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Vaccin influenza : le gouvernement promet « une implication politique »

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Comme réclamé par les professionnels et les laboratoires, le ministère de l’Agriculture a assuré qu’il passera commande de vaccins contre l’influenza aviaire avant de présenter sa stratégie vaccinale, en mai. La Rue de Varenne promet une « implication politique » pour accélérer le calendrier.

Une stratégie vaccinale contre l’influenza aviaire en mai, précédée d’une commande publique. Les aviculteurs attendaient avec impatience cette annonce du ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, faite le 23 décembre lors d’un déplacement en Vendée, département particulièrement touché par la maladie. La veille, son cabinet en précisait le calendrier à la presse. Les résultats définitifs de la plupart des expérimentations conduites en Europe seront connus en mars. D’ici là, à Bruxelles, un acte délégué autorisant le principe de la vaccination contre l’influenza aviaire « devrait entrer en vigueur fin février ». Charge ensuite aux fabricants de vaccins (Ceva et Boehringer Ingelheim pour les palmipèdes) de déposer des dossiers d’autorisation de mise sur le marché (AMM), que le gouvernement promet d’accélérer.

En mars, l’Anses devrait rendre ses recommandations sur la stratégie vaccinale. Celle du ministère de l’Agriculture devrait être prête pour le mois de mai. Si les commandes de vaccins étaient prises à ce moment, le calendrier ne permettrait pas de vacciner « avant l’automne », explique le cabinet. Pour accélérer, le ministère promet donc une « implication politique » pour que les commandes aient lieu avant le mois de mai. Comme le précise un communiqué de la Rue de Varenne, les réunions commenceront « dès le début janvier ». Présidé par la DGAL (ministère), le comité de pilotage de la stratégie vaccinale associera « les administrations » et « les établissements publics impliqués (Anses, ANMV, ENVT) », ainsi que les « interprofessions du secteur avicole ».

Vaccin « prêt en juin » selon Christiane Lambert

Ces dernières semaines, la pression sur le gouvernement est montée au rythme des nouveaux cas dans l’Ouest. « Je souhaite vraiment qu’il y ait une accélération » sur le dossier de la vaccination, a ainsi lancé la présidente de la FNSEA Christiane Lambert le 20 décembre sur France info. « Parce que pour les producteurs qui ont investi dans des bâtiments, qui ont repeuplé, et qui doivent tuer leur élevage après quinze jours, psychologiquement, c’est épouvantable », appuyait l’éleveuse du Maine-et-Loire. Les aviculteurs – en particulier dans l’Ouest – subissent une nouvelle épizootie cet hiver, avec 234 foyers en élevage au 23 décembre selon le ministère de l’Agriculture. L’influenza aviaire « s’installe de façon endémique aujourd’hui » en France, a estimé Mme Lambert. « Puisque la maladie s’installe, il faut trouver une solution pérenne. Le vaccin est la solution. »

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Alors que deux vaccins pour les palmipèdes sont encore en cours d’expérimentation en France, le vaccin sera « prêt au mois de juin de l’année prochaine », a annoncé la présidente de la FNSEA à cette occasion. Au-delà de la disponibilité d’un produit efficace, « il y a des questions techniques, scientifiques, mais il y a aussi des questions commerciales », a rappelé Christiane Lambert. Les pouvoirs publics devront établir les modalités de la vaccination (quels animaux, dans quelles zones, sur quelles périodes ?), organiser la campagne de vaccination et de surveillance, arbitrer sur un éventuel accompagnement financier, etc.

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Anvol demande une « prise en charge »

« Une prise en charge par l’État du coût de la vaccination sera essentielle », réclame de son côté Anvol (interprofession des volailles de chair) dans un communiqué le 21 décembre. Évalué entre 35 et 330 M€ selon une étude commandée par les filières avicoles, le coût de la vaccination « sera conséquent », estime Anvol, souhaitant un dispositif qui « devra être obligatoire dans le cadre défini ». « La stratégie vaccinale doit cibler les palmipèdes », qui sont les espèces les plus sensibles au virus, précise l’interprofession.

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Des discussions devront aussi être menées au niveau européen, ainsi qu’avec les pays tiers où sont exportées les volailles et la génétique avicole françaises. Comme le rappelle Christiane Lambert, « certains pays refusent d’importer des animaux venant de pays où il y a la vaccination ». Ce sujet sera « à l’agenda » de la réunion annuelle de l’OMSA (Organisation internationale de la santé animale, ex-OIE), a promis le cabinet du ministre le 22 décembre. « Il faudra ensuite convaincre chaque pays tiers », indique le ministère, qui promet des « moyens renforcés » et une collaboration avec les filières.

L’export, sensible pour la filière volailles

À ce titre, Anvol demande des garanties : pour l’interprofession, l’État devra « obtenir, en amont de l’élaboration d’une stratégie vaccinale […] l’ensemble des certificats d’exportations, par espèces, pour le commerce intra et extra-européen ». Une remise en cause de l’export serait préjudiciable à la filière volailles, déjà secouée par plusieurs épisodes d’influenza aviaire. Des exportations qui représentent « en tout plus de 1 milliard d’euros par an » (sur 6 à 7 milliards de ventes), rappelle Anvol. Le maillon génétique, en particulier, joue sa survie, car « les exportations représentent plus de 60 % [de son] chiffre d’affaires ».

Deuxième garantie demandée par Anvol : que la vaccination « soit adoptée dans toute l’Union européenne, sans différenciation entre États membres », afin « d’éviter des distorsions de concurrence ». L’interprofession redoute que « certains États membres de l’Union européenne, importants producteurs de volaille, refusent le cadre européen pour la vaccination et utilisent cet argument comme un avantage commercial ».

Réunions du comité de pilotage « dès début janvier »

Craintes de « distorsions de concurrence » au sein de l’UE