Le ministre de l’Agriculture a proposé le 12 avril au Comité national d’orientation et de suivi du projet agro-écologique une simplification des normes environnementales. Chantier qui vise leur adaptation aux modes de production agro-écologiques.
« On va simplifier les normes sur la base de modèles de production compatibles avec les enjeux environnementaux », a-t-il rendu compte à la presse. Le ministre a exprimé le souhait que les pratiques agro-écologiques soient prises en compte dans l’application de la directive nitrates et des normes qui en découlent.
Deux groupes de travail sont lancés dans le cadre du projet agro-écologique pour la France. L’un devra établir des critères permettant d’aller négocier à Bruxelles une levée des normes instaurées notamment via les programmes d’actions nitrates. Des critères sur la teneur en matière organique et/ou le bilan humique des sols, la diversité des couverts végétaux, le pourcentage de couverture toute l’année et l’activité biologique des sols, qui devront être mis en œuvre « avant l’été ». Stéphane Le Foll a souligné l’intérêt des couverts continus : ils peuvent se substituer aux Cipan (Cultures intermédiaires pièges à nitrates), qui, vu leur période d’implantation, ont une efficacité réduite, ou encore aux bandes enherbées.
Valoriser le travail des agriculteurs
L’autre groupe de travail vise à définir « comment on fait pour que l’agro-écologie soit d’abord une valorisation du travail des agriculteurs », a expliqué Stéphane Le Foll, soulignant le besoin de « mettre en cohérence les certifications ». Et de mettre en garde contre le fait que des « distributeurs et industriels se mettent à choisir les critères valorisés à la vente ». Le ministère de l’Agriculture va en parallèle conduire une harmonisation des programmes régionaux.
Une MAE (Mesure agro-environnementale) spécifique dédiée à l’agriculture de conservation des sols sera mise en place, a-t-il aussi annoncé. Mais alors que les enveloppes régionales pour le financement des MAE actuelles sont déjà bien souvent à sec, « ce seront des négociations à mener avec les régions », a éludé le ministre.
Une Nuit de l’agro-écologie
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Par ailleurs le 23 juin, debout éventuellement, mais surtout de nuit « parce qu’elle est favorable à la discussion » : le ministre a annoncé, non sans malice, une " Nuit de l’agro-écologie » pour en débattre et la faire connaître. Cette soirée qui doit se tenir dans toutes les régions de France doit permettre aux citoyens de venir « à la rencontre des agriculteurs dans les cafés, les maisons des associations ou les lycées agricoles » pour leur faire découvrir les pratiques agro-écologiques et en expliquer les avantages pour l’environnement. Il s’agit, explique le ministère dans un communiqué, de « dépasser les oppositions entre l’agriculture et l’environnement » et déjà, affirme-t-il, plusieurs réseaux de producteurs engagés dans cette démarche se sont portés volontaires pour animer ces rencontres. Stéphane Le Foll, qui est également porte-parole du gouvernement, a annoncé la Nuit de l’agro-écologie alors que les Nuits debout, mouvement citoyen inédit agrégeant les contestations, se succèdent depuis une douzaine de jours à Paris et commencent d’essaimer en province.
Prise en compte des pratiques agro-écologiques dans l’application de la directive nitrates
L’agro-écologie gagne en notoriété chez les agriculteurs
79 % des agriculteurs disent avoir entendu parler d’agro-écologie, contre 50 % un an auparavant, selon un sondage BVA. « En plus de la notoriété, la communication sur les mesures mises en place a permis d’améliorer la connaissance des agriculteurs sur ce qu’est concrètement une démarche agro-écologique, indique le ministère dans un communiqué. L’intérêt des exploitants pour l’agro-écologie a fortement progressé. Ils sont désormais 47 % à être intéressés, soit +25 points par rapport à l’année dernière. »
92 % des agriculteurs déclarent mettre en place au moins une démarche en lien avec l’agro-écologie et 73 % sont déjà engagés dans au moins trois. Les principales démarches engagées consistent à limiter les intrants (76 %), améliorer la qualité des sols et limiter l’érosion (72 %). Pour mettre en place ces actions, 62 % des agriculteurs continuent de privilégier les échanges d’expériences et/ou la participation à des démarches collectives. Un tiers des personnes interrogées souhaitent s’engager encore davantage, en particulier sur la limitation des intrants, l’amélioration de la qualité des sols et la recherche d’autonomie. Les agriculteurs qui connaissent et sont intéressés par l’agro-écologie sont plus nombreux à vouloir s’impliquer davantage.