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Vaccin contre l’influenza : les discussions sur le financement débutent

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En contrepartie d’un financement public de la vaccination contre l’influena aviaire, le ministère de l’Agriculture demande une contribution des filières avicoles. Celles-ci divergent sur les modalités de ce financement.

Les filières avicoles et le ministère de l’Agriculture se sont réunis le 16 mai pour « évoquer les modalités de financement de la campagne de vaccination [contre l’influenza aviaire] qui débutera à l’automne », a indiqué le cabinet de Marc Fesneau à la presse le même jour. Des discussions qui « ne sont pas simples », résume Jean-Michel Schaeffer, le président d’Anvol, dans le Bulletin de l’interprofession envoyé le 15 mai. Les quatre filières présentes (1) ont demandé « la prise en charge totale du coût du dispositif de vaccination (vaccination et surveillance) par l’État pour la première campagne », indique M. Schaeffer. Une prise en charge totale « constituerait un garant de réussite de la vaccination », sachant que « les filières ont très peu de moyens pour la financer », appuie Marie-Pierre Pé, la directrice du Cifog (foie gras) auprès d’Agra Presse. Par exemple, le Cifog dispose d’un fonds sanitaire depuis 2017, « mais la plupart des fonds ont été mobilisés pour aider les éleveurs des zones indemnes », rappelle-t-elle.

« En retour [d’un financement public], le ministre attend l’engagement des filières à contribuer aux frais de vaccination de manière mutualisée », ajoute-t-elle. Selon Jean-Michel Schaeffer, « nous n’avons pas de consensus interprofessionnel » sur le mode de financement d’une éventuelle part laissée aux filières. Anvol souhaite que ce surcoût soit « intégré au prix final du produit ». Au sein de la filière foie gras, « nous n’avons pas encore mené suffisamment d’échanges au sein de notre interprofession pour prendre position », estime Marie-Pierre Pé. La directrice du Cifog défend une « mutualisation entre toutes les filières » : « Même si on ne vaccine que les palmipèdes, on protège toutes les espèces de volailles », considère-t-elle. Une orientation qui, là encore, ne fait pas consensus. D’après une étude commandée par les filières avicoles, une campagne de vaccination pourrait coûter entre 35 et 330 millions d’euros, en fonction du niveau de protection visé (espèces, zones et périodes de vaccination).

Démarrer la vaccination au plus tôt

Au-delà des questions financières, la récente flambée d’influenza dans le Sud-Ouest soulève aussi des questions sur la stratégie vaccinale, que le ministère doit présenter avant l’été. « On parle désormais d’une vaccination annuelle par défaut », a indiqué François Landais, vétérinaire avicole chez Anibio, lors d’une visioconférence des chambres d’agriculture le 17 mai. « Un certain nombre de suspicions concerne des animaux qui ont été mis en place après le 1er avril, donc pour lesquels la vaccination n’était pas prévue » dans le plan initial.

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Du côté du Cifog, où on plaidait pour une vaccination sur six mois pour préserver l’export, on semble se résoudre à cet allongement de la campagne vaccinale. « On se pose clairement la question de vacciner toute l’année, en tout cas au moins neuf mois, au moins pour la première année », glisse Marie-Pierre Pé. Toutefois, au sein de l’interprofession, « il est trop tôt pour avoir une posture définitive ». Autre évolution : alors que la vaccination est censée débuter au 1er octobre, le Cifog demande désormais « dans la mesure du possible de démarrer au 1er septembre ». « Pourquoi attendre octobre si on peut le faire avant ?, appuie François Landais. Dans les territoires touchés plusieurs fois par l’influenza, il sera très compliqué d’envisager de remettre en place des palmipèdes s’ils ne sont pas vaccinés… »

Lire aussi Influenza : un premier appel d’offres pour la vaccination des canards

Dans le but de vacciner au moins les palmipèdes à l’automne, le ministère a lancé un appel d’offres pour 80 000 doses de vaccins. Ces doses permettraient de répondre à un « scénario théorique et minimal », qui consisterait à protéger, avec deux injections, l’ensemble des canards présents en France (21 millions de canards gras et 15,6 millions de canards à rôtir) durant la période à risque de l’hiver (1er novembre au 1er avril). Cette première commande « ne préjuge pas » de la stratégie vaccinale qui sera présentée avant l’été, prévient le ministère. « De ce qu’on comprend, le scénario et le plan de vaccination doivent être finalisés fin juin et présentés à la Commission européenne », indique Marie-Pierre Pé. Autre étape importante : la prochaine session de l’OMSA (Organisation mondiale de la santé animale, ex-OIE), du 21 au 25 mai. Les participants tenteront de « parvenir à un consensus sur la manière de s’attaquer stratégiquement à la grippe aviaire » au niveau international. Avec en ligne de mire les questions de réglementation internationale et d’échanges commerciaux, cruciales pour la vaccination.

« On parle désormais d’une vaccination annuelle par défaut »

Le Cifog espère une présentation de la stratégie vaccinale « fin juin »