunion ministérielle de l’OMC, qui devrait donc se tenir en mai. Il a appelé les négociateurs à « ne pas retarder » cette réunion pour pouvoir conclure un accord avant le changement d’administration aux Etats-Unis.
« Désormais, qui joue avec le temps joue avec le feu », a insisté le commissaire européen au commerce.
Participant à une conférence internationale sur la gouvernance progressiste qui s’est tenue les 4 et 5 avril à Watford (Angleterre), M. Mandelson a assuré que l’UE était « prête pour l’ultime négociation sur l’accès aux marchés agricoles » et que les Etats-Unis « ne se déroberont pas » et remettrons une offre améliorée sur les soutiens internes.
Pressions sur les pays émergents
Mais, tout comme les Premiers ministres britannique et australien, Gordon Brown et Kevin Rudd, M. Mandelson a aussi exhorté, à Watford, les pays émergents (Brésil, Chine, Inde, etc.) à faire de nouvelles offres sur l’accès aux marchés industriels. Sans cela, « la négociation va échouer », a-t-il prévenu.
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De la même manière, Susan Schwab, la représentante américaine au commerce, a expliqué, devant une commission de la Chambre des représentants, le 9 avril à Washington, que « le défi dans cette négociation, c’est de s’assurer que les marchés émergents contribuent à l’ouverture des marchés dans des proportions qui soient en rapport avec leur niveau de développement ».
« Nous espérons une réunion ministérielle dans les deux prochains mois », mais celle-ci ne devrait pas être convoquée tant qu’il n’est pas clair qu’une percée est possible, a également déclaré Mme Schwab, car « nous ne pouvons pas nous permettre l’échec d’une ministérielle à ce stade ».
Pascal Lamy : de nouveaux textes avant fin avril
« Je ne prendrai la décision de faire venir les ministres que si j’ai le sentiment qu’il y a des chances raisonnables d’arriver à un accord, et il est pour l’instant possible que ceci se passe en mai », a confirmé Pascal Lamy, le 8 avril à Paris. « Il y a déjà sur la table des projets de compromis qui sont extrêmement substantiels et très sophistiqués. Reste à trouver le compromis final », a dit le directeur général de l’OMC.
« Nous travaillons sur des projets de compromis » sur les trois sujets « les plus importants », la réduction des subventions agricoles, des droits de douane agricoles et des droits de douane industriels, a expliqué M. Lamy. « Deux versions (de l’accord) ont été proposées depuis l’année dernière, une troisième version devrait être sur la table avant la fin du mois d’avril ».
« Sur le plan politique, on est mû par une échéance importante qui est celle des élections américaines », a également expliqué le directeur général de l’OMC. « Dans la mesure où l’administration actuelle a, depuis la fin de l’année dernière, ce qui n’était pas le cas auparavant, exprimé une ambition très claire et nette d’avoir un deal avant la fin de l’administration Bush (…), cela donne une certaine impulsion ».
M. Lamy a ainsi relevé la « dynamique » américaine, « même si la question de savoir ce que fait le Congrès d’un accord passé par l’administration américaine reste ouverte ».