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INDUSTRIE/STRATÉGIE Valorex veut renforcer ses positions en alimentation humaine

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Depuis vingt ans fabricant d'aliments extrudés à base de graines de lin riches en oméga 3 pour la nutrition animale, le breton Valorex propose désormais ses produits à l'alimentation humaine.

A sa création en 1993 (en lieu et place d'une société en difficultés), Valorex ne fabrique que de l'aliment du bétail. Mais pas n'importe lequel. Un aliment composé avec des céréales et du lin, une graine oléagineuse aux vertus insoupçonnées et oubliées. C'est au gré de ses différentes rencontres que l'ingénieur agronome à l'origine de Valorex, Pierre Weill s'intéresse au lin. Des éleveurs lui rapportent que le lait d'une vache ayant consommé de la graine de lin est de qualité similaire au lait de printemps, quand les prairies se couvrent des premières pousses d'herbe de l'année riches en oméga 3. Ces mêmes éleveurs lui précisent qu'autrefois, le lin était régulièrement donné aux animaux avant d'être supplanté par le maïs puis le tourteau de soja. Ils pratiquaient une opération de détoxification (broyage, lavage, cuisson) de l'enveloppe de la graine qui contient des composés cyanogènes, avant de la donner aux bêtes. Mais l'usage de la graine de lin est tombé dans l'oubli. Pierre Weill va se plonger dans cette histoire avec une idée : mettre au point un process industriel permettant de détoxifier en usine la graine de lin, pour l'introduire dans l'aliment du bétail.

Le procédé baptisé Tradilin a fait l'objet du dépôt de douze brevets au tout début des années 2000. Pierre Weill s'est rapproché d'un médecin nutritionniste qui l'a convaincu de mettre sur pied des tests cliniques. Parallèlement, Valorex a été à l'origine de la création de l'association Bleu Blanc Cœur qui rassemble producteurs et consommateurs autour de l'idée d'une alimentation santé source d'oméga 3. Les ventes d'aliments thermo-extrudés de Valorex explosent. L'entreprise bretonne devient le spécialiste des aliments à base de graines de lin en France et même en Europe. Son chiffre d'affaires reste celui d'une PME (80 M€ avec 115 salariés), avec deux usines en propre et sept usines en partenariat (125 000 t d'aliments extrudés, 60 000 t d'aliment bovin). Il y a quatre ans, Valorex investit un peu plus de 2 M€ dans une petite usine de production de farines de lin à destination humaine, sur son site principal de Combourtillé (Ille-et-Vilaine). « En fait, ce site nous a servi de ligne pilote pour l'ensemble de nos process », explique Pierre Weill, avant de devenir une usine à part entière. À leur entrée sur le site totalement automatisé, les lots – des variétés françaises certifiées sans OGM – sont contrôlés par infrarouge pour vérifier le taux d'oméga 3 contenu dans la matière grasse de la graine de lin. Le lin fait ensuite l'objet d'opérations de tamisage, d'épierrage et d'aimantage des parties métalliques, avant d'être assemblé aux différentes céréales (blé jaune, blé noir, riz soufflé…), 50-50. Une farine de lin pure ne pourrait pas être utilisée en boulangerie-pâtisserie. Le procédé Tradilin de Valorex prévoit le broyage du mélange sous jet de vapeur à une certaine température et pendant une durée précise. « Nous libérons ainsi une enzyme contenue dans l'écorce de la graine qui dégrade naturellement les composés cyanogènes du lin », précise François Millet, directeur de production. Le mélange est ensuite thermo-extrudé à une pression et une température précise.

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« Le procédé permet une biodisponibilité de 85 % de l'oméga 3, contre 10 % pour la graine crue, sans traitement », précise Pierre Weill. En communiquant aujourd'hui, Valorex compte bien faire décoller les ventes de ses farines de lin, dont les 1 000 t, écoulée principalement auprès des industriels de la boulangerie-pâtisserie, ne pèsent encore que pour 1 M€ de chiffre d'affaires. D'ici à cinq ans, l'entreprise vise les 3 000 t de farine à destination humaine, pour un CA d'environ 3 M€.