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Résistances Vers un plan stratégique de réduction des antibiotiques en élevage

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Pour lutter contre l’apparition de résistance aux antibiotiques dans les élevages, un plan stratégique de réduction de l’utilisation des antibiotiques pourrait bientôt voir le jour. Reste à évaluer l’utilisation actuelle de ces molécules dans chaque filière. Les dernières estimations présentées par l’Anses à l’occasion d’une journée consacrée à cette question, le 18 novembre, font état d’une baisse générale de leur prescription de 12,4% en 10 ans.

A l’instar du plan Ecophyto 2018, un plan stratégique de réduction de l’usage des antibiotiques pourrait bientôt voir le jour, a indiqué Charles Martins Ferrera, chef du bureau des intrants et de la santé publique en élevage au ministère de l’Agriculture, à l’occasion de la journée sur l’antibiorésistance en élevage organisée jeudi 18 novembre par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire). Ce plan pourrait fixer un objectif de réduction de 25 à 30% de l’usage des molécules les plus importantes (céphalosporines et fluoroquinolones). Mais avant cela il faudra évaluer de manière fiable les consommations d’antibiotiques en élevage filière par filière pour trouver des leviers d’amélioration et fixer un échéancier. La Fédération nationale porcine (FNP) et Coop de France ont annoncé avoir décidé la mise en place d’un moratoire de deux ans à partir du 1er janvier 2011 sur l’usage de céphalosporines en élevage porcin. Mais les deux organisations professionnelles agricoles attendent que les vétérinaires leur apportent des solutions alternatives.

-12,4% en 10 ans

Selon la dernière estimation de l’Agence nationale des médicaments vétérinaires, en 2009, le volume total des ventes d’antibiotiques vétérinaires s’est élevée à 1 056 tonnes soit une baisse de 12,4% depuis 10 ans (si l’on prend en compte la variation de la population animale qui a augmenté) et le plus faible volume jamais enregistré. Rapporté à leur poids, les espèces qui consomment le plus d’antibiotiques sont les animaux domestiques, suivis des lapins, des volailles, des porcs et des veaux. « Il y a une baisse globale de l’exposition aux antibiotiques au cours des 10 dernières années », constate Jean-Pierre Orand, directeur de l’Agence nationale des médicaments vétérinaires. Mais parallèlement les ventes de molécules récentes comme les fluoroquinolones (+49%) et céphalosporines de 3e et 4e génération (+98,4%) ont fortement augmenté. L’introduction de molécules génériques a notamment pu favoriser cette augmentation. Un signe positif mais qui demande à être précisé : entre 2008 et 2009 l’utilisation de ces deux catégories d’antibiotiques se stabilise (+0,8% pour les fluoroquinolones et -2,9% pour les céphalosporines). Pour Jean-Pierre Orand, « on peut supposer qu’il y a un report de l’utilisation d’anciennes molécules vers de nouvelles mais il est difficile de pousser l’analyse plus loin, c’est pour cela que nous avons besoin d’enquêtes plus ciblées par filières de production – menées par les laboratoires de l’Anses – pour affiner l’interprétation ».

Des critères d’amélioration

La dernière étude réalisée par le laboratoire de l’Anses de Ploufragan-Plouzané porte sur les élevages porcins bretons. Les premiers résultats montrent une baisse de l’utilisation des antibiotiques de 10% environ par rapport aux précédentes enquêtes menées en 2005 et 2008. L’étude révèle aussi de très fortes disparités entre des élevages surprescripteurs et d’autres avec un très bas niveau d’utilisation. Une minorité d’élevages (10 à 30%) représente plus de la moitié de la consommation. « Le but de ces études est avant tout de mettre en place une méthodologie servant de base à un système plus global de surveillance », explique Gilles Salviat, directeur du laboratoire de l’Anses de Ploufragan-Plouzané. Selon lui, on peut déjà identifier des critères d’amélioration : « Certaines pratiques d’élevage augmentent les besoins en antibiotiques comme la fréquence de ré-allotement des porcelets ». « Pour les antibiotiques, les questions fondamentales sont beaucoup plus liées aux modes d’utilisation et à la conduite de l’élevage qu’aux quantités prescrites », estime le spécialiste.

Solution de facilité

« La conception des bâtiments, la conduite de l’élevage, en bref, le fonctionnement du “système élevage” ont en effet une influence sur l’apparition de certaines pathologies. Mais des modifications de ces facteurs de risques demandent des investissements importants », précise Philippe Vannier, directeur de la santé animale et du bien-être des animaux à l’Anses. Pour lui, « l’utilisation d’antibiotiques est souvent une solution de facilité pour éviter de remettre en cause une conduite d’élevage ». « Peut-être que le prix des antibiotiques n’est pas assez élevé ?, s’interroge-t-il, mais toute cette problématique est aussi liée à l’économie des productions animales ».
Pour arriver à des résultats, comme pour le plan Ecophyto 2018, il faudra une action concertée de tous les acteurs. « Il faut se garder d’une approche simpliste sur ce thème », souligne Marc Mortureux, le directeur général de l’Anses.

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