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Volaille de chair : la difficile reconquête du marché intérieur

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Les importations de volailles ont continué de progresser au premier semestre 2016. Les investissements tardent à décoller en aviculture, malgré le vieillissement des installations.

Toutes les bonnes volontés ne sont parfois pas suffisantes ; la preuve dans la filière volaille de chair française, où industriels et éleveurs s’étaient entendus il y a deux ans sur un objectif commun, la reconquête du marché intérieur, à l’occasion des assemblées générales de leurs interprofessions (dinde, poulet, canard…). Cette annonce avait été suivie d’effets : le rapprochement d’Avril et LDC, le rachat de Doux par Terrena, un contrat important d’approvisionnement de McDonald’s par LDC. Mais la courbe des importations est têtue et ne veut pas s’inverser : sur le premier semestre 2016, les importations de volailles ont continué de progresser, de 3,1 %, dans un contexte de consommation en hausse (+2,6 %). « Une grande partie de l’augmentation de la consommation est captée par les importations », résumait au Space Gilles Le Pottier, délégué général du Cidef. Et de conclure que la reconquête du marché intérieur « fait partie des perspectives, mais prend du temps ».

Une production française qui stagne

Globalement, la production de volailles stagne depuis le début de l’année ; elle est même en légère baisse en poulet (-0,2 %), compensée par une hausse de la dinde (+5,5 %), la faute en grande partie aux exportations en recul (-5,7 %). « Pour le poulet, la production est freinée par le repli des flux d’exportation vers les pays du Moyen-Orient qui se trouvent en compétition avec les marchandises brésiliennes dans un contexte de chute des cours du pétrole », expliquent les interprofessions volaille de chair dans un document commun diffusé lors du Space. Plusieurs destinations se sont par ailleurs fermées, suite à la crise d’influenza aviaire dans le Sud-Ouest, comme l’Afrique du sud.

Des investissements peu dynamiques

Un des problèmes régulièrement mis en avant par la filière, c’est le manque d’investissements dans les bâtiments. La parution des chiffres 2015 du Crédit agricole, lors du Space, a été une occasion de vérifier que ces alertes sont bien fondées. Parmi toutes les grandes filières d’élevage, dont on ne peut pas dire qu’elles furent en bonne forme en 2015, la production de volaille est celle dont les financements ont progressé le plus modérément : +3,3 % tandis qu’ils progressaient de 13 % en production laitière, de 7 % en production porcine et 4 % en bovin viande. En Bretagne, où la production avicole est particulièrement tournée vers l’export, les financements ont même reculé de 3 %, avant de repartir toutefois à la hausse (+5,3 %) au premier semestre 2016.

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Des concurrents en développement

Pendant ce temps, certains voisins européens ont profité pleinement d’une conjoncture plutôt porteuse en 2015, pour investir et agrandir leur parc de bâtiments. « L’offre est abondante en Europe. Certains pays montent en puissance, comme la Pologne », explique Gilles Le Pottier. Si la Pologne, devenue premier abatteur européen de volaille depuis 2014, n’approvisionne pas encore massivement la France, elle conquiert des marchés sur lesquels les opérateurs français sont présents, explique-t-on au Cidef. Le chemin risque donc d’être long avant de voir s’inverser la courbe des importations.

Viandes : la consommation des ménages en recul au premier semestre

Si la consommation française de volaille reste orientée à la hausse sur le premier semestre (+2,6 %, selon les chiffres des interprofessions volailles), les achats des ménages en grandes surfaces (mesurés par le panel Kantar) sont en recul de -1,1 % en tonnages. C’est d’ailleurs le cas de l’ensemble des viandes sur cette période : le bœuf (-2,4 %), le veau (-2,4 %), la viande ovine (-5,1 %), la viande porcine (-4,9 %) et le cheval (-14,7 %).