C'est une année globalement normale qui est attendue pour les fruits d'été en production en 2015. Mais l'embargo russe fait peser sur les marchés des interrogations sérieuses.
Depuis sept ans, le Medfel de Perpignan, salon des fruits et légumes du bassin méditerranéen est l'occasion de regarder de près les quelques semaines qui se profilent pour les fruits d'été. Après une année 2014 qualifiée de très difficile, avec des volumes importants et un été pourri qui a compromis la campagne dès les premières semaines, les producteurs de pêches et nectarine européens ont été confrontés, à partir du 7 août, à la mise en place de l'embargo russe. Principal bassin de production concerné, l'Espagne, qui exporte 100 000 tonnes vers la Russie, a rebasculé sur le marché européen les fruits interdits d'exportation. « Ce ne sont pas forcément des volumes très importants au regard d'une campagne entière mais ils sont venus peser sur le marché intracommunautaire dans un contexte déjà mauvais », se souvient Éric Hostalnou, de la Chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales. On parle toutefois de plus de 30 000 tonnes qui sont venus handicaper la campagne 2014. Aujourd'hui, les producteurs sont inquiets face à cette masse de produits, notamment espagnols, qui pourraient être reversés sur le marché intracommunautaire, faute d'exportation. S'il est trop tôt pour avoir une exacte vue sur les volumes que produiront les vergers européens, chacun des pays producteurs s'attend à une légère inflexion par rapport à 2014.
L'Espagne sera la seule à progresser
« Nous sommes encore proches du potentiel optimum cette année comme l'année dernière, poursuit Éric Hostalnou, les évolutions de volumes seront donc guidées, sauf accident climatique, par les évolutions de surfaces de vergers. » À ce jeu c'est l'Espagne qui progressera en volume, quand la Grèce restera stable et que le repli est à l'ordre du jour en Italie et en France. Le production européenne de pêches, nectarines et pavie devrait progresser de 1 %, à près de 3 millions de tonnes. Soit une progression de 5 % par rapport à la moyenne 2009-2013. En abricot, le contexte est également aux interrogations. Mais plus que le marché, c'est bien la production qui pose question. Comme en pêche, la saison est dans son calendrier « habituel », avec dix à quinze jours de retard par rapport à 2014. Le manque de froid hivernal, la pluie survenue au moment de la floraison dans certaines régions vont donner lieu à une année placée sous le signe de l'hétérogénéité. Dans le comportement des variétés, certaines, très productives l'an passé, semblent avoir marqué le pas ce printemps, dans les différentes régions de production en fonction des conditions météo.
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L'abricot en repli
Attendue à 510 000 tonnes, la production européenne 2015 doit reculer de 4 % par rapport à l'abondante année 2014 ainsi que par rapport à la moyenne 2009-2013. « Cela dit, nous ne manquerons pas d'abricots durant la saison », a préféré avertir Vincent Faugier, co-président de la Section interprofessionnelle de première mise en marché abricot. « Les variétés traditionnelles et tardives seront présentes au rendez-vous. C'est par contre plus incertain pour les variétés qui nécessitent une pollinisation extérieure. » En France, la production devrait atteindre 166 000 tonnes contre 173 000 l'an passé. Sous réserve d'un printemps correct, du beau temps pourrait faire gagner du tonnage par le calibre. En melon, alors que la saison va s'ouvrir, les producteurs marocains craignent une collision de leur production avec les melons espagnols les plus précoces dont les volumes deviendront significatifs fin mai. Le melon français, avec des surfaces stables en regard de l'année dernière, sera disponible fin avril pour les cultures chauffées, un peu après la mimai pour les cultures en grands abris et début juin pour les cultures sous chenilles.
Invitée à Perpignan, la filière pomme en a profité aussi pour faire le point sur les conséquences de l'embargo russe. Avec une campagne 2014 qui ne s'est finalement pas trop mal passée compte tenu du contexte. Tout l'inconnu pèse donc sur le maintien ou non des sanctions de l'Union contre la Russie et en conséquences des mesures de rétorsion russes contre les produits européens. Même si de la pomme européenne est notoirement entrée sur le marché russe avec de « faux papiers » depuis le mois de février et l'épuisement des stocks.