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Production bovine Veau de boucherie, blocage à l'interprofession

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Le renouveau du contrat type entre éleveurs de veau de boucherie et intégrateurs, défini en 1988 dans le code rural, est à la source de tensions fortes au sein de l'interprofession. Pourtant, les membres de la filière sont d'accord sur un même point : toiletter ce contrat qui ne répond plus au contexte et aux exigences actuelles de la filière.

Les contrats entre éleveurs et intégrateurs sont à l'origine du point de blocage dans l'interprofession du veau de boucherie. Un communiqué de la Fédération nationale bovine (FNB) du 8 avril a mis le feu aux poudres. Marc Butruille, président du syndicat de la vitellerie française (SDVF) le qualifie d'« un coup de gueule que l'on ne comprend pas ». Le communiqué dénonce le maintien des « prix bas à l'aval engendrant ainsi une totale déconnection entre l'offre et la demande », de la part des intégrateurs. « Les règles élémentaires de marchés ne sont plus respectées. Il s'agit véritablement de plomber les cours de la filière et de justifier ainsi le maintien d'une faible rémunération pour les éleveurs ! », relève le communiqué. Une phrase « choc » que n'accepte pas Marc Butruille. « C'est complètement anti-économique ! », affirme-t-il. Sans la production, les intégrateurs ne sont rien, résume-t-il. Pour autant, le point d'achoppement porte principalement sur les contrats et la définition du prix dans ces contrats, donc le revenu des éleveurs. Datant de 1988, ce contrat n'est plus adapté au contexte actuel, ce que reconnaissent tous les membres de la filière. « Tous les moyens sont bons pour “voler” les éleveurs de son voisin avec des contrats opaques sans aucune visibilité ni garantie pour les éleveurs », affiche le communiqué.

Un contrat obsolète

« Personne ne respecte plus ce contrat type. Les exploitations ont évolué (bâtiment, références techniques par les réseaux d'élevage…). Les éleveurs demandent des contrats sur trois ou cinq ans au lieu de un an et demi par exemple », estime la FNB. Si certains contrats purement oraux existent encore, les autres types de contrats fixent un prix basé sur une part fixe et une part variable, calculée selon les résultats techniques de l'éleveur. Or, comme le précise une étude de l'Institut de l'élevage de 2012 (1), « grosso modo, selon les entreprises, la part variable peut faire fluctuer la rémunération de 15% jusqu'à 25% autour de la moyenne qui se situe à 75€ par veau, hors prime à l'abattage. Les entreprises considèrent qu'avec un bon niveau de technicité l'éleveur peut avoir une rémunération intéressante. Mais le barème de la part variable doit nécessairement être adapté aux conditions techniques de production. L'éleveur n'a en général pas prise sur beaucoup d'entre elles […]. Certaines entreprises, font à l'inverse, le choix d'une part variable délibérément faible (10%) ». Bien qu'ancienne, cette étude semble toujours d'actualité, selon la FNB. Pour relancer l'intérêt de la production, dans une filière en perte de vitesse, la rémunération reste un « facteur essentiel », selon l'Institut de l'élevage. Au vu des modes de fixation du prix et du petit nombre d'intégrateurs, la FNB souhaiterait plus de transparence.

Unanimité pour toiletter le contrat type

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Par ailleurs, dans un tel contexte, les références technico-économiques deviennent une information stratégique pour les éleveurs. Dans ce sens, l'Observatoire technico-économique veau de boucherie a rendu en 2014 une étude comparative et surtout chiffrée sur les pratiques d'élevage, les prestations, les aides Pac, les charges, les investissements et les résultats économiques (2). Pour Marc Butruille, la filière veau est « une filière qui va bien dans le sens où elle est bien maîtrisée. […] Ce n'est pas parce que des problèmes marginaux existent sur le terrain qu'il faut généraliser à tous les intégrateurs […] Que la FNB commence par exiger un contrat » partout, « ce serait déjà pas mal ! » Il reconnaît cependant que, côté contrat, il faut « retrouver un tronc commun » car « chacun y va de son inventivité et de sa création ». A la fin de son communiqué, « la FNB exige plus de collectif au niveau interprofessionnel et demande » aux intégrateurs « de coopérer et de se remettre rapidement au travail sur le contrat type ». Visiblement, Marc Butruille partage le même avis, comme la Fédération des commerçant en bestiaux (FFCB). Cette dernière regrette juste un dysfonctionnement de l'interprofession. « Il existe des instances » pour résoudre les conflits, estime Hugues Beyler, directeur de la FFCB. Le 20 mai prochain, les membres de la filière doivent tous se remettre autour de la table.

(1) La filière veau de Boucherie – un potentiel à maintenir – Dossier Economie de l'élevage de novembre 2012, n° : 429 – Institut de l'élevage

(2) L'observatoire technico-économique Veaux de boucherie – Chambres d'agriculture de Bretagne et des Pays de la Loire 2014