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Traiteur Uniq promet Marie à LDC

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Le volailler sarthois LDC n’attend désormais plus que l’accord de l’autorité de la concurrence et des actionnaires d’Uniq pour s’offrir les plats cuisinés frais et surgelés Marie. LDC n’a jamais caché son intérêt pour cette entreprise qui est rentable depuis peu, mais qui possède de sérieux atouts, le principal étant de permettre au numéro 1 français de la volaille de détenir une marque forte au rayon traiteur des linéaires. Après avoir connu un changement de dimension sur son pôle volaille avec l’acquisition d’Arrivé et de Tarczynski (1), LDC donne donc une nouvelle dimension à son pôle traiteur, qui pesait jusqu’à présent 11,7 % de son chiffre d’affaires (227,1 millions d’euros). Marie va permettre à LDC de devenir numéro deux du rayon traiteur frais derrière Sodeb’O et de commencer un nouveau métier : les plats préparés surgelés, une activité que LDC hésite à garder, car elle n’est pas rentable.

Le suspens n’aura finalement pas duré longtemps. Comme annoncé en mars dernier (2), le spécialiste des plats préparés frais et surgelés Marie a trouvé un acquéreur avant la fin du mois de juin. C’est donc LDC qui remporte la mise, après avoir écarté ses deux derniers concurrents, le holding CCA de Monique Piffaut et Delpeyrat. Findus vient de démentir avoir eu un quelconque intérêt pour le rachat de Marie, contrairement à ce que Thierry Blandinières, le président de Delpeyrat, avait annoncé la semaine dernière (3). « Je suis très satisfait que LDC soit rentré en négociation exclusive pour acquérir Marie. Ce groupe avait le meilleur projet et permet à Marie d’être adossé à un industriel solide et de consolider sa position sur le marché des produits traiteurs », affirme Giampaolo Schiratti, directeur général de Marie, qui se félicite d’avoir réussi à respecter le délai fixé en mars. La finalisation du rachat n’attend désormais plus que l’autorisation de l’autorité de la concurrence et l’approbation de l’assemblée des actionnaires du groupe anglais Uniq, actionnaire à 100 % de Marie. Ce dernier avait repris Marie à Danone en 2000 et souhaite désormais se consacrer à ses activités outre-Manche. Uniq veut se désendetter (sa perte opérationnelle a atteint 9 millions d’euros l’an passé) et a donc accepté l’offre de 73 millions d’euros (dont 13 millions d’euros de dette), soit 5,8 fois la marge brute d’exploitation (Ebitda), proposée par LDC. La mise à prix était au départ de 90 millions d’euros.

Deuxième du rayon traiteur frais
L’annonce de la future vente de Marie à LDC n’est pas surprenante. Le numéro 1 français de la volaille avait fait état publiquement de son intérêt pour Marie et était parmi les mieux placés. « Avant même que Marie soit mis officiellement en vente, LDC avait fait savoir qu’il s’intéressait à nous », confirme Giampaolo Schiratti, qui devrait rester à son poste de directeur général de Marie jusqu’à la finalisation de la vente, prévue avant fin octobre. « L’acquisition de Marie est l’aboutissement de notre stratégie initiée il y a cinq ans », affirme quant à lui André Delion, directeur financier de LDC. Le volailler sarthois avait depuis longtemps la volonté d’acquérir une marque forte pour son pôle traiteur, car pour le moment, il réalise 85 % de son activité sur ce marché en MDD. Aux 227 millions d’euros de chiffre d’affaires du pôle traiteur frais de LDC s’ajoutent donc les 121 millions d’euros de Marie. Avec un chiffre d’affaires de 348 millions d’euros sur ce segment, LDC prendra ainsi la deuxième place derrière Sodeb’O. Le volailler détiendra 7,2 % du marché des produits traiteurs frais derrière Sodeb’O (7,5 %) et devant Fleury Michon (4,3 %).

Un pôle surgelé déficitaire
Outre le rayon frais, Marie permet à LDC d’arriver sur un nouveau marché : celui des surgelés. « Nous fabriquions déjà des filets de poulets surgelés pour l’export, mais les produits traiteurs surgelés constituent un nouveau métier qu’il nous reste à découvrir », indique André Delion. LDC a en effet accepté de racheter la totalité de Marie, qui réalise 143 millions d’euros de chiffre d’affaires en surgelé. La direction de Marie avait annoncé lors de la mise en vente qu’elle préférait ne pas séparer ses activités et vendre la totalité au même acheteur. L’avenir du pôle surgelé de Marie reste tout de même incertain. « Ce pôle est déficitaire. Nous allons essayer de le redresser, mais si nous n’y arrivons pas, nous garderons seulement la commercialisation et ferons sous-traiter la fabrication à un autre intervenant », annonce André Delion, qui rappelle que « 3,3 millions d’euros de résultat opérationnel sur les deux pôles, ce n’est pas énorme ». En 2008, Marie détenait 3,7 % du marché surgelé salé français, derrière les MDD (52,2 %), Findus (7,4 %), Nestlé (6,5 %), Mc Cain (4,8 %) et Charal (4,1 %).

Etendre le territoire de la marque Marie
Quoiqu’il en soit, si l’acquisition de Marie se concrétise, LDC aura réussi son objectif : acquérir une marque forte au rayon traiteur. Le groupe sarthois aurait difficilement pu trouver mieux : la marque Marie est présente dans plus de 4 foyers sur 10 et a un taux de notoriété assistée de 96 % ! « Nous allons réfléchir à l’extension du territoire de la marque Marie », confie André Delion. « Nous pourrions par exemple l’étendre à l’ensemble de notre pôle traiteur ou alors avoir une marque par circuit de distribution. Nous nous laissons le temps de penser à tout ça », poursuit-il. Une autre question se pose : l’avenir des deux marques de produits asiatiques Traditions d’Asie de LDC et Luang de Marie. « Pour le moment, nous comptons garder les deux marques », affirme André Delion. LDC sera alors très largement leader de ce segment, devant Sodeb’O (marque Kim Tan), et Loeul & Piriot (marque Tara). En 2008, les ventes de produits sous la marque Tradition d’Asie ont progressé de 32 % pour atteindre 2,6 millions d’unités vendues. Par ailleurs, LDC et Marie sont complémentaires dans un autre domaine : les marques de distributeurs. En effet, Marie est davantage présent en hard-discount tandis que LDC est plutôt spécialisé dans les MDD classiques.

Réaliser des synergies
Au-delà des marques, LDC va pouvoir réaliser de nombreuses synergies avec les unités de production de Marie et faire circuler les compétences. Marie détient six sites industriels à Briec (29), Sablé (72), Viriat (01), Chacé (49), Airvault (79) et Mirebeau (86). Une restructuration pourrait être envisageable, puisque sur certains sites les deux groupes ont des spécialités communes. « Par définition, les doublons devront être traités », déclare Giampaolo Schiratti. « LDC a besoin des usines de Marie : nous n’avons pas beaucoup de capacités disponibles », nuance quant à lui André Delion. Et il n’est pas impensable que l’autorité de la concurrence exige des cessions de sites, même si André Delion affirme ne pas avoir de « craintes majeures sur ce sujet ». Par ailleurs, l’avenir du siège social de Marie à Rungis, qui emploie 240 personnes, est incertain. « Nous allons poursuivre la décentralisation amorcée par la direction de Marie », annonce André Delion. « Mais elle ne sera pas possible pour tous les postes, notamment certains emplois juridiques et financiers », ajoute-t-il. Autre incertitude : Marie prévoyait d’installer trois lignes de production pour des quiches, tartes et tourtes dans une nouvelle usine à Viriat, dont la construction nécessite un investissement de 30 millions d’euros. « Nous allons prendre connaissance de ce projet et juger de sa rentabilité. Rien n’est décidé pour le moment », confie André Delion.

Un début d’année « pas florissant »
L’acquisition de Marie se fait au moment où l’entreprise a retrouvé un résultat opérationnel bénéficiaire, après avoir subi une perte de 7 millions d’euros en 2006. Son chiffre d’affaires triple net est quant à lui quasiment stable à 265 millions d’euros en 2008. Mais 2009 pourrait bien se révéler plus délicate pour la société. « Le début d’année de Marie n’est pas florissant. Nous sommes sur un marché qui souffre actuellement », confirme Giampaolo Schiratti. Et cette acquisition ne se fait pas au meilleur moment pour LDC qui doit déjà gérer l’organisation des nouveaux entrants (Arrivé, le polonais Tarczynski, Entracte, Cailles Robin, et DLG). Quoi qu’il en soit, LDC renforce avec cette acquisition sa position d’acteur majeur de l’industrie agroalimentaire française : l’ensemble ainsi formé atteindrait un chiffre d’affaires de 2,7 milliards d’euros contre 1,9 milliard l’année dernière.

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