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Vigne : réduire le glyphosate de 60-70 % possible d’ici trois ans, selon la filière

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Les dirigeants de la filière viticole française ont indiqué le 25 février au Salon que « réduire l’utilisation du glyphosate de 60 à 70 % dans les trois ans est possible ». Mais que réaliser cette performance inédite au monde aura un coût, qui ne pourra être financé que par une création de valeur. Une valeur qui devra « redescendre au stade du viticulteur » et non pas être captée par l’aval.

Bernard Farges, président des appellations viticoles (Cnaoc), a indiqué le 25 février au Salon que « réduire l’utilisation du glyphosate de 60 à 70 % sur les surfaces viticoles françaises dans les trois ans est possible ». Il commentait le propos d’Emmanuel Macron, qui avait déclaré, deux jours plus tôt, lors de l’inauguration du Salon le 23 février, que « la France sera le premier pays viticole à se passer du glyphosate ».

Sortir du glyphosate sur 70 % des surfaces du vignoble hexagonal est possible, de même qu’un taux de 60-70 % est possible en certifications environnementales (le bio, la HVE), une diminution de 60-70 % des taux de CMR (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques) et une hausse de 60-70 % de l’usage des produits de bio-contrôle, ajouté Bernard Farges. Le prix des produits de bio-contrôle diminuera au fur et à mesure de l’extension du marché. « Le glyphosate est devenu 15 fois moins cher qu’il y a 15 ans. Les produits de bio-contrôle connaîtront une évolution similaire analogue », a-t-il argumenté. Si le marché français est le seul à développer ces nouveaux produits, « ce sera plus lent », mais si les autres pays viticoles européens s’y mettent, « ce sera déjà plus rapide ».

Faire reconnaître la valeur de l’avantage environnemental

« La transition vers la sortie du glyphosate en viticulture ne sera réussie que si elle est financée par la création de valeur », a souligné Jean-Marie Barillère, président du Comité national des interprofessions viticoles (Cniv). Qu’est-ce qui fera qu’un consommateur vietnamien ou indonésien acceptera de payer un peu plus cher un vin français ? « Il faudra à la fois continuer à produire des vins recherchés par les consommateurs du monde entier pour leurs arômes, et pour leur fabrication sans glyphosate sur les vignes, ce qui sera une spécificité française. »

Pour cela, la viticulture ne manque pas d’arguments justifiant une valeur supérieure, estime le responsable professionnel : « Ne plus épandre de glyphosate est un acte environnemental qui bénéficie à tous, y compris au consommateur vietnamien ou indonésien. Il faut une prise en compte de cet effort environnemental dans l’acte d’achat, sinon à quoi bon investir ? Je ne connais personne qui investit pour gagner moins », a fait remarquer le président du Cniv.

La transition environnementale en viticulture sera d’autant plus réussie et rapide que les viticulteurs pourront élever un tant soit peu la valeur de leurs produits. « Il faudra faire redescendre cette valeur au stade des exploitations, pour qu’elles puissent investir », a insisté Jean-Marie Barillère. Ce qui suppose un partage de la valeur ajoutée entre les viticulteurs, les négociants et les distributeurs, a ajouté Jérôme Despey, président du conseil viticole de FranceAgriMer.

Assouplir pour accélérer

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Les coûts supplémentaires arriveront dès que les viticulteurs seront confrontés à des problèmes sur le terrain. Par exemple, certaines graines d’adventices ont la capacité de se conserver pendant 80 ans dans le sol, selon Jean-Bernard de Larquier, ancien président du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC). D’une manière générale, « il faudra trouver de la main d’œuvre qualifiée pour désherber », a précisé Jérôme Despey.

Pour accélérer la transition vers les certifications environnementales (vers le bio, la HVE), il faudrait aussi des assouplissements de règlementation, demandent-ils. Notamment, que les viticulteurs puissent passer à ces certifications de façon plus souple.

La règlementation devrait aussi s’assouplir en ce qui concerne les lacs collinaires, car la transition environnementale est aussi l’adaptation au changement climatique, ont souligné Michel Chapoutier, président de l’Union des maisons de vin (le négoce) et Jacques Gravegeal, président de l’interprofession des vins du Pays d’Oc. Pour le premier, si le gouvernement veut voir accéléré le pas de la transition, il faut qu’il mette en œuvre la simplification des permis de construire des lacs collinaires et que « les zadistes ne viennent pas à chaque fois nous empêcher mener à bien nos projets ». Pour le second, il est temps d’exploiter le gisement considérable d’eau, même dans les régions sèches : beaucoup d’eau usée sortant des stations d’épuration va à la mer, et il pleut en automne des volumes capables de remplir en un jour toutes les réserves de l’année.

Si le marché français est le seul à développer ces nouveaux produits, « ce sera plus lent »

La sortie du glyphosate à 100 % difficilement réalisable à court terme

« Jusqu’à 70 %, la viticulture saura faire. Au-delà, on n’est plus dans la solution technique, mais dans le message politique », a indiqué Bernard Farges. De l’avis des représentants professionnels de la filière, les viticultures en zones de montagne, en terrasse ou en forte pente auront encore besoin du glyphosate au-delà des trois années à venir. « Les solutions n’apparaissent pas la veille pour le lendemain. La recherche sera encore sollicitée », a commenté Bernard Angelras, président de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV). L’institut technique de la filière sortira prochainement un guide de la certification et diffusera des conseils pour la classification des pulvérisateurs, la mesure des doses et des informations sur la création variétale, a-t-il évoqué.