Sur le marché des vins effervescents, la France est talonnée par l'Italie et l'Espagne, en production comme en niveaux d'exportations, indique une étude de FranceAgriMer, présentée le 19 décembre à la presse. Cette étude vient alimenter le débat sur l'opportunité de constituer un vignoble des vins sans indications géographiques en France, débat qui a toujours cours à FranceAgriMer.
LA FRANCE est toujours le premier pays producteur de vins à bulles, mais depuis 2008, l'écart s'est nettement resserré depuis avec ses deux principaux compétiteurs, l'Italie et l'Espagne, selon FranceAgriMer. En effet, la production de l'Hexagone a culminé à 5 millions d'hectolitres (Mhl) de 2006 à 2008, quand la production italienne évoluait entre 2,5 et 3 Mhl, a indiqué Axelle Cloarec, de FranceAgriMer. Mais en 2009 la production français a décroché, tombant à 3,7 Mhl et remontant, mais sans retrouver son niveau de 2006. Elle n'a pas pu dépasser les 4,1 Mhl en 2011. Pendant ce temps l'Italie a progressé, atteignant 3 Mhl en 2011, et l'Espagne, plus régulière, a atteint les 2,5 mhl cette année-là.
L'Italie a visé le marché allemand des prix basLa conséquence de cette évolution est que les exportations françaises de vins effervescents ont chuté, de 36% des exportations mondiales en 2002, en volume, à 25% en 2012… quand celles de l'Italie sont passées de 26 à 30%. Cela signifie que l'Italie a ravi à la France la place de premier exportateur. L'Espagne a une part stable de 26% pour les deux années de référence.
L'atout de la France est l'exportation en valeur. En effet, l'Hexagone reste de loin le premier exportateur mondial en valeur. Mais sa place a reculé : ses exportations représentaient une part de 73% en 2002, et 60% dix ans plus tard. La part de l'Italie en valeur est passée de 10 à 15% et celle de l'Espagne a un peu fléchi, de 11% à 10%. Le succès de l'Italie tient en grande partie à son adaptation aux grandes tendances du marché mondial, dominé par l'Allemagne (27% des importations mondiales). Or, l'Allemagne est un acheteur de produits à prix bas, a souligné Axelle Cloarec. C'est ainsi que le premier fournisseur de vins effervescents de l'Allemagne est l'Italie, de loin, suivie de l'Espagne, puis de la France.
Autoriser des vignes pour VSIG : comment ?Cette étude constitue un élément de plus à la réflexion qui taraude la profession viticole, sur d'éventuelles autorisations de plantations de vignobles dédiés à la production de vins sans indications géographiques (VSIG). La profession viticole française voit les progrès de l'Italie et de l'Espagne sur ce segment de marché montant qu'est celui des vins effervescents, et « le principe d'un vignoble dédié n'est pas le principal obstacle », a commenté Éric Rosaz, délégué des filières viticole et cidricole à FranceAgriMer. La difficulté dans la réflexion est la méthode d'attribution des autorisations de plantations. Jusque là, le VSIG est du vin déclassé des AOC (appellations d'origine contrôlée) et des IGP (indications géographiques protégées). Si un vignoble de VSIG est constitué, les professionnels des AOC et des IGP redoutent le manque d'étanchéité : les années de production excédentaire, comment garantir que les surplus de VSIG n'iront pas se déverser sur les segments AOC et IGP ? De plus, quelle méthode décider pour octroyer les autorisations de plantations ? Quelles autorités compétentes ? L'INAO (Institut national de l'origine et de la qualité) ? Les conseils de bassins ?
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Le conseil spécialisé « vin » de FranceAgriMer du 18 décembre s'est donné jusqu'au mois de juin pour que la réflexion aboutisse. À l'issue de cette réflexion, un projet de décret doit être soumis aux pouvoirs publics. En attendant, FranceAgriMer estime que les parts de marché perdues par la France par rapport à l'Italie et à l'Espagne en vins mousseux, vins pour brandy, moûts concentrés et jus de raisin équivalent à un volume de 800 000 à un million et demi d'hectolitres de vin.
APRÈS des mois de discussions au conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer, le débat sur la valorisation des sous-produits de vinification ne fait toujours pas l'objet d'un consensus.
Le ministère de l'Agriculture a proposé un projet de décret supprimant l'obligation de distiller les co-produits viticoles. En clair, il ne serait plus obligatoire de passer par la distillerie pour écouler les marcs de raisin et les lies de vin, mais d'autoriser le traitement de ces co-produits par d'autres voies, à savoir la méthanisation, l'épandage et le compostage.
Ces co-produits sont convoités : les distilleries tiennent au maintien de l'obligation, car elles valorisent ces co-produits en en tirant de nombreux composants (alcool pour la carburation, fertilisants) dont certains à haute valeur ajoutée (brandy, huile de pépin de raisin, polyphénols pour la pharmacie). Toutes les familles professionnelles viticoles ont reçu le vendredi 13 décembre le projet de décret du ministère, où apparaît le souhait du ministre de l'Agriculture de mettre en concurrence les quatre voies. Mais au moment du vote à FranceAgriMer, les voix ont été on ne peut plus divergentes : 12 voix pour, 12 contre et 11 abstentions.