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Recherche Vivescia veut concilier agriculture et apiculture

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Depuis trois ans, les adhérents de Vivescia, anciennement Nouricia sur le territoire de l’Aube, travaillent autour des jachères apicoles. À l’occasion de la Journée mondiale de la biodiversité, le 22 mai, Vivescia a fait visiter une de ses expérimentations menées dans des champs de colza et visant à caractériser l’effet des insectes polinisateurs, et particulièrement des abeilles, dans la productivité des cultures. Un dispositif gagnant-gagnant qui a aussi pour objectif d’améliorer la productivité des ruchers grâce aux pollens de colza complémentés par les jachères apicoles.

«Nous allons caractériser l’aire de butinage des abeilles, vérifier qu’on retrouve des pollens de colza dans les ruches, et, du point de vue agricole, tenter de montrer les gains en productivité d’un colza fréquenté par les abeilles », a expliqué Jean-Paul Heyrman, président du syndicat apicole de l’Aube. Il s’exprimait à l’occasion d’une visite, lors de la Journée mondiale de la biodiversité le 22 mai, de l’expérimentation menée en ce sens depuis cette année dans l’Aube par Vivescia, l’agrochimiste BASF et le syndicat apicole de l’Aube.

Une complémentarité entre apiculture et agriculture

« Cette expérimentation souhaite montrer comment les jachères apicoles permettent de constituer une réserve d’aliment pour les abeilles et permettent, lorsque la floraison du colza est terminée, d’éviter les disettes en offrant des réserves de pollen aux abeilles », a indiqué Jean-Paul Heyrman. La diversité des pollens du bol alimentaire des abeilles a aussi pour effet de renforcer leur tolérance à certains parasites comme le varroa. De plus, « les potentiels de rendement en colza stagnant, l’intérêt des leviers pour améliorer la productivité, sans faire fi de l’environnement, est capital », a insisté Jean-Paul Heyrman. Concernant les rendements en colza, Jean-Paul Heyrman a expliqué que « pour qu’ils s’améliorent de façon significative, on estime avoir besoin de deux à trois ruches par hectare ». Pour Vivescia, on peut déjà imaginer des conseils sur les rotations culturales afin d’améliorer l’attractivité des abeilles sur les parcelles. Ainsi, depuis trois ans, les adhérents de Vivescia travaillent autour des jachères apicoles dans l’idée d’observer quel contexte favorable ce dispositif pourrait apporter aux agro systèmes. Les premiers résultats d’expérimentation devraient être mesurés après la récolte 2012 et l’estimation des rendements sur les parcelles d’essais. Dans le département de l’Aube les jachères apicoles pérennes occupent 80 à 85 ha, et « lorsque l’on sait qu’une transformation de 0,5% des surfaces en jachères apicoles dans un rayon de 3km autour d’un rucher permet d’apporter les deux tiers des besoins alimentaires des abeilles, on se rend compte l’importance de ces dispositifs », a d’ailleurs souligné Pierre Testu, représentant du réseau biodiversité pour les abeilles.

Une démarche adaptée aux nouvelles contraintes environnementales

« L’idée est de réconcilier les apiculteurs et les agriculteurs en montrant que des gains de productivité sont possibles des deux côtés, rendements colza pour les uns, éléments nutritifs pour les abeilles pour les autres », a souligné Jean-Paul Heyrman. Selon lui, cette démarche entre en cohérence avec les mesures agri-environnementales (MAE), mais permet aussi d’apaiser les relations et de renouer le contact entre apiculteurs et agriculteurs. D’ailleurs, Pierre Testu a indiqué que depuis deux ans un hectare de jachère apicole valait deux hectares de jachères normales. A l’aube d’une réforme de la Pac tournée vers l’environnement qui imposerait, dès 2013, 7% de surfaces d’intérêts écologiques aux agriculteurs sur leurs exploitations, contre 3% d’éléments topographiques du territoire aujourd’hui, les jachères apicoles pourraient constituer une alternative conciliant productivité et environnement. L’agrochimiste BASF est aussi partenaire du dispositif pour qu’il y ait une prise de conscience de la baisse d’impact des phytosanitaires sur la mortalité des abeilles et pour continuer à abaisser les effets indésirables de ces produits. L’idée étant aussi d’améliorer l’état sanitaire des colonies d’abeilles grâce à des pratiques agricoles adaptées. Enfin, Jean-Paul Heyrman a rappelé que les agriculteurs étaient les deuxièmes touchés, après les abeilles, par les pesticides et qu’il était nécessaire de faire évoluer les comportements, « mais, signe de l’amélioration des pratiques et des molécules, les pollinisateurs reviennent dans les champs ».

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