A l’occasion d’une journée organisée le 27 juin pour les importateurs espagnols et italiens de céréales françaises, l’OniGC a souhaité montré l’intérêt du transport fluvial de céréales, et notamment de l’axe Sâone-Rhône. Prometteur, cet axe a vu son trafic plus que doubler en cinq ans.
Jour après jour, le baril de pétrole poursuit sa hausse. Début juillet, il atteignait 146 dollars le baril. De quoi faire sérieusement réfléchir collecteurs et acheteurs de céréales quant à l’optimisation de la logistique, un élément plus que jamais clé de la compétitivité. Dans ce contexte, le transport fluvial de céréales revient à la mode. « Un bateau de 4 400 tonnes équivaut à deux cents camions, soit à trois ou quatre trains », a rappelé Rachid Bioud, chargé de mission chez VNF (Voies navigables de France), le 27 juin. Il intervenait à l’occasion d’une journée organisée par l’OniGC (Office national interprofessionnel des grandes cultures) pour faire découvrir à des acheteurs italiens et espagnols l’intérêt du transport fluvial, et notamment celui de l’axe Sâone-Rhône. « La massification permet d’obtenir des prix plus compétitifs à la tonne transportée ainsi qu’un gain de trésorerie à l’import », a expliqué le spécialiste.
Miser sur le silo multimodal
Dans cette perspective, les collecteurs n’hésitent pas à réorganiser leur plan de transport. C’est le cas de Sud céréales, dont le silo central de 72 000 tonnes se situe à Beaucaire, en bordure du Rhône. En trois ans, la coopérative a repensé sa logistique pour mieux profiter du fleuve. « A la récolte 2005, nous avons fait beaucoup de tonnages à destination de la Méditerranée, et notamment de l’Italie,explique Emmanuel Boy, le directeur général. A cette époque, nous chargions des barges par camion sur le quai public de Beaucaire. Elles étaient ensuite déchargées sur le port des Tellines, à Marseille. La marchandise passait alors dans un silo avant d’être rechargée dans un navire maritime ». Rupture de charges et coûts élevés de main d’œuvre ont incité la coopérative à investir 600 000 euros pour mettre en place son propre quai de chargement et se lancer dans le transport fluvio-maritime, qui permet de conserver le même bateau sur fleuve et sur mer. Déjà relié au train et à la route, le silo central est donc désormais également portuaire. La coopérative se donne pour objectif de transporter 25 000 tonnes de marchandises chaque année par voie d’eau. Elle compte également s’équiper d’une installation de déchargement, afin de permettre aux opérateurs d’approcher le site avec des péniches de petites capacités.
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Trafic en nette hausse sur l’axe Saône-Rhône
Sud céréales n’est pas la seule coopérative à miser sur le développement du transport fluvial. Cerevia, Granite et InVivo ont décidé d’investir dans des silos de stockage sur le port de Marseille, continuité de l’axe Saône-Rhône (voir encadré). Pour Paolo Rossi, de Molino Rossi, meunier italien situé à proximité de Pise, le transport par voie d’eau, même s’il est plus long, constitue finalement une bonne formule compte tenu du manque de flexibilité de la voie ferroviaire. L’OniGC estime pour sa part que l’axe Saône-Rhône, qui permet d’acheminer des marchandises issues de la Bourgogne et de la région Rhône-Alpes vers le sud de l’Europe, a une vraie carte à jouer. Selon VNF, la croissance du trafic fluvial y est deux à quatre fois supérieure aux chiffres nationaux depuis 5 ans.
Économiquement et environnementalement correct
Une chose est sûre, le transport par bateau entre Lyon et Marseille peut s’enorgueillir d’excellents résultats économiques et environnementaux. Sur ce trajet, la tonne transportée consomme 4,3 à 4,4 kilo d’équivalent pétrole par poids lourds ou train diesel, alors qu’elle n’en exige qu’1,1 kilo par convoi poussé fluvial. Une étude faite par VNF et l’Ademe montre par ailleurs que la production de gaz à effet de serre est quatre fois moins grande par transport fluvial. En 2007, 835 000 tonnes de produits agricoles dont 450 000 tonnes de céréales ont transité par l’axe Saône-Rhône, ce qui a représenté 23 % du trafic. « C’est un fond de cale très important pour les transporteurs fluviaux », a indiqué Rachid Bioud. L’export constitue le premier débouché des céréales transportées, puisqu’en 2007, 202 000 tonnes étaient destinées à l’Italie, l’Espagne et la Grèce. Néanmoins, le transport fluvial, s’il est très prometteur, nécessitera probablement des investissements supplémentaires pour prendre véritablement son essor. Au niveau français, seuls 10 % du transport de céréales sont aujourd’hui effectués par cette voie.