La condamnation de José Bové à 4 mois de prison ferme et le paiement de l’amende exigé par Monsanto n’affaiblissent pas la mobilisation au sein du syndicat. Près de 1500 sympathisants ont manifesté à Versailles le 17 novembre, pour soutenir 9 adhérents jugés pour la destruction d’un champ OGM en 2003. Trois mois de prison avec sursis ont été requis par le procureur contre chaque prévenu ainsi que plus de 300 000 euros de dommages et intérêts. Le verdict est attendu pour le 12 janvier.
« Continuons le combat contre les OGM », lançaient les militants et sympathisants de la Confédération paysanne, réunis à Versailles (Yvelines) le 17 novembre. Quelques jours après le procès de Toulouse, neuf faucheurs volontaires Les 9 de Guyancourt : René Louail (département 22) ; Nicolas Duntze (30) ; Geneviève Savigny (04) ; Léo Mertens (19) ; Pierre Machefert (17) ; Michel Laurent (54) ; Hubert Caron (62) ; Dominique Macé (35) ; Guy Harasse (50). issus du syndicat étaient jugés devant le tribunal de grande instance de Versailles, pour avoir détruit une parcelle d’OGM le 22 juillet 2003 à Guyancourt (Yvelines). En fin de soirée, selon le syndicat, 3 mois de prison avec sursis étaient requis par le procureur à l’encontre de chaque prévenu et plus de 300 000 euros de dommages et intérêts pour Monsanto, le Geves et Syngenta. Le verdict est attendu pour le 12 janvier. Près de 1500 personnes, selon le syndicat, avaient manifesté l’après-midi, devant le tribunal de Versailles, pour apporter leur soutien. « Non, non et non aux OGM », clamaient-ils, nullement échaudés par la condamnation récente à 4 mois de prison ferme pour José Bové et l’amende de 196 500 euros contre le syndicat. « Grâce à nos actions, nous avons fait reculer les cultures d’OGM en France», estime René Louail, un des « 9 de Guyancourt » à être jugés. « Ce n’est pas par la répression que nous arrêterons notre combat pour l’humanité», ajoutait-il avant d’aller manifester. « La Confédération paysanne ne se laissera pas bâillonner » confiait quelques temps après le porte-parole du syndicat, Gérard Durand. Le même jour, 150 personnes manifestaient dans les rues de Montpellier – à l’appel des Verts, de la Confédération paysanne et de Greenpeace – pour soutenir les neuf faucheurs à Versailles.
Un moratoire et un débat citoyen
Le combat de la Confédération paysanne contre les OGM continue donc, malgré les différentes condamnations dont ses membres ou elle-même ont fait l’objet. « Les contraintes pénales et financières ne nous arrêteront pas dans le dossier contre les OGM », prévenait Gérard Durand. Le syndicat reprendra-t-il ses actions de neutralisation de champs OGM ? Officiellement, pour l’instant, le débat n’a pas encore eu lieu en interne. Le syndicat semble en tout cas s’orienter vers des propositions politiques plutôt que de nouveaux actes de destruction. « Nous demandons un moratoire de 3 à 5 ans en France sur le sujet, pour permettre d’instaurer un véritable débat citoyen à tous les niveaux », souhaite Gérard Durand. « Nous ne voulons pas que ce débat soit confisqué par l’Assemblée nationale et le Sénat », déclarait René Louail. « Nous sommes cependant surpris que la prochaine loi sur la coexistence OGM / non-OGM (ndlr : annoncée récemment par Dominique Bussereau) soit établie par le ministère de la Recherche et non par celui de l’agriculture. Le débat concerne pourtant bel et bien le monde agricole», souligne Gérard Durand. Mais pour le syndicat, dont une délégation était reçue par le ministre de l’Agriculture, le 17 novembre au matin, « il n’y a pas de coexistence qui tienne ! ». Le mot d’ordre du syndicat reste quand même « pas d’OGM en plein champ ! » et donc pas de coexistence avec la filière classique.
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En attendant, la Confédération paysanne est condamnée à payer avant le 23 novembre, 196 500 euros à Monsanto. « Il faudra que Monsanto vienne chez nous car pour le moment, nous ne sommes pas prêts à payer !», expliquait Chantal Jacovetti, secrétaire nationale. Le syndicat pourrait donc voir ses comptes bancaires et ses biens saisis en cas de non-paiement. Ce serait alors « un coup dur» pour la Confédération paysanne car la menace est bien réelle. D’autres entreprises ou instituts de recherches pourraient alors faire de même. Pour Jean-Jacques Bailly, trésorier de la Confédération paysanne, « l’amende de Monsanto représente environ 10 % du budget total du syndicat ». « Le paiement nous obligerait à nous séparer d’au moins 3 ou 4 salariés », déplore Gérard Durand, porte-parole.
José Bové prêt à assumer un 3e séjour en prison
L’ancien porte-parole, José Bové, ne semble pas non plus baisser les bras, malgré sa condamnation à un troisième séjour en prison. « Aujourd’hui, l’enjeu est le débat de fond sur les OGM. Il faut un mémorandum et une véritable consultation publique. Il y a de plus en plus une prise de conscience dans la population et notamment auprès des maires de communes rurales », estime-t-il. Sur sa propre situation, José Bové se dit « suis prêt à assumer » sa condamnation, même s’il n’a pas encore pris la décision de se pourvoir en cassation. « La décision sera prise prochainement avec mes autres collègues condamnés », a-t-il expliqué, « mais la cassation ne porte que sur la forme et non sur le fond », a-t-il rappelé.