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Vin : le comité mixte franco-espagnol jette les bases d’une vision commune

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Un comité mixte franco-espagnol viticole, associant professionnels et membres de l’administration des deux pays, a été mis en place le 25 juillet, lors de la venue à Paris de la ministre de l’Agriculture espagnole, Isabel Garcia Tejerina. Cette rencontre a pour objectif de résoudre les problèmes de marché du vin entre la France et l’Espagne, et plus encore, de jeter les bases d’une vision commune aux deux pays sur la politique viticole européenne à mener.

Le ministre français de l’Agriculture et son homologue espagnole Isabel Garcia Tejerina ont installé le comité mixte franco-espagnol du secteur viti-vinicole, a signalé le ministère le 25 juillet. La création de ce comité mixte viticole a été décidée de part et d’autre des Pyrénées pour régler les problèmes de concurrence du vin espagnol sur le marché français du vin. Ces problèmes de marchés se sont singulièrement aggravés en deux ans et enflamment désormais régulièrement le Languedoc viticole, les caves de la région déplorant une mévente de leur vin.

La recherche de solutions pour améliorer la compétitivité française

Lors de cette rencontre, un état des lieux a été dressé par Jérôme Despey, président du conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer puis par Carlos Cabanas, directeur du secrétariat général de l’agriculture et de l’alimentation du ministère de l’Agriculture espagnol. Les deux intervenants ont exposé l’enjeu : la France et l’Espagne couvrent le quart des surfaces viticoles mondiales et produisent 30 % du vin mondial, représentant le premier pôle de production au monde. L’Espagne occupe 20 % des parts de marché en volume et la France 30 % en valeur.

Le ministère a annoncé la constitution de deux groupes thématiques, réunissant représentants des professionnels et de l’administration des deux pays. L’un sur la compétitivité et les aspects économiques de la filière, « afin d’anticiper les éventuelles difficultés du marché ». L’autre sur les aspects réglementaires, « visant à établir des positions franco-espagnoles fortes » sur les questions de politiques européenne et internationale.

Le premier groupe se réunira à la fin de l’année en Espagne. Il cherchera des solutions pour éviter les prix bas, qui éjectent du marché nombre de viticulteurs français, et déplaisent aussi aux Espagnols, car ils rémunèrent à peine les producteurs. Il étudiera les pistes d’amélioration de la compétitivité. Jérôme Despey a détaillé ces voies, à l’issue de la rencontre franco-espagnole : examiner les distorsions de concurrence entre les deux pays (différences de charges sociales, de réglementation phytosanitaire), « rendre les exploitations plus résistantes » par des outils de gestion des risques (assurance climatique, VCI – volume complémentaire individuel), travailler la segmentation des différents créneaux, et surtout « mettre en place une contractualisation sur toutes les catégories de vin, c’est-à-dire des vins sous IG (identité géographique) comme des vins sans IG », a-t-il insisté.

L’instauration d’un lobbying franco-espagnol à Bruxelles

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Le second groupe thématique mérite une attention particulière. C’est un véritable lobbying franco-espagnol viticole qu’il prévoit d’instituer. Il s’agira en effet pour les deux pays de porter des dossiers à Bruxelles. Paris et Madrid, qui refusent la banalisation du secteur dans un régime commun d’aides forfaitaires, militent pour le maintien d’un budget spécifique viticole européen d’aides structurantes à l’investissement, à la restructuration du vignoble et à la promotion du vin dans les pays tiers. Les deux pays ont aussi un intérêt commun à activer Bruxelles pour la conclusion d’accords avec des pays (Chine) pour qu’ils abaissent leurs droits de douanes sur le vin. Autre sujet, délicat celui-ci : la France et l’Espagne pourraient avoir intérêt à remettre sur la table à Bruxelles le sujet de l’enrichissement des vins par les moûts concentrés, qui faisaient l’objet d’une aide européenne à l’utilisation. La suppression de cette aide a favorisé une production espagnole de vins à hauts rendements et à bas défiant la concurrence française.

Ce second groupe se réunira au printemps 2018 en France. 

« Mettre en place une contractualisation sur toutes les catégories de vin »

Concurrence espagnole : la conjonction de bonnes vendanges et de la fermeture du débouché des moûts

La concurrence des vins espagnols s’est exacerbée à la faveur de plusieurs causes bien identifiées, a rappelé Michel Servage, président de la Confédération des vins IGP, peu après la rencontre au ministère. L’Espagne a d’abord eu une récolte exceptionnelle, de 50 millions d’hectolitres, en 2013. Ensuite, Bruxelles a mis fin à l’aide à l’utilisation de moûts concentrés qui étaient employés par la France et les pays plus septentrionaux pour enrichir les vins. Or, l’Espagne était le principal producteur de moûts concentrés. Ceux-ci étant fabriqués à partir de raisin, des opérateurs espagnols se sont reconvertis dans la production de vins à hauts rendements. De même, les Espagnols produisaient de l’alcool de bouche, production qui n’a plus bénéficié de soutiens. Le différentiel de compétitivité entre la France et l’Espagne est significatif : l’Espagne est capable de produire du vin à 30 € l’hectolitre, le vin français « ne passe pas » au-dessous de 50€ l’hectolitre. « Un joli delta », s’exclame Michel Servage.