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Crise laitière Vingt pays européens demandent une aide de 300 millions d’euros

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Réunis le 12 octobre à Vienne, les vingt pays européens favorables à une régulation du secteur laitier se sont montrés « déterminés » à obtenir une aide européenne supplémentaire de 300 millions d’euros. « Nous allons étudier avec intérêt la proposition pour venir en aide aux producteurs de lait mais s’il y a plus d’argent pour le lait, il y aura moins d’argent pour autre chose, a prévenu le porte-parole de la commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer Boel. En tout cas, la Cour des comptes européenne vient très nettement de prendre le parti des producteurs en mettant en garde contre le danger d’une libéralisation excessive du marché et le risque de surproduction.

En echo aux revendications du Parlement européen (1), la coalition des vingt pays réclame, dans le cadre de la procédure budgétaire 2010, une enveloppe additionnelle d’un montant de 300 millions d’euros sans porter préjudice aux autres secteurs afin de pouvoir mettre en œuvre de façon subsidiaire des mesures nouvelles ou existantes. « Nous sommes déterminés avec tous les pays signataires à maintenir la pression de façon à obtenir gain de cause le 19 octobre » lors de la réunion des ministres de l’agriculture (1), a averti Bruno Le Maire, le ministre français de l’agriculture. La Grèce est devenue le 21e pays à rejoindre la coalition des Etats européens qui souhaitent « avancer dans la voie de la régulation », a indiqué M. Le Maire. Faute d’un message politique clair de la part de la présidence suédoise sur la nécessité d’avancer dans cette voie, « nous accentuerons la pression », a indiqué en substance le ministre français de l’agriculture.

Régulation
Outre une aide de 300 millions d’euros, la coalition s’est mise d’accord à Vienne sur une liste de mesures concrètes pour réguler le marché laitier, à savoir : autoriser les stockages publics et privés toute l’année et les élargir à d’autres produits, notamment le fromage ; définir une politique de déstockage contra-cyclique en fonction du niveau des prix pour ne pas perturber la reprise du marché ; promouvoir les produits laitiers grâce à une meilleure information des consommateurs : mentionner l’origine des produits sur une base volontaire ou dans la réglementation européenne, étiqueter les substituts laitiers pour contrebalancer la tendance à l’utilisation de ces produits ; soutenir l’exportation de produits ciblés (beurre, poudre de lait, fromages) vers certains pays tiers, dans le respect des engagements internationaux ; réactiver l’aide à l’incorporation de lait écrémé et de poudre de lait écrémé dans l’alimentation animale ; renforcer, par une augmentation des aides européennes, la distribution de produits laitiers dans les écoles en élargissant la palette des produits éligibles et les structures bénéficiaires, comme les universités. Sur ce dernier point, la Commission a indiqué le 15 octobre que, dans le cadre du programme de soutien aux écoles, la teneur minimale en lait avait été réduite de 80 % à 75 %, ce qui va permettre d’élargir la liste des produits éligibles aux yaourts aux fruits et aux boissons lactées.

Groupe d’expert
Le groupe d’experts à haut niveau chargé d’examiner des mesures à moyen et long terme pour le secteur laitier, mis en place lors du Conseil agricole informel le 5 octobre dernier, s’est réuni pour la première fois le 13 octobre à Bruxelles. Les débats ont notamment porté sur les retombées que pourrait avoir la formalisation de contrats entre producteurs et les acheteurs/transformateurs pour assurer les livraisons, sur la volatilité des prix ainsi que sur les diverses dispositions de ces contrats (obligation ou libre choix laissé aux deux parties, négociations des prix, volume à prendre en compte, durée des contrats). Les experts se sont également interrogés sur les mesures à prendre en vue de renforcer le pouvoir de négociations des producteurs. Dès la prochaine réunion, prévue le 10 novembre, les organisations représentant les producteurs, les transformateurs, les services nationaux chargés de la concurrence, les consommateurs et les distributeurs seront conviés à se joindre aux travaux du groupe durant une partie de la réunion. En janvier, les discussions du groupe d’experts seront élargies à l’examen des systèmes en place dans les pays tiers. La Commission prévoit d’organiser en mars une conférence qui serait précédée, à partir de janvier, par une consultation sur internet. Les conclusions de ce groupe à haut niveau sont attendues en juin 2010.

La Cour des comptes à la rescousse des producteurs
« Il faut continuer à superviser l’évolution du marché du lait et des produits laitiers pour éviter que la libéralisation du secteur ne conduise à la réapparition d’une situation de surproduction », a estimé la Cour des comptes européenne dans un rapport présenté le 15 octobre à Bruxelles. « A défaut, met en garde la Cour, l’objectif de la Commission européenne de s’en tenir à un niveau de régulation minimal, du type filet de sécurité, pourrait rapidement s’avérer impossible à respecter ». Selon la Cour, la politique laitière de l’UE vise à réaliser une gamme étendue d’objectifs « quelque peu contradictoires », notamment à équilibrer le marché, stabiliser les prix, assurer un niveau de vie équitable aux producteurs et améliorer la compétitivité des produits laitiers.
Par ailleurs, la Cour recommande que le processus de formation des prix soit l’objet d’un suivi régulier par la Commission. La concentration des entreprises de transformation et de distribution ne doit pas placer les producteurs de lait dans une situation de « preneurs de prix » (price takers) et ne doit pas limiter la possibilité pour les consommateurs de bénéficier équitablement des baisses de prix. La Cour estime également nécessaire d’approfondir la réflexion sur les stratégies à mettre en œuvre pour faire face à la fois aux problème spécifiques des régions dans lesquelles la production laitière est vulnérable, notamment les zones de montagne, et aux conséquences environnementales de la concentration géographique de la production laitière.

Evolution positive des cours
Selon la Commission, les données les plus récentes indiquent une remontée des prix, non seulement de l’ensemble des produits laitiers, mais aussi du lait à la production. Le prix moyen du lait en juillet/août a été estimé à 25-26 centimes/litre et selon de récentes informations provenant des grands transformateurs européens, une nouvelle augmentation de 1 à 2 centimess aurait été enregistrée en septembre/octobre pour le prix à la livraison. Les prix spot du lait ont augmenté plus sensiblement encore depuis juin. Les prix des produits pouvant faire l’objet d’une intervention (beurre et lait écrémé en poudre) ont augmenté de 7 à 9 % en trois mois et se situent à présent bien au-dessus du niveau d’intervention. A l’exception du Royaume-Uni, les prix représentatifs du beurre se situent au-dessus du prix d’intervention (221,75 euros/100 kg).
Lors de l’adjudication du 8 octobre, aucun achat d’intervention n’a été effectué pour le beurre et seules 101 tonnes de lait écrémé en poudre sont entrées dans les stocks publics au prix de 167,9 euros/100 kg.
A l’heure actuelle, 82 222 tonnes de beurre et 282 587 tonnes de beurre se trouvent dans les frigos publics de l’UE. De plus, 135 484 tonnes de beurre se trouvent sous stockage privé.

(1) Voir n°3221 du 12/10/2009

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