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Influenza : le projet de la filière foie gras pour vacciner et exporter

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Pour préserver l’export, le Cifog (interprofession du foie gras) propose de limiter la vaccination contre l’influenza aviaire à la période hivernale à risque. La filière demande au gouvernement d’ouvrir des discussions avec le Japon, son premier client hors UE.

« Nous défendons une vaccination [contre l’influenza aviaire] limitée à une période de l’année afin de maintenir une fenêtre ouverte pour l’export », qui absorbe 15 % de la production française de foie gras, a indiqué Marie Laborde, ingénieure au Cifog (interprofession), lors d’une conférence de presse le 18 avril. Le ministère de l’Agriculture a récemment lancé la concertation autour de la stratégie vaccinale, en vue d’aboutir « d’ici l’été ». Alors que la Rue de Varenne prévoit de démarrer la vaccination au 1er octobre, le Cifog propose de protéger les animaux jusqu’au 1er avril.

Parmi les différentes espèces de volailles, « nous sommes quasiment sûrs que les palmipèdes seront prioritaires », avance l’ingénieure du Cifog. Plus sensibles à la maladie et davantage excréteurs de virus, les canards et les oies font partie des cibles prioritaires pour la vaccination identifiées par l’Anses. Par ailleurs, la filière foie gras milite pour une vaccination sur l’ensemble du territoire français. « S’il n’y a pas assez de doses de vaccins disponibles pour tout le monde, les grands bassins de production seront certainement prioritaires », avance Marie Laborde.

Demande de prise en charge totale

« On ne vaccinera que si on garde la capacité à exporter », a affirmé l’ingénieure du Cifog, devant la réticence de certains pays étrangers à accepter les animaux vaccinés ou les produits qui en sont issus. En particulier, le Cifog appelle le gouvernement à ouvrir des négociations bilatérales avec le Japon, son premier débouché parmi les pays tiers. « En l’état, le Japon n’accepte pas la vaccination », déplore Victor Guyon, ingénieur au Cifog. « Nous voulons aller vite, mais pas trop. Il faut que tous les dossiers avancent en même temps », résume le président du Cifog Éric Dumas.

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Concernant le volet économique, cet éleveur landais demande que, « en cette année charnière, l’État prenne en charge l’ensemble des coûts de la vaccination ». Le ministère a déjà promis d’en financer une partie, sans préciser combien. D’après le Cifog, la vaccination et l’ensemble des coûts associés pourraient représenter entre un et six euros par animal. Une différence qui s’explique par les mesures de surveillance. Afin de s’assurer que les animaux vaccinés ne soient pas infectés par une souche sauvage du virus, les règles européennes prévoient des analyses sur un nombre fixe d’animaux. Un choix qui fait grimper le coût unitaire pour les plus petits lots.

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« Capitaliser sur le plan Adour »

À l’image des volailles de chair, avec qui elle mène un travail commun, la filière foie gras mise sur la dédensification en parallèle de la vaccination. Que ce soit dans l’Ouest ou le Sud-Ouest, le Cifog compte « capitaliser sur le plan Adour » en réduisant les densités d’animaux en élevages l’hiver prochain. Comme le résume Éric Dumas, « nous allons rester prudents dans les remises en place ». L’une des mesures phares du plan Adour avait consisté à vider de tout palmipède les 68 communes les plus denses du Sud-Ouest entre le 15 décembre et le 15 janvier. Pour l’hiver 2023-2024, l’arrivée progressive du vaccin devrait permettre d’envisager des mesures moins radicales… et moins coûteuses pour la filière. Le Cifog a rappelé que, à la différence des éleveurs, les indemnisations pour cette réduction volontaire de production n’ont pas encore été annoncées.

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En raison de ce redémarrage partiel, le Cifog s’attend à « une production limitée » en 2023. Le manque de canetons, qui perdure, a déjà provoqué un recul de la production de 23 % en janvier et février (par rapport à la même période de 2022). Fin 2022, quelque 140 000 animaux reproducteurs avaient péri lors de la dernière vague d’influenza dans les Pays de la Loire, où est concentrée la génétique mondiale de canards. Le Cifog vise « un retour à la normale à l’automne ». « Nous allons revenir vers des disponibilités [en canetons] qui correspondent aux besoins du marché », espère son vice-président Fabien Chevalier. Mais « il y aura encore des tensions pour les fêtes 2023 », relativise-t-il, sachant que les canards vendus lors de la saison festive sont mis en place dans les élevages « au plus tard fin août, début septembre ».

La vaccination pourrait coûter entre 1 et 6 € par animal

« il y aura encore des tensions pour les fêtes 2023 »

Influenza aviaire : les États-Unis démarrent des essais de vaccination

Le ministère américain de l’Agriculture (USDA) a « démarré ce mois-ci des essais de vaccination contre l’influenza aviaire », a-t-il annoncé dans un communiqué le 14 avril (document en anglais). Les chercheurs de l’ARS (service de recherche agricole, intégré à l’USDA) « testent actuellement plusieurs candidats vaccins », sans préciser leurs fabricants ni les espèces de volailles visées. L’ARS devrait fournir de premiers résultats (avec une seule dose) en mai, avant de nouvelles données en juin (deux doses). Toutefois, il faudra au moins 18 à 24 mois « dans le meilleur des cas » pour aboutir à « un vaccin correspondant à la souche virale actuellement en circulation, disponible en quantités commerciales et pouvant être facilement administré à la volaille commerciale ». Ce sujet de la vaccination a été abordé lors d‘une table ronde, le 13 avril, entre les leaders de l’industrie avicole et les représentants des autorités fédérales. Les États-Unis sont le premier producteur et le deuxième exportateur de volailles au monde ; le secteur du poulet y est historiquement opposé à la vaccination en raison du risque de fermeture des marchés à l’export. En 2022, la filière avicole a été durement frappée par l’influenza aviaire, avec 58 millions de volailles abattues (dont 44 millions de poules pondeuses).