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Le plan de la filière volailles de chair pour un hiver sans influenza

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En parallèle de la vaccination – qui pourrait n’être que partielle cette année –, la filière des volailles de chair planche sur une dédensification dans les Pays de la Loire. Une double assurance contre l’influenza aviaire nécessaire pour passer une « année de transition ».

Ceinture et bretelles. Face au risque d’influenza aviaire, le plan de la filière volailles de chair pour l’hiver 2023-2024 tient en deux mots : vaccination et dédensification. Après plusieurs années de crise, les éleveurs misent beaucoup sur le vaccin, en test en France sur les canards. L’Anses a publié le 6 avril son avis sur les scénarios de vaccination. Sur la base de ce rapport, « il va appartenir au ministre d’arrêter la stratégie vaccinale » courant mai, a rappelé Pierre Aubert, de la DGAL (ministère) lors de l’assemblée générale d’Anvol, l’interprofession des volailles de chair, le 5 avril à Angers.

Avant même l’avis de l’Anses, une commande de vaccins était déjà « en cours », selon le chef du service des actions sanitaires, afin de « disposer de stocks et de ne pas perdre de temps ». « Le fait de commander des doses pour le canard n’exclut pas d’office à ce stade les autres espèces. » Les autres espèces de volailles devraient « sans doute » suivre, a indiqué Yves-Marie Beaudet, le président du CNPO (interprofession des œufs), lors d’une conférence de presse le 6 avril. Selon cet éleveur breton, « des choses vont être envisagées pour les gallus ». Dans un premier temps, Marc Fesneau avait laissé entendre dans un entretien à Sud-Ouest, que les gallus seraient exclus, comme recommandé par l’Anses en décembre 2022.

Vaccination en novembre « utopique »

Malgré des premiers résultats encourageants sur le plan sanitaire, « la prudence reste de mise », prévient Jean-Michel Schaeffer, éleveur dans le Bas-Rhin et président d’Anvol. Si le vaccin s’avère efficace, il restera encore à établir la stratégie de vaccination (quels animaux protéger, sur quelle période et dans quelles zones ?), ainsi que ses modalités pratiques. Sur le plan économique, « on n’a aujourd’hui aucune idée du coût du vaccin, de qui paiera et quels seront les investissements à faire », prévient Arnaud Poupart-Lafarge, le directeur de Galliance (Terrena). Sachant que, selon lui, « aucun couvoir n’est aujourd’hui équipé pour vacciner ». S’y ajoute une inconnue majeure au niveau commercial : la réaction des clients à l’export. D’après l’Avec (filière européenne), jusqu’à « une quarantaine » de pays tiers pourraient mettre en place des embargos en réponse à la vaccination (1).

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Pour revenir au sanitaire, « il ne faut surtout pas laisser penser que le vaccin est la solution miracle », martèle François Landais, vétérinaire chez Abiopôle. Et de rappeler que la biosécurité « ne doit jamais être prise pour acquis » et reste « un préliminaire indispensable » avant de vacciner. « Toutes les filières ont un travail d’amélioration de la biosécurité à faire », a lancé le praticien du Sud-Ouest. Vu les difficultés pratiques liées à la vaccination (doses disponibles, formation des opérateurs, etc.), « il est totalement utopique d’espérer que tous les canards soient immunisés en novembre, ce qui impliquerait de vacciner les canetons au 15 août », tranche Arnaud Poupart-Lafarge. Bref, 2023 sera une « année de transition », ont repris en chœur professionnels et pouvoirs publics à la tribune d’Anvol.

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Mises en place réservées aux canards vaccinés

En parallèle de la vaccination, qui pourrait n’être que partielle, la filière travaille donc sur une dédensification dans les Pays de la Loire, sur le modèle du plan Adour. « Plusieurs propositions sont sur la table », selon le patron de Galliance, qui pourraient aller jusqu’à une interdiction temporaire de mettre en place des canards, plus sensibles et plus excréteurs de virus. Le périmètre géographique, lui, serait fixé aux 45 communes les plus denses des Pays de la Loire et des Deux-Sèvres. Pour M. Poupart-Lafarge, ces restrictions pourraient s’appliquer « du 15 novembre au 15 février, ce qui signifie de restreindre les mises en place dès le 15 août ». Cette période de restriction serait donc deux fois plus longue que celle expérimentée via le plan Adour cet hiver (du 15 décembre au 15 janvier).

Dans le Sud-Ouest aussi, les discussions vont bon train. Acteur majeur du canard gras, Maïsadour a appelé à « anticiper dès à présent » la réflexion sur la suite du plan Adour (lire l’encadré). Pour l’hiver 2023-2024, la filière du Sud-Ouest pourrait s’orienter vers des mises en place réservées aux seuls canards vaccinés, indique François Landais à Agra Presse. Quel que soit le bassin de production, la dédensification et la vaccination seront « tous deux nécessaires », résume Jean-Michel Schaeffer. « Mais nous ne pourrons les mettre en place qu’à condition que l’État soit au rendez-vous de la compensation [économique] ». Son autre demande à la puissance publique : « Pas question de passer par un accord interprofessionnel. Un arrêté ministériel aura le mérite d’être clair et d’application plus facile. »

Une vaccination totale en novembre est « utopique », pour Galliance

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Maïsadour suggère de s’inspirer du plan Adour ailleurs en France

Alors que l’épizootie d’influenza aviaire se stabilise en France, la coopérative Maïsadour appelle, dans un communiqué du 30 mars, à « anticiper dès à présent les mesures de biosécurité nécessaires à reconduire pour l’hiver prochain ». Le groupe du Sud-Ouest suggère de s’inspirer de « l’expérience réussie » des mesures du plan Adour – qu’il a initié – et d'« étudier la possibilité de leur extension à d’autres régions du pays ». Une allusion aux Pays de la Loire, qui envisagent de s’en inspirer après deux épisodes dévastateurs en 2022. Principale mesure de ce plan appliqué dans les quatre départements du Sud-Ouest : un vide sanitaire synchronisé (aucun palmipède présent) dans les 68 communes les plus denses entre le 15 décembre 2022 et le 15 janvier 2023. Avec 20 foyers d’influenza en février 2023, contre 331 un an plus tôt (-95 %), cette stratégie d’initiative professionnelle a été « une réussite incontestable », estime Maïsadour. Et de rappeler que la filière avicole attend toujours le soutien financier promis par l’État. « Chaque crise aviaire coûte en moyenne 300 millions d’euros à l’État, or l’application du plan Adour coûte 10,7 millions d’euros » (contre 12 M€ initialement prévus), fait valoir la coopérative.