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Négociations agricoles de l’OMC Veillée d’armes

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En marge de la XIe Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), les principaux négociateurs à l’OMC se sont retrouvés à Sao Paulo au Brésil pour clarifier leurs positions sur les principaux chapitres du volet agricole du cycle de Doha – accès au marché, subventions à l’exportation et aides internes – dans le but de parvenir à un accord cadre avant fin juillet. Bruxelles relève toutefois « peu d’avancées sur le plan technique » dans les pourparlers et désigne le G20 comme un interlocuteur redoutable dans les semaines à venir. L’ensemble des partenaires de l’OMC doivent reprendre leurs discussions du 23 au 25 juin à Genève.

À la veille de la XIe Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) à Sao Paulo, les représentants de l’UE, des Etats-Unis, de l’Inde et du Brésil pour les pays émergents du G20, et de l’Australie pour les pays exportateurs agricoles du groupe de Cairns, se sont réunis le 13 juin afin de poursuivre les négociations de l’OMC sur l’agriculture et de clarifier leurs positions pour l’obtention d’un accord cadre intermédiaire avant fin juillet. Supachai Panitchpakdi, le directeur général de l’OMC, a appelé les négociateurs à « donner des engagements plus concrets et plus équilibrés sur chacun des trois piliers des pourparlers, à savoir un accès aux marchés amélioré exigé par les pays riches et la suppression des subventions à l’exportation et des aides internes génératrices de distorsions des échanges réclamée par les pays en développement (PED) ».

« Peu d’avancées sur le plan technique »

Lors de cette réunion, Pascal Lamy, le commissaire européen au commerce, a perçu des avancées sur le plan politique mais peu sur le plan technique pour débloquer les pourparlers d’ici fin juillet. « Le temps des jeux tactiques pour voir ce que le voisin met sur la table s’efface maintenant derrière un compromis équilibré », a indiqué M. Lamy, qui estime que, « sur les trois piliers, les groupes de négociations vont vers le même degré d’engagement ». « L’ensemble des partenaires de l’OMC ont, du point de vue politique, accepté le parallélisme et l’équivalence sous conditionnalité. En revanche, les avancées sur le plan technique sont lentes, et les chiffres ne viendront que fin juillet », a-t-il ajouté. M. Lamy a reconnu que, malgré l’hétérogénéité des membres qui le composent, « le G20 est un club très agressif » qui, sous la houlette du Brésil et de l’Inde, « s’organise comme un syndicat ».

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L’agriculture, sujet « ultra-sensible » pour l’Inde

Par la voix de son ministre du commerce, Kamal Nath, le nouveau gouvernement indien a d’ailleurs averti ses partenaires à l’OMC que, pour son pays,  « l’agriculture est un sujet ultra-sensible et n’est ni une matière première, ni du commerce, mais un mode de  vie ». Plus de 60 % de la population indienne – qui dépasse le milliard d’habitants – dépend en effet de l’agriculture pour sa survie. L’Inde souhaite donc que les négociateurs à Genève prennent en considération dans tout accord ses complexités et ses caractéristiques multiples économiques et sociales, et se dit disposée à ouvrir ses marchés en contrepartie des efforts des Européens et des Américains sur les subventions agricoles et les aides internes, et de la prise en compte des questions de subsistance et de pauvreté qui la concernent.

Le Canada opposé au démantèlement de ses entreprises d’État

En visite au Canada le 14 juin, Franz Fischler, le commissaire européen à l’agriculture, a pour sa part tenté de donner une note optimiste aux discussions sur la libéralisation du commerce agricole. « Une percée est possible au mois de juillet, et l’UE est prête à tout faire pour parvenir à un accord intermédiaire à cette date », a-t-il indiqué. « Bruxelles a mis ses subventions à l’exportation sur la table des négociations et attend désormais que Washington fasse de même avec ses crédits à l’exportation et Ottawa avec ses entreprises d’État, monopoles d’exportation, notamment la Commission canadienne du blé (CCB) », a souligné M. Fischler. Le commissaire à l’agriculture déplore cependant que « l e Canada se dise prêt à ouvrir les discussions sur le fonctionnement de la CCB mais pas sur son démantèlement » Voir n° 2962 du 14.06.04 et que de la même manière, « les Etats-Unis refusent de négocier sur les crédits à l’exportation ». « En 2003, Bruxelles a décidé d’une réforme en profondeur de la Pac qui a permis une réduction de près de 70 % du soutien agricole générant des distorsions des échanges », a indiqué M. Fischler, ajoutant: « Bruxelles souhaite maintenant que les Américains, les Canadiens et les Australiens suivent l’UE sur la voie des réformes dans laquelle elle s’est engagée afin de réorienter leurs politiques agricoles vers le marché ».