Le Brésil tente de regagner la confiance des marchés après l’annonce du scandale sanitaire qui a amené un temps ses principaux clients à fermer totalement leurs frontières à ses exportations de viande. « Il y a beaucoup de problèmes à régler » dans ce pays, selon le commissaire européen à la santé et la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis.
Comme l’avaient fait trois jours auparavant la Chine, le Chili et l’Égypte, Hong Kong, principal importateur de viande bovine du Brésil (avant la Chine), a levé le 28 mars l’embargo sur la viande brésilienne, seuls restant bloqués les produits provenant des 21 établissements impliqués dans le scandale sanitaire annoncé le 17 mars (1). « Avec cette mesure, tous les grands marchés pour l’exportation de viande brésilienne sont à nouveau ouverts », s’est félicitée la présidence brésilienne.
Le ministre brésilien de l’agriculture, Blairo Maggi, a toutefois rappelé que son pays, premier exportateur de viande bovine et de volaille au monde, a encore un long chemin à parcourir pour retrouver totalement la confiance des marchés. Constatant que l’image du Brésil avait été « beaucoup attaquée ces derniers jours », il a dit craindre que des concurrents « profitent de ce moment de fragilité ».
« Beaucoup de problèmes à régler »
La Commission européenne avait exigé et obtenu de Brasilia la suspension de la licence de quatre unités de production brésiliennes autorisées à exporter vers l’UE, parmi les 21 soupçonnées d’avoir commis des irrégularités. De plus, « tous les lots de viande provenant d’établissements impliqués dans la fraude et qui sont actuellement en route vers l’Union seront rejetés et renvoyés au Brésil », a indiqué le 24 mars la présidence maltaise du Conseil de l’UE à l’issue d’une réunion des experts vétérinaires des Vingt-huit à laquelle participait la Commission.
En visite les 27 et 28 mars au Brésil, le commissaire européen à la santé et la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, a appelé ce pays à encore apporter des garanties et « agir le plus tôt possible pour rétablir la confiance en son système de contrôles ». « Il y a beaucoup de problèmes à régler et nous allons voir comment nous allons pouvoir avancer », a-t-il insisté à l’issue d’une rencontre avec Blairo Maggi. « Le commissaire européen a suggéré un audit externe. Je n’y vois aucun inconvénient, nous sommes tout-à-fait disposés à accepter des suggestions. L’UE est un client très important, que nous devons traiter de façon attentionnée », a déclaré le ministre brésilien de l’agriculture.
Une réunion entre fonctionnaires européens et brésiliens était prévue le 30 mars à Brasilia.
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Inquiétudes des organisations agricoles de l’UE et des eurodéputés
La Commission a annoncé qu’elle procéderait à des audits sur place au plus tard mi-mai. Toutefois, s’inquiètent les organisations agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), les missions effectuées par l’Office alimentaire et vétérinaire européen (OAV) et les contrôles réalisés aux frontières de l’Union n’ont pas permis jusqu’à présent de « détecter les faiblesses » du système brésilien de sécurité des aliments, « alors que des certificats d’exportation ont été falsifiés pendant plus de 10 ans ».
De même, dans une question avec demande de réponse orale posée le 24 mars à l’exécutif européen, le démocrate-chrétien polonais Czesław Adam Siekierski demande, au nom de la commission de l’agriculture du Parlement européen qu’il préside, « pourquoi les contrôles européens n’ont pas permis de découvrir cette fraude systémique, qui a permis l’entrée de viande frelatée sur le marché européen ».
Par ailleurs, le Copa-Cogeca appelle la Commission de Bruxelles à lancer une campagne de promotion pour sensibiliser les consommateurs aux normes élevées appliquées par l’UE à la production spécialisée de viande bovine. C’est là, estime-t-il, le seul outil disponible pour préserver la confiance des consommateurs européens dans la viande rouge.
(1) Voir n° 3588 du 27/03/17