Abonné

Produits laitiers Unicopa et Entremont nouent une alliance européenne

- - 4 min

« Entremont Alliance », tel est le nom de la société que le leader français de l’emmental projette de constituer, via son actionnaire majoritaire, la Compagnie Nationale à Portefeuille (CNP contrôlée par le financier belge Albert Frère), avec le groupe coopératif breton Unicopa, basé à Morlaix, dans le Finistère. L’information donnée le 13 juin précise que ce projet d’alliance englobe la totalité de la branche produits laitiers d’Unicopa et l’ensemble des actifs industriels d’Entremont. La structuration plus poussée de la filière laitière en France que nombre de dirigeants, et notamment dans le secteur coopératif, appelaient de leurs vœux franchit donc une nouvelle étape.

Le nouvel ensemble, contrôlé au départ par Entremont, représentera au total une collecte de 2,2 milliards de litres de lait (1,6 milliard pour Entremont), la fabrication de 195 000 tonnes de fromages (emmental, Comté, raclette, Beaufort, fromages fondus), 65 000 tonnes de poudres laitières, 250 000 tonnes de poudres de lactosérum et de produits laitiers formulés. Chiffre d’affaires : 1,7 milliard d’euros dont près de 40 % réalisé à l’exportation.

La différence de taille entre les futurs mariés est manifeste. Entremont a réalisé, en 2004, 1,093 milliard d’euros de ventes en fabriquant notamment 142 800 tonnes de fromages, 240 400 tonnes de poudres laitières dont 209 000 tonnes de poudres de lactosérum. Plus modeste, la branche lait d’Unicopa, premier de ses quatre métiers, a généré (en 2003) 40,5 % de son CA total avec 483 millions d’euros. Sur le marché français, elle n’en occupe pas moins la troisième place en pâtes pressées cuites et la seconde en raclette.

Un contrôle à 63,5% par CNP

Logiquement, le projet « Entremont Alliance » prévoit que le capital sera détenu à 63,5 % par la CNP. Mais les deux partenaires précisent que « le projet d’accord permet, à terme, une montée à parité entre Unicopa et la Compagnie Nationale à Portefeuille », sans plus d’informations sur la date de modification du capital, ni sur le futur management de l’entreprise.

Entremont et Unicopa justifient leur projet d’alliance par un souci commun de pérenniser l’avenir de leurs structures dans un contexte laitier troublé par les « évolutions de la politique agricole commune (baisse des restitutions et des soutiens aux produits industriels) (qui entraînent) de fortes tensions sur des marchés de plus en plus concurrentiels. »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Finistère
Suivi
Suivre
actionnaire
Suivi
Suivre

Entremont et Unicopa ont l’habitude de travailler ensemble. Par le passé, ils avaient exporté leurs préparations laitières (barres diététiques, etc.) dans le cadre de « Francexpa » avant qu’Entremont n’en sorte au début des années 2000. Plus récemment (2004), ils ont placé toutes leurs fabrications de beurre avec Sodiaal dans la société Beuralia qui pilote l’industrie et la commercialisation de 100 000 tonnes de matières grasses.

« Entremont Alliance » doit encore passer le filtre de la consultation des 4 000 salariés des deux entreprises, puis celui des autorités de la concurrence avant de véritablement voir le jour. Chez Entremont, le directeur des relations externes, Alain Troalen précise que le poids du lait collecté par « Entremont Alliance » en Bretagne représentera près de 30 % du quota laitier de Bretagne.

28 UNITES EN EUROPE

Si les deux candidats au mariage « affirment (…) le rôle majeur qu’ils entendent jouer dans la réorganisation de la filière laitière française en général, et bretonne en particulier », leur alliance ne manquera pas de susciter des interrogations, voire des inquiétudes. L’ensemble industriel comprend, en effet, pas moins de vingt-huit usines, centres d’affinage, sites de conditionnement ou usines de séchage de poudres laitières, en majorité pilotés par Entremont. Cinq d’entre elles se situent en Allemagne, Suisse, Pologne et République tchèque.

« Sur un marché européen de pâtes dures estimé à 2,4 millions de tonnes, notre objectif consiste à atteindre une taille européenne », confie Alain Troalen. Unicopa poursuit donc sa stratégie d’alliance initiée récemment dans l’alimentation animale avec Evialis (société Nutrea sur l’Ouest - voir encadré), ou encore dans la production porcine au travers de la formation de l’union Pigalys, qui rassemble tous les producteurs de porcs de ses coopératives de base.