Végétales ou cellulaires, les alternatives à la viande d’élevage sont en plein développement. Ces nouveaux venus sur le marché de la protéine alimentaire se veulent rassurants sur la concurrence vis-à-vis des acteurs traditionnels. Mais, dans un paysage de start-up en évolution constante, l’Europe doit imposer son modèle, sous peine, à terme, d’être dépendante des technologies et des entreprises étrangères.
La première édition de l’événement #esafootech, dédié aux start-up du secteur agroalimentaire, se tenait dans l’enceinte de l’ESA d’Angers le 21 novembre. Preuve des enjeux et des questionnements qu’elles soulèvent, la viande cellulaire et la transition alimentaire se sont invitées au cœur de nombreux débats. Dès l’ouverture de la journée, Matthieu Vincent, co-fondateur de DigitalFoodLab, a placé le sujet au centre de l’attention. Selon lui, les alternatives aux protéines animales sont l’un des grands thèmes qui animeront les start-up de la foodtech dans les années à venir. Il appuie son affirmation sur l’exemple de Beyond Meat, le fabricant américain de steaks végétaux, coté à plusieurs milliards de dollars en Bourse. Si le steak végétal s’impose de plus en plus dans notre quotidien, la viande cellulaire devrait rapidement venir le défier. La Silicon Valley aux Etats-Unis et Israël sont les grands pôles de développement de cette technologie. En France, deux entreprises sont déjà positionnées sur le créneau. Il s’agit de Gourmey qui ambitionne de produire du foie gras cellulaire, et de Vital Meat, dont l’un des fondateurs et actuellement directeur général, Étienne Duthoit, était présent lors de l’EsaFoodTech. Cette société basée dans la région nantaise est financée et présidée par le groupe Grimaud, spécialiste de la sélection génétique animale et surtout acteur pharmaceutique. Une certaine logique à ça, « car pour produire la viande cellulaire, nous utilisons les mêmes bioréacteurs que ceux utilisés en industrie pharmaceutique », explique Etienne Duthoit
Une technologie qui inquiète
Interpellé par les fils et filles d’agriculteurs présents dans la salle et inquiets pour leur futur métier, le fondateur de Vital Meat a expliqué que la viande cellulaire n'avait pas pour objectif de remplacer la viande traditionnelle, mais de compenser la hausse de consommation à l’échelle mondiale, sans augmenter l’incidence environnementale. Des inquiétudes auxquelles avait déjà répondu Matthieu Vincent. « Aujourd’hui, il existe quatre techniques de productions de viande cellulaire. Seule l’une des quatre nécessite encore d’avoir recours à l’élevage. Si vous voulez que cela devienne un modèle de développement, il faut que nous prenions les devants avant que d’autres pays nous imposent leurs technologies », explique-t-il aux étudiants agricoles présent dans la salle. Il ressort également que les agriculteurs pourraient être les producteurs de viande cellulaire de demain. « Le modèle sera sûrement de petite unité en milieu rural avec une production dans des contenants type cuve à bière », analyse Etienne Duthoit.
Lever les barrières sociétales
Le développement de la viande cellulaire est très rapide. Alors que le premier steak créé en 2013 avait coûté 300 000 $, Matthieu Vincent annonce aujourd’hui des prix compris entre 100 et 200 $ l’unité. « On estime que ce type de produit sera disponible en Chine et aux États-Unis dès 2022/2023 », explique-t-il. Mais de nombreux freins restent encore à lever, au premier rang desquels se trouve la barrière sociétale. « Nous ne nous positionnons pas sur le poulet rôti du dimanche midi mais plutôt sur la confection des nuggets. C’est un produit sur lequel il y a moins de problème d’acceptation sociétale », selon Etienne Duthoit. Vital Meat produit de la viande à partir de cellules souches de poulet et canard et contrairement à d’autres sociétés du secteur, son objectif n’est pas de recréer à l’identique les parties de l’animal. « Il y a bien assez de plats préparés contenant de la viande pour se concentrer sur ce marché », spécifie-t-il. Un autre challenge, technique cette fois, pour ce type de production sera le passage de la barrière de la réglementation NovelFood.
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viande cellulaire n’était pas de remplacer la viande traditionnelle, mais de compenser la hausse de consommation
Un problème de financement
Pour Matthieu Vincent, le problème du développement en France des start-up de la viande cellulaire et de la foodtech en général provient en partie des investissements. « On a résolu le problème du financement de l’accélération des start-up, lorsqu’elles ont besoin de plusieurs millions d’euros pour poursuivre leur développement. Mais on ne sait toujours pas financer le démarrage de ces start-up quand elles ont besoin de sommes moins importantes », analyse-t-il. Le spécialiste de la foodtech plaide pour une implication plus importante des PME du territoire. Selon lui, si on connaît son secteur, il faut être capable de sortir des sommes de 50 000 à 100 000 € pour soutenir de nouvelles idées. Les incubateurs ont également un rôle primordial à jouer lors de cette première étape de lancement des start-up. Des incubateurs qui ne mettraient à disposition que des bureaux sans avoir des fonds à investir, cela n’a plus de sens, contrairement à il y a quelques années.