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Changement climatique Vers un plan d’adaptation pour l’agriculture française

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Le ministère de l’Agriculture travaille actuellement à l’élaboration d’un plan d’adaptation de l’agriculture au changement climatique, chaque « grand ministère » ayant été chargé d’en faire autant pour les principaux secteurs d’activité économique français. L’ensemble de ces plans sectorisés seront réunis dans un plan national en 2011.

«Le plan concernant l’agriculture sera bien avancé d’ici la fin de l’année », a indiqué Nathalie Guesdon, chargée de mission au ministère de l’Agriculture (bureau Environnement et Changement climatique), lors d’une conférence sur le climat organisée le 23 février au SIA sur le stand de la Commission européenne. Ce plan devrait comporter trois grands volets : la mise en place d’actions pilotées par les pouvoirs publics (financement de recherches, nouvelles stratégies agronomiques, amélioration de la gestion de l’eau, renforcement des systèmes d’assurance, sensibilisation des acteurs…) ; une série de mesures mises en œuvre par les partenaires professionnels ; et un ensemble de préconisations destinées aux agriculteurs.

Déplacer les zones AOC

Une chose est sûre : le monde rural français sera bouleversé par le changement climatique. Dans quelle proportion ? La question reste ouverte. En prenant l’hypothèse d’une hausse de la température de 2°C d’ici 2050 – ce qui correspond au scénario « moyen » établi par les experts internationaux du climat –, les prairies de l’Hexagone devraient connaître une hausse de leur production en biomasse, à condition toutefois que les ressources en eau soient suffisantes et que les températures estivales n’atteignent pas des niveaux « excessifs ». Attention aux à-coups, au printemps. Des risques de gel au moment de la floraison sont à prévoir sur les arbres fruitiers et la vigne. La migration vers le nord des espèces végétales entraînera par ailleurs un déplacement géographique des zones de production AOC. « Il faudra prévoir d’adapter les cahiers des charges » indique Nathalie Guesdon. En France, la température a augmenté en moyenne de 0,9°C en un siècle et la décennie 1997-2007 a été la plus chaude du XX e siècle.

Stress hydrique

Dressant un tableau de la situation européenne, Maria Fuentes Merino (DG Agri — Commission européenne) a confirmé que les facteurs les plus critiques à moyen terme étaient l’incidence des épisodes climatiques extrêmes et le risque accru de stress hydrique. « Les impacts deviendront progressivement négatifs après 2050, avec des implications pour les rendements des cultures, la santé animale, la production de fourrage et avec un exacerbation des disparités entre les zones rurales de l’Union européenne », déclare-t-elle. « L’agriculture sera de plus en plus tributaire des écosystèmes et du climat », estime Maria Fuentes Merino.

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Si l’agriculture participe au réchauffement climatique, pas question pour autant de la vouer aux gémonies. « L’agriculture intervient dans un milieu qui émet naturellement des gaz à effet de serre », souligne la représentante de la Commission européenne. En outre, un grand niveau d’incertitude existe en matière de données scientifiques. « L’agriculture n’est pas un tuyau d’usine », résume Maria Fuentes Merino. Tant côté français qu’européen, il est indiqué que l’agriculture peut apporter des solutions au changement climatique, en améliorant le bilan carbone des sols agricoles et en fournissant des matières premières issues de la biomasse.

Continuer à s’adapter

Les agriculteurs européens vont toutefois devoir continuer à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et s’adapter, poursuit la porte-parole bruxelloise. Pour l’heure, les émissions de gaz à effet de serre issues du monde agricole ont reculé de 20% entre 1990 et 2006 dans l’Europe à 27. Une baisse intervenue essentiellement dans les années 90, en lien avec la forte restructuration de l’agriculture et l’amélioration des pratiques : hausse de la productivité, réduction de l’usage des fertilisants, baisse du cheptel bovin). A l’échelle de la France, la baisse a été de 11,5% entre 1990 et 2006. « Il va falloir poursuivre l’effort » conclut Nathalie Guesdon.