Dans une étude (dont Agra Presse s’est procuré une synthèse), les filières volailles étudient quatre hypothèses de vaccination contre l’influenza aviaire. Des pistes qui vont d’une protection limitée aux espèces à risque jusqu’à une « immunité collective maximale ».
Vacciner seulement les canards et les dindes en zones denses ? Y ajouter les espèces à cycle long ? Ou protéger l’ensemble des volailles françaises toute l’année ? Alors que le gouvernement est pressé de préciser sa stratégie vaccinale contre l’influenza aviaire, une étude commandée par les filières volailles ébauche des pistes de réflexion. Quatre scénarios sont explorés dans ce rapport, dont Agra Presse s’est procuré une synthèse. Autant de pistes qui « mobilisent les filières les unes après les autres », résume François Landais, vétérinaire à Abiopôle Arzacq (groupe Anibio), qui a participé aux travaux (voir tableau 1). À chaque fois, l’étude précise les impacts attendus en termes de coût (vaccin et monitoring) et de modalités pratiques (nombre de doses, main-d’œuvre nécessaire, etc.). En cours d’expérimentation en France sur les canards, la vaccination n’offrira pas une immunité totale aux volailles, mais vise à réduire la mortalité et surtout l’excrétion du virus par les animaux infectés.
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La première hypothèse étudiée correspond à une vaccination limitée aux espèces les plus sensibles (palmipèdes et dindes) dans les « zones à risque de diffusion » (ZRD, zones denses du Sud-Ouest et des Pays de la Loire), et uniquement durant la période la plus risquée (novembre-avril). Une « approche minimaliste », indique l’étude, mais qui nécessiterait tout de même 50 millions de doses de vaccins, pour un coût global d’environ 35 millions d’euros (M€), surveillance comprise. Malgré son coût réduit, cette stratégie pécherait toutefois par son « manque de couverture vaccinale ». Par ailleurs, elle ferait peser la charge de la prévention sur seulement deux espèces.
« Maintenir une capacité d’équarrissage »
Les trois scénarios suivants envisagent une vaccination toute l’année, faisant monter en puissance les espèces et les zones géographiques couvertes. Aux dindes et canards, le scénario 2 ajoute les espèces à cycle long : il s’agit des poules pondeuses (qui seraient vaccinées dans « toutes les zones ») et des volailles festives (concernées dans des « ZRD élargies »). Ce choix permettrait de « maintenir une capacité d’équarrissage » qui a fait défaut lors de la crise épizootique du printemps 2022 dans les Pays de la Loire. Autre avantage : une meilleure protection sur le plan économique pour les élevages de poules pondeuses. Ceux-ci subissent des « vides sanitaires longs et coûteux », en raison notamment de la durée nécessaire pour élever une poulette avant qu’elle devienne pondeuse. Ce scénario pourrait coûter jusqu’à 160 M€ (dont près de 88 M€ pour les seuls contrôles).
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Les deux scénarios suivants, les plus protecteurs, sont aussi ceux qui sont pénalisés par leur « faisabilité technique et économique ». Le n°3 vise à « atteindre un seuil de 60 % d’animaux protégés dans le grand Ouest », en vaccinant aussi les gallus destinés à être abattus à plus de 42 jours. Soit tous les poulets autres que standards (Label rouge et bio, CCP, ECC et « sortant à l’extérieur »). Il est adapté à un contexte de risque de diffusion « très élevé » et de « zones d’élevage multi-espèces ». Il pourrait coûter jusqu’à 254 M€ et nécessiter plus de 700 millions de doses de vaccins.
Enfin, la dernière hypothèse est celle d’une « immunité collective maximale en vaccinant l’ensemble des troupeaux ». Les seuls animaux dispensés de vaccination seraient ceux présents chez les sélectionneurs, les reproducteurs et « certains gibiers ». Un scénario à envisager si le virus influenza – aujourd’hui surtout adapté aux palmipèdes et dindes – « acquiert un tropisme Gallus ». Dans ce cas extrême, les moyens à mobiliser donnent le tournis : jusqu’à 1,3 milliard de doses, entre 100 et 800 vaccinateurs, quelque 160 000 visites vétérinaires de contrôle, pour un budget pouvant atteindre 327 M€.
Coût croissant avec la durée de vie
Selon les curseurs, la vaccination contre l’influenza aviaire pourrait donc coûter entre 35 et 327 M€ aux filières avicoles. L’étude a aussi simulé les coûts potentiels au niveau des élevages (voir tableau 2). Par exemple, en canards mulards (élevés pour le foie gras), la vaccination seule – produit et main-d’œuvre – coûterait entre 56 et 86 centimes d’euros (ct€) par animal. Mais le total grimperait à plus de 2 euros par canard en ajoutant le coût de la surveillance. À l’autre bout de l’échelle, la palme de la vaccination la moins onéreuse reviendrait au poulet standard, avec un coût global maximum de 32 ct€ par tête (dont 28 ct€ de vaccin). Des écarts entre espèces qui s’expliquent par les produits utilisés et le nombre d’injections nécessaire : une en poulets standards ; deux en poulets label, canards et dindes ; trois en poules pondeuses. Dernier facteur : le coût de la surveillance (analyses sur les lots vaccinés), qui va croissant avec la durée de vie de l’animal, et peut dépasser la moitié du coût total. Ce monitoring est « requis par les autorités », rappelle l’étude, car il « garantira la crédibilité et l’efficacité de la stratégie vaccinale ». Il s’agira notamment d’assurer aux pays tiers que les exportations françaises ne présentent pas de risque d’influenza. Présente dans toutes les têtes, mais encore jamais dans la bouche d’un responsable politique, la question d’une éventuelle prise en charge de la vaccination par l’État est désormais posée.