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Irrigation Vers une révision des conditions d’utilisation des eaux usées

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L’Anses vient de publier une nouvelle évaluation des risques liés à l’utilisation des eaux usées traitées pour l’aspersion. C’est le troisième avis rendu sur l’usage d’eaux usées en irrigation. L’arrêté du 2 août 2010, qui encadre la pratique, est en cours de révision.

Utiliser les eaux usées traitées pour l’irrigation est-il risqué ? La question semble toujours sans réponse. D’où l’importance d’encadrer la pratique, aujourd’hui réglementée par un arrêté, du 2 août 2010. L’Agence nationale de la sécurité sanitaire, de l’alimentation et du travail (Anses) a publié, le 10 juillet, un nouvel avis sur l’évaluation des risques pour l’homme liés à l’utilisation pour l’irrigation ou l’arrosage par aspersion avec des eaux usées traitées, risques liés à l’exposition par voie respiratoire et/ou cutanéo-muqueuse. Conclusion : en l’état actuel des connaissances, « il n’est pas possible de conclure à l’absence totale de risques chimiques et microbiologiques » que pourrait impliquer cette pratique précise. L’incertitude provient davantage de la difficulté à évaluer les risques liés aux micro-organismes que de ceux liés aux produits chimiques, présents, sauf accident, à des doses minimes au regard des risques.

Limiter l’exposition
L’avis de l’Anses avance donc surtout une série de recommandations pour limiter l’exposition de l’homme en cas d’irrigation par aspersion. Elles concernent le réseau de distribution de l’eau, le matériel d’irrigation, les distances de sécurité et obstacles physiques de protection lors de l’aspersion, l’information du public, ou encore la protection du professionnel usager lors des opérations. Si l’usage d’eaux usées traitées pour l’irrigation est possible, l’irrigation par aspersion est pour l’instant restreinte à des opérations expérimentales, et sur autorisation préfectorale, en attendant la révision de l’arrêté du 2 août 2010, attendu pour la fin 2012. Ce texte devrait, au vu des trois avis précédents de l’Anses (2008, 2010 et 2012), élargir la pratique. La liste des recommandations de l’Anses semble pourtant assez restrictive.

Principe de précaution
« Il est important de cerner les tenants et aboutissants de ces questions, mais nous sommes ici dans une situation où le principe de précaution peut devenir bloquant », commente Bruno Molle, membre de l’unité mixte de recherche G-eau et chercheur à l’Irstea, l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (ex-Cemagref), qui a participé à la rédaction de l’avis de l’Anses. « Les préconisations formulées risquent de bloquer les choses, alors qu’à Clermont-Ferrand, un site de 700 hectares est irrigué depuis 1997 avec des eaux usées traitées après passage par un système de lagunage, sans qu’on ait observé de problèmes sanitaires. Un réseau sentinelle a pourtant été mis en place parmi les professionnels de santé (médecins, pharmaciens), chargés de faire remonter les problèmes sanitaires récurrents qu’ils pourraient constater. »

Dossier ancien, méfiance réelle
L’utilisation de l’eau usée traitée pour l’irrigation agricole est en effet déjà pratiquée : l’Irstea dénombre une vingtaine de sites en France, et, dans le monde, 20 millions d’hectares seraient ainsi irrigués, soit 8% de la surface mondiale irriguée. Pourtant, les irrigants eux-mêmes restent méfiants. Favorable à une possible extension de la pratique, Daniel Martin, président d’Irrigants de France reconnaît : « Nous exigeons des contrôles et des normes pour l’utilisation de ces eaux en agriculture. Nous appelons à la vigilance ». Les accidents et pollutions liés à l’épandage de boues de station d’épuration de mauvaises qualités ont marqué la profession. Voilà peut-être pourquoi le dossier de l’utilisation des eaux usées traitées en irrigation avance si lentement en France. L’avis publié par l’Anses le 10 juillet complète deux précédents avis rendus en 2008 et 2010. Mais le dossier de la réutilisation des eaux usées en agriculture est bien plus ancien : c’est en 1991 que le Conseil supérieur d’hygiène publique de France a publié des prescriptions sanitaires et techniques pour les installations utilisant des eaux usées pour l’irrigation ou l’arrosage.

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