La Rue de Varenne prendra en charge une partie de la vaccination des volailles contre l’influenza aviaire, et serait en passe de commander une première salve de doses. Marc Fesneau tient pour l’instant le calendrier annoncé, qui doit permettre de vacciner à l’automne.
Alors que la vaccination contre l’influenza aviaire est prévue pour l’automne, le ministère de l’Agriculture a évoqué, dans un communiqué du 28 février, le « financement d’une part du coût de la campagne vaccinale à venir ». Selon une étude commandée par les filières avicoles fin 2022, ce coût pourrait osciller entre 35 millions d’euros (M€) et 330 M€ selon les scénarios retenus (espèces protégées, zones et durées). Une enveloppe qui cumule le prix des produits, de la main-d’œuvre (application et visites vétérinaires) et du suivi (analyses).
Demandée par les professionnels, la prise en charge de la vaccination est citée parmi d’autres mesures nécessaires pour « franchir avec succès les prochaines étapes importantes d’ici l’été » : résultats de l’expérimentation sur les canards (mars), élaboration de la stratégie vaccinale (mai), ou encore « échanges avec les partenaires commerciaux au niveau international » afin de sécuriser l’export. Lors d’une réunion avec les filières avicoles le 24 février, Marc Fesneau a confirmé ce calendrier. Présent à la réunion, Joël Limouzin, membre du bureau de la FNSEA, a senti « une vraie volonté du ministre d’avancer ». Selon lui, les discussions démarrent entre filières et pouvoirs publics sur la stratégie vaccinale à adopter. M. Limouzin milite pour une vaccination obligatoire au moins pour les palmipèdes, réputés plus à risque face au virus.
Commande de vaccins imminente
Cette réflexion sera basée sur l’avis de l’Anses, attendu dans les prochaines semaines. « L’expérimentation sur les canards est en cours de finalisation, nous aurons les résultats fin mars », indique Gilles Salvat, directeur général délégué au Pôle Recherche et références de l’Anses. Sur cette base, « nous allons proposer des scénarios », précise-t-il à Agra Presse.
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Lors de la réunion du 24 février, « le ministre nous a annoncé qu’il va passer une commande de vaccins », a déclaré Jean-Michel Schaeffer, le président de la CFA (aviculteurs, FNSEA) à Agra Presse le 27 février. Également à la tête d’Anvol (interprofession des volailles de chair), cet éleveur alsacien se félicite de ce « premier signal envoyé » par Marc Fesneau. Comme annoncé en décembre, le locataire de la Rue de Varenne enclencherait donc les commandes avant que la stratégie vaccinale ne soit finalisée. Vu les délais de production, « quel que soit le scénario retenu, il faut commander les doses maintenant », note Jean-Michel Schaeffer, faisant écho à la demande des fabricants de vaccins.
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Inquiétude sur la diplomatie sanitaire
Contacté par Agra Presse, le ministère de l’Agriculture n’a pas encore confirmé cette prise de commande. « Dans un premier temps, il y aura probablement une commande a minima, quitte à en recommander par la suite », prévoit Gilles Salvat. D’après l’étude des filières avicoles sur la vaccination, le nombre de doses nécessaires pourrait aller, selon les scénarios, de 50 millions (protection des palmipèdes dans les zones denses) à… 1,3 milliard (protection de toutes les volailles dans toute la France).
« Disposer des vaccins est une chose, organiser une campagne de vaccination en est une autre », rappelle Gilles Salvat, de l’Anses. Il faudra ainsi « former des équipes de vaccinateurs, y compris à la biosécurité pour s’assurer qu’on ne prend pas de risque sanitaire [d’introduction du virus] en vaccinant ». Autre chantier d’envergure : « organiser la surveillance » afin de vérifier que les animaux vaccinés ne sont pas infectés par le virus. Ce qui suppose de « récolter des échantillons » et « organiser le réseau de laboratoires départementaux et agréés ». Comme l’indique l’expert de l’Anses, « tout le monde s’accorde pour dire que la surveillance coûtera aussi cher que le vaccin et la main-d’œuvre ».
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Dernier dossier en cours – et non des moindres : celui de la « diplomatie sanitaire » à l’export, chère aux filières avicoles. Il ne reste que six mois pour mener les négociations avec les pays acheteurs de volailles et de génétique française pour qu’ils acceptent le principe et les modalités de la vaccination. Faute de quoi des marchés pourraient se fermer brusquement. Dans les discours, le ministre de l’Agriculture insiste lui aussi sur cet enjeu crucial. Mais, comme l’indique une source professionnelle, « à la DGAL (ministère, NDLR), il y a des postes vacants depuis des semaines, voire des mois, sur ce sujet-là. On ne peut pas se le permettre ».