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Lait Vers un an de baisse sur les marchés laitiers, selon Rabobank

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L'institution financière néerlandaise Rabobank confirme le scénario baissier amorcé sur les marchés laitiers mondiaux, n'anticipant pas de retour à la hausse avant un an.

« Une débâcle », voilà ce que s'apprête à vivre le marché international du lait, selon la Rabobank. L'institution financière néerlandaise prévoit un an de prix bas sur les marchés laitiers, dans son rapport sur le marché laitier du troisième trimestre 2014 publié le 1er octobre. Selon elle, un rééquilibrage du marché et un retour à la hausse ne devraient pas intervenir avant le troisième trimestre 2015.

Collecte en hausse, demande en baisse

Une collecte importante dans les régions exportatrices en même temps que la « fin de la frénésie d'achat chinois » et qu'un embargo russe sur les produits agroalimentaires occidentaux tirent les cours à la baisse depuis mi-août. En Océanie, les prix ont diminué de 30 à 45% par rapport aux sommets atteints durant l'année.

Et si un prix plancher semble avoir été atteint, estime la banque, les cours ne devraient pas remonter tout de suite. « Si le prix du lait à la sortie de la ferme a commencé à diminuer, notamment en Nouvelle-Zélande, ils demeurent exceptionnellement élevés dans la plupart des pays », constate la Rabobank.

« Appuyer sur le frein trop lentement »

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La hausse de production devrait se tasser durant les 6 prochains mois, mais pas suffisamment. Les producteurs vont « appuyer sur le frein trop lentement » pour éviter un surplus de produit exportable. Les producteurs réalisent encore des marges très élevées, favorisant l'offre, alors que le prix à la consommation demeure à un haut niveau, réduisant la demande. Le faible coût des aliments et la perspective de la sortie des quotas laitiers en Europe, en avril 2015, ne vont pas pousser les éleveurs à fermer les vannes. Aux Etats-Unis, les cours restent élevés : la marchandise a été dirigée vers l'export, créant une pénurie sur le marché local. La Nouvelle-Zélande connaît des conditions climatiques favorables.

Les prix bas toucheront l'Europe début 2015

Au niveau de la demande, « les 12 prochains mois offrent seulement la perspective d'une amélioration lente de la demande globale », anticipe la Rabobank. « Une période prolongée de prix bas sera nécessaire pour équilibrer le marché international », conclut-elle. Si L'Europe et les Etats-Unis n'ont pas encore été touchés par baisse des prix, ils le seront début 2015 (1). Sauf si les exécrables relations commerciales dans la filière laitière mettent le feu au poudre avant, comme le suggère la décision de Bongrain de baisser le prix payé à ses producteurs dès octobre 2014 (voir encadré).

(1) Voir AgraPresse Hebdo N° 3462

Bongrain veut baisser le prix du lait au quatrième trimestre

Bongrain a décidé de baisser le prix du lait payé à certains de ses éleveurs face à la baisse des cours sur le marché mondial, une décision que les agriculteurs jugent infondée. Cette décision concerne les producteurs livrant aux Fromageries Perreault, situées en Mayenne, produisant le Vieux Pané, le Chamois d'Or et le Fol Epi. Bongrain devrait payer ses éleveurs 331 euros les 1 000 litres de lait au quatrième trimestre, soit 14 euros de moins que si les indicateurs de marchés étaient suivis, selon les éleveurs. Interrogé par l'AFP, Bongrain confirme l'information, expliquant être en avance sur les prix du lait depuis le début de l'année et vouloir rééquilibrer les choses alors que « les prix reculent sur le marché depuis le début de l'année » et que « la baisse va se poursuivre au 4e trimestre » notamment en raison de l'embargo russe sur les produits alimentaires qui accentue ce recul. « Le prétexte est de rattraper l'avance qu'ils ont par rapport à leurs concurrents sur le prix moyen annuel », explique Christophe Tinniere, président des producteurs des Fromageries Perreault. Plusieurs autres entreprises et coopératives ont commencé l'année avec des prix bas, expliquant alors qu'ils se rattraperaient à la fin de l'année. « C'est un alignement à la baisse inacceptable, cela donne raison à ceux qui n'avaient jamais appliqué les indicateurs, s'exclame l'éleveur. Ce n'est pas aux producteurs de payer la concurrence exacerbée entre entreprises ». Si les marchés mondiaux sont en baisse, les répercutions sur la France n'auraient dû intervenir que sur les prix 2015. Mais Bongrain risque de changer la donne : à chaque fois qu'un opérateur a tiré les prix à la baisse, ses concurrents se sont engouffrés dans la brèche.