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Viticulture biologique : « la reconduction du cuivre est vitale », avertit Bernard Farges

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Le renouvellement, à partir de février prochain, de l’autorisation d’utiliser le cuivre en agriculture est à l’étude et en discussion à Bruxelles. Dans un entretien accordé à Agra, Bernard Farges, le président de la Fédération européenne des vins d’origine (Efow), explique que la ré-homologation de ce fongicide est « vitale » pour la viticulture biologique.

Quelles sont les orientations de la Commission européenne sur ce dossier du cuivre ?

Bernard Farges : Nous avons l’impression que la Commission est aujourd’hui dans l’impasse. À la suite des nombreuses attaques médiatiques après la reconduction du glyphosate, nous avons la sensation qu’elle n’ose pas s’exposer sur ce dossier et craint de prendre des coups. Pourtant, la reconduction du cuivre est vitale pour la viticulture biologique. La Commission attend le tour de table du comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux du 25 mai prochain pour sonder le terrain. Elle devra ensuite décider si elle propose la ré-homologation ou l’interdiction de cette substance et si elle propose sa ré-homologation, à quels seuils.

Quelles sont les craintes de la viticulture biologique ?

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– Nous sommes inquiets car si le cuivre devait subir le sort du glyphosate alors la viticulture biologique serait amenée à disparaître. On serait en plein paradoxe ! Le cuivre est le seul produit fongicide pour le traitement de la vigne en culture biologique qui soit efficace contre le mildiou. Sans homologation à partir du 1er février 2019 nous ne saurions comment le combattre. Les conséquences seraient dramatiques pour la production et les producteurs n’auraient d’autre choix que d’utiliser des produits de synthèse. Il n’y a tout simplement pas d’alternative à ce jour. Le secteur investit dans la recherche et le développement et des expérimentations ont lieu avec des cépages résistants, mais ce sont des réponses sur le moyen/long-terme. Nous ne pouvons tout simplement pas nous passer du jour au lendemain de cette substance naturelle. Ce serait faire un saut dans le vide sans parachute.

Quelle est votre appréciation des conclusions rendues en décembre 2017 par l’Efsa ?

– Il ne m’appartient pas d’apprécier le rapport des experts. Ils raisonnent selon leurs propres critères. Ce que je sais, c’est que le cuivre est utilisé en viticulture biologique et en viticulture conventionnelle depuis plus d’un siècle et demi. Il y a 40 ans, on utilisait plusieurs dizaines de kilos par hectare. Les connaissances étaient moindres. Aujourd’hui, on est limité à 6 kg par an lissés sur 5 ans. Cela signifie qu’on peut dépasser 6 kg si, les années de faible pression de la maladie, on a moins traité pour avoir une marge de manœuvre la mauvaise année. C’est une réglementation intelligente imaginée par le secteur de la viticulture biologique et transcrite dans le règlement. Il faut conserver cette réglementation. Les besoins sont variables en fonction des années et des régions. Les vignerons ne sont pas fous, ils traitent le moins possible car cela coûte cher. On arrivera certainement à se passer du cuivre partiellement ou totalement, mais pas du jour au lendemain.