Le plan de soutien annoncé par le ministre Michel Barnier a eu bonne presse du côté du syndicalisme. Difficile en effet, de contester la prise en compte par le gouvernement de la conjoncture agricole, marquée par une baisse de revenu pour la ferme France comprise en 8 et 15 % pour 2008. En effet, l’annonce d’un déblocage de 250 millions d’euros, dont environ 200 millions de « véritable contribution de l’État, dans la situation actuelle, n’est pas neutre », a commenté Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA. Pour autant, cette réponse « positive » de l’État n’est que « partielle », font valoir les syndicalistes. Beaucoup d’interrogations demeurent sur les critères d’éligibilité des aides annoncées. Chaque bassin de production souhaitant en être prioritairement bénéficiaire.
«C’est un pas dans le bon sens », commentait Pierre Chevalier, président de la FNB, le 12 novembre à l’issue de la conférence agricole sur les revenus qui s’est tenue au ministère de l’Agriculture. Un pas qui n’est pas jugé suffisant. « C’est une réponse positive mais partielle », souligne le président. Dans un communiqué, la FNB explique que ce plan est « un ballon d’oxygène sur le court terme. « Les volumes financiers seront-ils suffisants ? », est la question que tout le monde se posait à l’issue de la conférence tout en ayant l’intime conviction que cela ne serait pas le cas.
Pas suffisant
« J’aurais voulu plus d’aides pour le secteur ovin », a admis publiquement Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA, à l’origine de cette conférence sur les revenus. Même si le secteur ovin bénéficie de 50 millions d’euros dans ce plan, Serge Préveraud, président de la FNO, estime que « ça va dans le bon sens, mais ça ne correspond pas aux exigences de la filière ». Pour la Fédération nationale ovine, l’aide de 50 millions d’euros obtenue est un premier pas pour permettre aux éleveurs ovins de se maintenir en attendant la mise en application du bilan de santé de la Pac en 2010. « Les 160 millions d’euros que nous demandons ne sont pas négociables », a rappelé Serge Préveraud. « Dans le concret, au niveau de l’application du plan, il n’est pas certain qu’il en ait suffisamment pour tout le monde », a admis Jean-Michel Lemétayer. Pour Luc Guyau, président de l’APCA, il est clair « qu’il en faudra bien plus pour éviter les disparitions massives d’élevages ovins, de viande bovine ou en hors-sol ». Surtout que « le secteur laitier risque bientôt d’être pris lui aussi dans la tourmente », prévient le président.
« Ce plan apporte un ballon d’oxygène pour les agriculteurs en difficulté mais je crains qu’ils ne retrouvent pas, pour autant, la bonne respiration car ils ont besoin de durabilité », a expliqué Jean-Michel Lemétayer. En ligne de mire : le bilan de santé de la Pac. L’occasion de « construire un vrai projet agricole, d’éviter un détricotage de la Pac et d’imposer un meilleur équilibre des aides entre les régions et les productions », résume Luc Guyau. Un souhait repris par la FNB qui est « en attente d’un rééquilibrage dans le cadre de la Pac », précise un communiqué. Au niveau européen, une délégation de la FNO a rencontré Mariann Fischer Boel, vendredi 14 novembre, avec d’autres représentants européens de l’élevage ovin pour obtenir une aide d’urgence de la part de l’Europe. La FNO espère ainsi récupérer 50 millions d’euros supplémentaires. « Depuis 40 ans, le revenu des agriculteurs français ne se décide plus à Paris mais à Bruxelles », estime François Lucas, le président de la Coordination rurale (CR) qui, prudent, a souligné qu’il n’avait pas mis beaucoup d’espoir dans ce type de « conférences, sorte de bureau d’aides sociales ». « Mais tout ne viendra pas de la Pac, prévient Jérôme Volle, secrétaire général des Jeunes agriculteurs, il faut aussi que la filière ovine se structure pour peser face à la grande distribution ; l’observatoire des marges, dont la mise en place a été annoncée par le gouvernement, pourra nous y aider ». A ce sujet, la FNPL (Fédération nationale des producteurs de légumes), estime que ce plan d’urgence est « loin du compte ». Le syndicat demande « d’annuler toutes les ristournes du commerce de gros et de la distribution ».
Rien n’est fait pour 2008
Plus concrètement, « il n’y a pas de chèque pour demain matin », confiait le leader de la FNSEA, en aparté à Régis Hochart, porte-parole de la Confédération paysanne, devant le ministère de l’Agriculture. Régis Hochart insiste : « Toutes les mesures proposées par le gouvernement sont pour 2009 : rien n’est fait pour 2008 ». Pour autant, l’annonce d’un déblocage de 250 millions d’euros, dont environ 200 millions de « véritable contribution de l’État, dans la situation actuelle, ce n’est pas neutre », admet Jean-Michel Lemétayer. Même constat du côté de la Confédération paysanne. « L’ensemble du gouvernement, et pas seulement le ministère de l’Agriculture, a compris qu’il y avait une situation de crise », résume le porte-parole de la Confédération paysanne.
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Cibler les aides
Autre point positif pour la Confédération paysanne : « le ciblage des aides pour tout le monde y compris les jeunes agriculteurs ». « Les jeunes agriculteurs auront des aides s’ils en ont vraiment besoin », explique Régis Hochart. Ce ciblage des aides à la trésorerie est « un choix intéressant à condition que les critères d’octroi qui restent à définir au niveau national soient pertinents », prévient le syndicat minoritaire.
Les jeunes agriculteurs bénéficient d’une mesure spécifique qui prévoit la « reconduction de l’exonération des cotisations sociales » pour ceux dont l’exonération de 5 ans arrive à expiration en 2009. Ce qui fait dire à William Villeneuve, le président des Jeunes agriculteurs, que la « problématique » de ce public a été comprise par le gouvernement. Toutefois, le président se pose aussi la question des critères d’éligibilité des aides promises. Une interrogation partagée par l’ensemble des syndicalistes.
Dignité
Pierre Chevalier se demande comment sera répartie l’enveloppe financière dans chaque département. Un comité ad hoc est créé, présidé par le préfet qui doit examiner les dossiers au cas par cas et assurer la gestion de la fameuse enveloppe. Un comité plutôt que l’habituelle procédure Agridif. « Les éleveurs ont leur dignité : il faut leur permettre d’accéder aux aides dans de bonnes conditions et ne pas les laisser seuls face aux banques », confiait un syndicaliste. Un secteur bancaire dont « la timidité » a été d’ailleurs déplorée par les responsables professionnels, notamment ceux du Massif Central, dans un communiqué. Quant à la réalité des aides annoncées « de façon très médiatique », les millions d’euros seront distribués selon « des règles encore inconnues », pointe la CR. Pire, « il y a fort à craindre qu’une partie des 95 millions d’aides à la trésorerie annoncées ne soient pas distribuées ». Pour la CR, certains agriculteurs risquent d’être jugés comme insuffisamment en difficulté tandis que d’autres seront jugés trop « faibles » au regard de « leur capacité de remboursement pas assez crédible pour les banques ».
Avenir
« On sent bien que ce plan de soutien est fait pour les exploitations qui ont de l’avenir », analyse Régis Hochart. « Ces 200 millions d’euros de l’État sont un bon investissement à un moment où le secteur agricole ne va pas bien mais contribue de façon positive en matière d’emplois » dans l’économie française, souligne Jean-Michel Lemétayer. Ce plan n’est pas de l’assistanat mais bien de l’investissement, rappelait le ministre Michel Barnier. Réalisme économique oblige. Une manière aussi de justifier ce plan – qui mobilise 200 millions d’euros pour un secteur déjà aidé – dans un contexte où le pouvoir d’achat des Français est en berne.