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Vers une 3e dérogation sans surprise pour les néonicotinoïdes

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Début janvier, le ministère de l’Agriculture a soumis à consultation publique la version 2023 de la dérogation permettant aux betteraviers d’utiliser des semences enrobées de néonicotinoïdes. Le texte est identique à celui de 2022, malgré une pression plus faible. Le conseil de surveillance se prononcera à son tour le 20 janvier.

À la CGB (betteraviers), on accueille « favorablement » le texte soumis à consultation publique le 3 janvier. Sans suspens, ce projet d’arrêté autorisant l’utilisation de semences enrobées aux néonicotinoïdes pour 2023 est identique à la version 2022. Le ministre de l’Agriculture lui-même, lors de l’assemblée générale des planteurs un peu plus tôt en décembre, avait d’ailleurs indiqué son soutien à cette dérogation.

Deux produits sont concernés par le texte : le Gaucho de Bayer ainsi que le Cruiser de Syngenta. Pour les utiliser, les contraintes pour les agriculteurs demeurent identiques : ne pas utiliser de semences traitées plus d’une année sur trois dans la même parcelle, et respecter les délais imposés pour les successions culturales dans les parcelles traitées. Si le blé pourra être semé dès l’année suivante, le maïs devra attendre deux ans, quand le colza ne pourra être installé qu’à partir de la troisième année.

« Avec les conditions actuelles de la dérogation, certains ont déjà des difficultés à gérer leurs assolements », rappelle-t-on à la CGB. Comme en 2022, plusieurs acteurs dont le ministère de la Transition écologique ou certaines ONG auraient pourtant aimé durcir le texte. Durant les discussions mi-décembre sur une version provisoire, certains avaient à nouveau évoqué la possibilité de régionaliser la dérogation, ou de renforcer les exigences sur les rotations. Autant de pistes que le texte en consultation n’a pas retenues.

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Les indicateurs scientifiques en débat

Chez Générations Futures, François Veillerette déplore une dérogation « automatique ». Car pour lui, cette année, « rien ne justifie la dérogation ». Pour preuve, défend-il, l’étude sur les réservoirs viraux menée par l’ITB, et jointe à la consultation semble indiquer un faible risque pour la saison à venir. Dans le document, on peut effectivement lire que « la pression virale de 2022 semble moindre qu’en 2021 et 2020 sur les compartiments échantillonnés sur les trois années, avec des réservoirs viraux indiqués comme faibles ». Car dans les 264 prélèvements réalisés le 1er décembre 2022, aucun échantillon ne s’est révélé positif aux trois virus étudiés. Et seuls 6 % des échantillons montrent un type viral « douteux », contre 19 % en 2021.

De même du côté des prévisions météorologiques, l’autre critère retenu par le conseil de surveillance. Principal point de vigilance : des températures trop douces peuvent déclencher des vols de pucerons avant le 1er juin, sur des plantes qui n’ont pas encore atteint la maturité suffisante. Mais l’Inrae, dans un autre document joint à la consultation, indique que ses projections au 1er décembre pour la période entre le 1er janvier et le 15 février laissent « augurer un risque du même niveau » en termes de températures pour 2023 que pour 2022.

« Plus on regarde les réservoirs viraux, moins on y comprend quelque chose », nuance-t-on du côté de la CGB. Pour preuve en veut-on, les prévisions de réservoirs faibles pour 2022 n’ont pas empêché la jaunisse de se développer dans certaines régions, avec des baisses de rendements significatives. Hors de question, donc, pour les planteurs, de « prendre des risques ». « Aujourd’hui, il n’existe pas d’alternative efficace aux néonicotinoïdes », insiste-t-on. Autant d’éléments sur lesquels le conseil de surveillance devrait se prononcer le 20 janvier, avec des données actualisées. Mais rares sont ceux qui doutent de la publication de la dérogation dans la version soumise à consultation. La véritable bataille, qui pointe déjà dans les arguments des deux camps, sera celle d’un éventuel renouvellement de la dérogation après 2023. Et elle passera nécessairement par une nouvelle loi.

« Plus on regarde les réservoirs viraux, moins on y comprend quelque chose »