Si le déblocage du dossier des OGM est salué par tous ou presque, il s'inscrit dans un environnement politique nouveau. Jean-Claude Juncker veut en effet réviser la législation sur les OGM, et semble ouvert à la prise en compte d'autres arguments que les seuls avis scientifiques. Craintes (avérées ou non) pour la santé, débat environnemental, modèle économique de l'agriculture, indépendance des paysans et brevetabilité du vivant sont autant de clés d'entrée possibles pour débattre des OGM.
L'accord du 4 décembre sur les OGM participe d'un environnement politique nouveau. Jean-Claude Juncker, avant son élection comme président de la Commission, avait indiqué devant les eurodéputés le 15 juillet qu'il avait l'intention de réexaminer la législation applicable à l'autorisation des OGM. « Je ne considère pas normal qu'en vertu des règles actuelles, la Commission soit juridiquement forcée d'autoriser l'importation et la transformation d'OGM même lorsqu'une majorité claire d'États membres s'y oppose… », avait-il martelé.
SORTIR PAR LE HAUT DU BLOCAGE SUR LES OGMS
Cet environnement politique nouveau se traduit par une volonté commune du Parlement européen, d'une majorité d'États membres et du nouveau président de la Commission de « sortir par le haut » du blocage du dossier des OGM. De ce point de vue, le compromis du 4 décembre constitue un succès politique incontestable pour la Commission Juncker.
Sur ce sujet hyper-sensible que sont les OGM, la nouvelle Commission s'est sérieusement investie dans les négociations avec les deux autres institutions. Le commissaire à la sécurité alimentaire, Vytenis Povilas Andriukaitis, a salué le compromis du 4 décembre qui « est en ligne avec l'engagement de Jean-Claude Juncker, qui est que la Commission européenne souhaite accorder le même poids aux dirigeants politiques démocratiquement élus des États membres, qu'aux évaluations scientifiques. Cela concerne la nourriture et l'environnement, des sujets cruciaux pour nos concitoyens ».
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LA MÉDIATISATION DES DISSENSIONS DES ETATS MEMBRES
L'accord du 4 décembre s'inscrit par ailleurs dans un contexte de forte médiatisation de l'opposition, en février 2014, de 19 Etats membres (sur 28) à l'autorisation de culture du maïs génétiquement modifié TC 1507. Seule une minorité de 5 États membres (Espagne, Royaume-Uni, Estonie, Finlande et Suède) a voté pour l'autorisation de cette nouvelle variété d'OGM, laissant la Commission maître de la décision finale, d'ailleurs toujours attendue.
Cet événement s'inscrit dans un contexte général de blocage du système d'autorisation communautaire centralisé des OGM. Outre le maïs TC 1507, six autres procédures d'autorisation (cinq pour du maïs et une pour du soja) sont en cours. Elles ont reçu un avis favorable de l'EFSA, mais la Commission hésite à passer au vote devant l'opposition forte d'une majorité d'États membres.
Dans l'Eurobaromètre spécial de décembre 2010 consacré à l'alimentation, près de 60 % des Européens en désaccord avec l'affirmation selon laquelle « l'alimentation OGM est sûre pour les générations futures » (contre 21 % d'accord). Une tendance qui n'a sans doute pas radicalement changé depuis et qui explique en partie la position de certains Etats-membres, France en tête, sur le dossier des OGM.