La perspective d’une récolte en baisse fait craindre des difficultés chez les producteurs en grandes cultures. Christian Pèes, président de Coop de France Métiers du grain, livre son analyse à Agra Presse : certains n’arriveront pas à couvrir leurs charges opérationnelles. Face à des marchés volatils, il invite les agriculteurs à être « raisonnables » dans la gestion de leur entreprise.
Comment se présente la nouvelle campagne céréalière ?
Difficile, avec à la fois des rendements en grains plutôt moyens et des cours déprimés. Il est un peu tôt pour avoir une vision globale de la situation des agriculteurs. Certains sont toujours en grande forme mais d’autres ont déjà des difficultés et leur nombre est certainement élevé. Visiblement, peu de zones ont été épargnées par une météo atypique, avec des excès d’eau, de la grêle, un manque de soleil et par conséquent beaucoup de parasites et de maladies. De grands écarts existent dans toutes les régions, exemple en Pays de la Loire et Poitou-Charentes où on voit des rendements pas trop mal en terres drainantes, des accidents en sols plus hydromorphes.
Quels effets sur la trésorerie des exploitations ?
Elle devient plus tendue mais là encore la situation est très disparate. Des céréaliers font face à de petits rendements, conjugués à de petits prix… Prenons un peu de recul : le monde a changé et on voit un plus grand nombre d’agriculteurs en conditions précaires par rapport à une époque, dix ou vingt ans en arrière. Quand des aléas surviennent, les exploitations montrent une plus grande fragilité.
Les coopératives ont-elles un rôle à jouer ?
Notre boulot est d’accompagner. Face à des marchés très ouverts et volatils, il faut aider les agriculteurs à prendre les bonnes décisions. Les coopératives proposent des avances de trésorerie, leurs conseils sont ajustés au plus près. Concrètement, les prochains itinéraires techniques pourront, dans certains cas, aller vers davantage de prise de risque (réduction des amendements…) pour s’adapter à la situation financière de l’adhérent.
Faut-il s’attendre à des défaillances dans les prochains mois ?
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Deux cas de figure pour le financement de la prochaine campagne : une catégorie d’agriculteurs restera dans une situation confortable, beaucoup d’autres ont une ouverture de crédit dans leur coopérative et le versement de leur moisson sera diminué d’autant. Pour eux, les prochains mois s’annoncent difficiles. Certaines exploitations n’arriveront pas à couvrir leurs charges opérationnelles de mises en culture, mécanisation, main-d’œuvre.
Un vrai décalage avec la période faste d’il y a pas si longtemps !….
Cela fait plusieurs années que les prix ont décroché, entraînant souvent des difficultés chez les producteurs de grains. De quoi modifier l’image des soi-disant « riches céréaliers ». La récolte 2016 en France est potentiellement mauvaise mais elle ne pèse pas sur le marché mondial. Les grands spécialistes des matières premières, à l’OCDE entre autres, promettent des prix hauts depuis des décennies, considérant qu’il y a de plus en plus de bouches à nourrir. Mais le potentiel de production est tel sur la planète que le rapport entre offre et demande n’est pas favorable à l’agriculteur, pour qui les temps sont très durs.
Cela remet-il en cause la gestion de l’exploitation ?
Dans une conjoncture volatile, les producteurs doivent être raisonnables. Ils peuvent spéculer en se disant que les prix vont monter. Mais pour cela, mieux vaut être riche. La bonne attitude est de connaître son prix de revient, vendre en fonction et de manière régulière : jouer au coup de poker amène de cruelles déconvenues. La maîtrise des charges est aussi essentielle. Dans ce domaine, la situation n’est pas uniforme. Beaucoup de travail reste à faire en termes de compétitivité, notamment dans la mécanisation. Je le vois dans ma région du Sud-Ouest. C’est bien d’avoir du matériel performant, mais pas forcément en propriété, en pensant aussi à la location ou prestation d’entreprise, Cuma. Là, on se heurte aux mentalités, à une fiscalité pousse-au-crime, qui tend vers le changement de matériel dès que la récolte est bonne.
« Une situation décalée par rapport à l’image des soi-disant “riches céréaliers” »